vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS MONTAZEAU & CARA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er octobre 2021, 12 octobre 2022, 28 novembre 2022, 19 décembre 2022, 6 février 2023 et 3 mars 2023, M. J B et Mme F I, représentés par Me Montazeau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 août 2021 par laquelle le directeur de l'Etablissement public foncier d'Occitanie a exercé son droit de préemption sur la parcelle cadastrée section B n° 1229 à Sainte-Foy-de-Peyrolières ;
2°) de mettre à la charge de l'Etablissement public foncier d'Occitanie la somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la décision attaquée est entachée d'incompétence, dès lors que :
* l'exercice du droit de préemption est, depuis l'adhésion de la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières au sein de la communauté de communes Cœur de Garonne, de la seule compétence de cette dernière, si bien que la commune ne pouvait le déléguer à son maire, ni ce dernier le subdéléguer à l'Etablissement public foncier d'Occitanie ;
* la délibération du 22 juin 2021 par laquelle le conseil municipal de Sainte-Foy-de-Peyrolières a autorisé le maire à subdéléguer l'exercice du droit de préemption qui lui avait été délégué le 25 mai 2020 ne définit pas de manière suffisamment précise les zones U et AU où le droit de préemption est susceptible d'être exercé ; à cet égard, elle renvoie seulement à une orientation d'aménagement de programmation (OAP) en cours d'élaboration et à un périmètre défini par la convention opérationnelle conclue avec l'Etablissement public foncier d'Occitanie ;
* la décision du 13 juillet 2021 par laquelle le maire de Sainte-Foy-de-Peyrolières a ponctuellement subdélégué à l'Etablissement public foncier d'Occitanie l'exercice du droit de préemption est illégale du fait de l'illégalité de la délibération du 22 juin 2021 précitée ;
* la convention opérationnelle, conclue le 29 juin 2021 avec l'Etablissement public foncier d'Occitanie en vue de la réalisation d'une opération de construction de logements dans le secteur " OAP du Château d'eau ", ne renvoie pas au tableau des acquisitions prévu au c) du 3° du II de l'article L. 300-5 du code de l'urbanisme ; le conseil municipal n'a pas approuvé l'apport financier du concessionnaire, en méconnaissance du douzième alinéa du même article ;
* il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée, ni de l'absence ou de l'empêchement de la directrice générale de l'Etablissement public foncier d'Occitanie ;
- en raison de l'incompétence de la commune, le délai de deux mois imparti pour exercer le droit de préemption à compter de la réception de la déclaration d'intention d'aliéner n'a pu être prolongé par sa demande de communication de documents et sa demande de visite ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée, dès lors qu'aucun projet n'est acté et qu'aucune OAP ne justifie l'exercice du droit de préemption ;
- les conditions d'exercice du droit de préemption ne sont pas réunies pour la parcelle en litige, en l'absence d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement programmé, et alors notamment que le projet de plan local d'urbanisme n'est pas arrêté, que le secteur du " Château d'eau " n'est pas encore constructible, qu'aucune OAP n'existe pour ce secteur, que les projets d'OAP ne sont pas en cohérence avec l'objectif de modération de la consommation des sols et qu'ils nécessiteront la réalisation d'une évaluation environnementale, et que l'équipement en réseaux de la zone est défaillant et non budgété.
Par des mémoires, enregistrés les 20 mai 2022, 24 novembre 2022, 15 décembre 2022 et 6 février 2023, l'Etablissement public foncier d'Occitanie, représenté par Me Becquevort, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les requérants doivent être regardés comme ayant abandonné les moyens soulevés dans leur requête, à l'exception de celui tiré de l'incompétence de cet établissement public et de celui tiré de l'incompétence de la commune pour exercer le droit de préemption urbain ;
- aucun des moyens de la requête n'est fondé.
La requête a été communiquée à la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières, à Mmes E et G C et à M. H C, qui n'ont pas produit d'observations.
Par une ordonnance du 16 mars 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 7 avril suivant.
