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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105713

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105713

mardi 31 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105713
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSADEK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 30 septembre 2021 et le 27 juillet 2022, Mme B C, représentée par Me Sadek, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour au titre de la vie privée et familiale sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme C soutient que :

S'agissant de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen complet et sérieux de sa situation ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- le préfet de la Haute-Garonne ne pouvait pas lui opposer l'absence de visa de long séjour pour refuser de lui délivrer un titre de séjour en qualité de salariée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit, dès lors que sa demande d'autorisation de travail n'a pas été transmise à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- contrairement à ce que soutient le préfet de la Haute-Garonne, elle ne peut bénéficier d'une mesure de regroupement familial, n'étant pas mariée avec son compagnon ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle aurait pu se prévaloir à compter du mois d'août 2021 des stipulations de l'article 6-1 de l'accord franco-algérien ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, au regard notamment des orientations de la circulaire du 28 novembre 2012 ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Garonne soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- la circulaire NOR INTK 1229185 C du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 fixant les conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, ressortissante algérienne née le 25 avril 1995, est entrée en France le 23 octobre 2011 sous couvert d'un visa de court séjour valable du 16 octobre 2011 au 16 décembre 2011. Elle a fait l'objet le 6 novembre 2014 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixant le pays de renvoi, dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Toulouse par jugement n° 1405685 du 10 avril 2015 et par arrêt n° 15BX01491 du 3 novembre 2015 de la cour administrative d'appel de Bordeaux. Mme C a sollicité le 4 février 2021 son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et en qualité de salariée. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 22 juillet 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, par arrêté réglementaire du 10 mai 2021, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-132 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les mesures d'éloignement et les arrêtés portant décision fixant le pays de renvoi. Si Mme C soutient qu'il n'est pas établi que le préfet de la Haute-Garonne était absent ou empêché à la date de l'arrêté contesté, la délégation de signature accordée à Mme E, qui liste de manière suffisamment précise les actes concernés, n'est pas conditionnée par l'absence ou l'empêchement du préfet. En outre, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose qu'un tel arrêté comporte une date de fin de délégation. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme C et l'obliger à quitter le territoire français en fixant le pays de destination. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

5. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme C.

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

6. En premier lieu, la demande présentée par un étranger sur le fondement du pouvoir discrétionnaire de régularisation du préfet n'a pas à être instruite dans les règles fixées par le code du travail relativement à la délivrance de l'autorisation de travail mentionnée à l'article L. 5221-2 de ce code. Il en résulte que le préfet de la Haute-Garonne n'était pas tenu de saisir l'autorité administrative compétente afin qu'elle accepte ou refuse l'autorisation de travail, avant de statuer sur la demande de Mme C. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit du fait de l'absence de cette saisine doit être écarté.

7. En deuxième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes professions et toutes régions, renouvelable et portant la mention " salarié " : cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " () Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5, 7, 7 bis al. 4 (lettre c et d) (a à d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. Ce visa de long séjour accompagné de pièces et documents justificatifs permet d'obtenir un certificat de résidence dont la durée de validité est fixée par les articles et titres mentionnés à l'alinéa précédent. ".

8. Il était loisible au préfet, dans le cadre de l'examen de la demande de délivrance d'un titre de séjour par Mme C, d'examiner d'office si cette dernière était susceptible de se voir délivrer un certificat de résidence sur le fondement des stipulations précitées de l'article 7 b) de l'accord franco-algérien. En relevant que cette dernière ne remplissait pas les conditions permettant la délivrance d'un tel titre, faute de justifier de la possession du visa de long séjour prévu par les stipulations précitées de l'article 9 de cet accord, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit.

9. En troisième lieu, portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre d'une activité salariée, soit au titre de la vie privée et familiale. Un ressortissant algérien ne peut utilement invoquer les dispositions de cet article à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, dès lors que ses conditions sont régies de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968.

10. Toutefois, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte-tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

11. Tout d'abord, il ressort des pièces du dossier que Mme C a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour une promesse d'embauche pour un poste d'employée polyvalente dans un restaurant, sous couvert d'un contrat de travail à durée indéterminée à raison de 35 heures par mois. La requérante, ne justifie pas qu'elle disposerait d'une qualification particulière ou d'une expérience significative, de nature à démontrer que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir propre de régularisation en refusant de lui délivrer un titre de séjour pour ce motif.

12. Ensuite, si Mme C se prévaut de sa présence en France depuis octobre 2011, elle n'établit pas, par les pièces qu'elle produit, constituées d'un courrier du centre régional des œuvres universitaires du 7 mai, d'une ordonnance médicale du 2 juin et d'une facture d'un laboratoire d'analyses médicales du 25 juin, sa présence habituelle pour l'année 2018. En outre, Mme C ne justifie pas de l'ancienneté ni de l'intensité de sa relation avec son compagnon, ou avec les enfants de ce dernier. Elle n'établit pas non plus qu'elle serait la seule à même de prendre soin de sa grand-mère, ni que l'état de santé de cette dernière nécessiterait sa présence à ses côtés. Enfin, Mme C, qui est en situation irrégulière sur le territoire français et ne justifie pas d'une insertion particulière, n'établit pas être isolée en Algérie où vivent ses parents. Ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance que, n'étant pas mariée avec son compagnon, elle ne peut prétendre au bénéfice du regroupement familial, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en refusant de l'admettre exceptionnellement au séjour au titre de la vie privée et familiale commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de Mme C.

13. En quatrième lieu, Mme C ne peut utilement invoquer la circulaire ministérielle du 28 novembre 2012 dès lors que les critères de régularisation y figurant ne présentent pas le caractère de lignes directrices susceptibles d'être invoquées mais constituent de simples orientations pour l'exercice, par le préfet, de son pouvoir de régularisation.

14. En cinquième lieu, la requérante, qui n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement des dispositions du point 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien prévoyant la délivrance de plein droit d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " aux ressortissants algériens justifiant par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans, ne peut soutenir utilement, à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour du 22 juillet 2021, qu'elle aurait été en droit de bénéficier d'un tel titre de séjour à partir du mois d'août 2021.

15. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

16. Pour les motifs énoncés au point 12 du présent jugement, eu égard à la durée et aux conditions de séjour de Mme C, la décision attaquée n'a pas porté au droit de l'intéressée au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales précité.

17. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

18. La décision attaquée n'a pas pour objet ni pour effet de séparer l'enfant du compagnon de la requérante de son père. Par suite, et alors qu'en tout état de cause Mme C ne justifie pas de l'intensité des liens développés avec cet enfant, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

20. Pour les motifs énoncés précédemment s'agissant de la décision de refus de séjour, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent être écartés. Il en résulte que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant Mme C à quitter le territoire français doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

21. Les conclusions à fin d'annulation de Mme C étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

22. Les conclusions de Mme C tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Sadek et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2023.

La présidente-rapporteure,

F. A

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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