Vu :
- l'ordonnance n° 2105833 du 19 octobre 2021 du juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- la loi n° 2004-366 du 24 mars 2014 ;
- la loi n° 2021-160 du 15 février 2021 ;
- le décret n° 2008-670 du 2 juillet 2008 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frindel ;
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public ;
- les observations de Me Montazeau, représentant M. B et Mme I ;
- et les observations de Me Triantafilidis, représentant l'Etablissement public foncier d'Occitanie.
Considérant ce qui suit :
1. Par un acte sous seing privé du 7 avril 2021, M. et Mmes C ont conclu un compromis de vente portant sur la cession à M. B et Mme I d'une maison d'habitation située 1, rue Saint-Jude, à Sainte-Foy-de-Peyrolières (31), parcelle cadastrée section B n° 1229. Par une décision du 3 août 2021, l'Etablissement public foncier d'Occitanie a exercé son droit de préemption sur le bien en cause. Par la présente requête, M. B et Mme I, acquéreurs évincés, demandent au tribunal d'annuler cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'abandon de certains moyens :
2. Contrairement à ce que fait valoir l'Etablissement public foncier d'Occitanie, il ne ressort pas des écritures des requérants qu'ils auraient entendu abandonner une partie des moyens soulevés dans leur requête.
En ce qui concerne le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte :
3. En premier lieu, l'article L. 211-1 du code de l'urbanisme dispose : " Les communes dotées d'un plan d'occupation des sols rendu public ou d'un plan local d'urbanisme approuvé peuvent, par délibération, instituer un droit de préemption urbain sur tout ou partie des zones urbaines et des zones d'urbanisation future délimitées par ce plan () ". Aux termes de l'article L. 211-2 du même code : " Lorsque la commune fait partie d'un établissement public de coopération intercommunale y ayant vocation, elle peut, en accord avec cet établissement, lui déléguer tout ou partie des compétences qui lui sont attribuées par le présent chapitre. / Toutefois, la compétence d'un établissement public de coopération intercommunale à fiscalité propre, d'un établissement public territorial créé en application de l'article L. 5219-2 du code général des collectivités territoriales, ainsi que celle de la métropole de Lyon en matière de plan local d'urbanisme, emporte leur compétence de plein droit en matière de droit de préemption urbain () ". L'article 136 de la loi du 24 mars 2014 d'accès au logement et à un urbanisme rénové, dite " ALUR ", dispose : " () II.- La communauté de communes ou la communauté d'agglomération existant à la date de publication de la présente loi, ou celle créée ou issue d'une fusion après la date de publication de cette même loi, et qui n'est pas compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale le devient le lendemain de l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de ladite loi. Si, dans les trois mois précédant le terme du délai de trois ans mentionné précédemment, au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population s'y opposent, ce transfert de compétences n'a pas lieu. / Si, à l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la publication de la présente loi, la communauté de communes ou la communauté d'agglomération n'est pas devenue compétente en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, elle le devient de plein droit le 1er juillet de l'année suivant l'élection du président de la communauté consécutive au renouvellement général des conseils municipaux et communautaires, sauf si les communes s'y opposent dans les conditions prévues au premier alinéa du présent II () ". Enfin, la loi du 15 février 2021 prorogeant l'état d'urgence sanitaire dispose : " Pour l'année 2021, par dérogation aux deux premiers alinéas du II de l'article 136 de la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové, le délai dans lequel au moins 25 % des communes représentant au moins 20 % de la population peuvent s'opposer au transfert à la communauté de communes ou à la communauté d'agglomération de la compétence en matière de plan local d'urbanisme, de documents d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale court du 1er octobre 2020 au 30 juin 2021 ".
4. En l'espèce, l'Etablissement public foncier d'Occitanie produit un tableau récapitulatif faisant apparaître qu'au moins 25 % des communes membres de la communauté de communes Cœur de Garonne représentant au moins 20 % de la population, se sont régulièrement opposées, conformément aux dispositions rappelées au point précédent, au transfert à cette dernière de leur compétence en matière de plan local d'urbanisme, faisant, par voie de conséquence, obstacle au transfert de plein droit de leur compétence en matière de droit de préemption. Ces éléments, non contredits par les requérants, sont confirmés par l'extrait de la page " ressources urbanisme (PLU) " du site internet de la communauté de communes Cœur de Garonne joint à la requête, ainsi que par la délibération du 12 décembre 2022 du conseil municipal de la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières approuvant la révision du plan local d'urbanisme, produite en défense. Il ressort de même de la fiche signalétique issue de la base nationale sur l'intercommunalité (BANATIC) concernant la communauté de communes Cœur de Garonne, librement accessible sur le site internet du ministère de l'intérieur tant au juge qu'aux parties, que cet établissement public de coopération intercommunale n'est pas compétent en matière de plan local d'urbanisme. Dès lors, les requérants, qui ne produisent aucun élément en ce sens, ne sont pas fondés à soutenir que le droit de préemption a été transféré de plein droit à la communauté de communes Cœur de Garonne.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 2122-22 du code général des collectivités territoriales : " Le maire peut, () par délégation du conseil municipal, être chargé, en tout ou partie, et pour la durée de son mandat : () / 15° D'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien selon les dispositions prévues à l'article L. 211-2 ou au premier alinéa de l'article L. 213-3 de ce même code dans les conditions que fixe le conseil municipal ". Aux termes du quatrième alinéa de l'article L. 2122-23 du même code : " Le conseil municipal peut toujours mettre fin à la délégation ". Enfin, le premier alinéa de l'article L. 213-3 du code de l'urbanisme dispose : " Le titulaire du droit de préemption peut déléguer son droit à l'État, à une collectivité locale, à un établissement public y ayant vocation ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement. Cette délégation peut porter sur une ou plusieurs parties des zones concernées ou être accordée à l'occasion de l'aliénation d'un bien. Les biens ainsi acquis entrent dans le patrimoine du délégataire ". Il résulte de ces dispositions que le conseil municipal a la possibilité de déléguer au maire, pour la durée de son mandat, en conservant la faculté de mettre fin à tout moment à cette délégation, d'une part, l'exercice des droits de préemption dont la commune est titulaire ou délégataire, afin d'acquérir des biens au profit de celle-ci, et, d'autre part, le cas échéant aux conditions qu'il détermine, le pouvoir de déléguer l'exercice de ces droits à certaines personnes publiques ou au concessionnaire d'une opération d'aménagement à l'occasion de l'aliénation d'un bien particulier, pour permettre au délégataire de l'acquérir à son profit.
6. Il ressort des pièces du dossier que par une délibération du 7 juin 2011, le conseil municipal de Sainte-Foy-de-Peyrolières a, en application de l'article L. 211-1 précité du code de l'urbanisme, institué un droit de préemption urbain sur toutes les zones urbaines et à urbaniser du plan local d'urbanisme de la commune. Par une délibération du 25 mai 2020, il a délégué au maire, pour la durée de son mandat, le pouvoir d'exercer, au nom de la commune, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme, que la commune en soit titulaire ou délégataire, et de déléguer l'exercice de ces droits à l'occasion de l'aliénation d'un bien dans les conditions fixées par le conseil municipal dans les documents du plan local d'urbanisme. Par une délibération du 22 juin 2021, le conseil municipal a autorisé le maire à signer une convention opérationnelle avec l'Etablissement public foncier d'Occitanie en vue de la réalisation d'une opération d'aménagement à dominante de logements et à déléguer ponctuellement l'exercice des droits de préemption à cet établissement public, à l'occasion de l'aliénation d'un bien situé dans le périmètre défini par la convention précitée, éventuellement modifiée par avenant. Enfin par une décision du 13 juillet 2021, le maire de Sainte-Foy-de-Peyrolières a délégué à l'Etablissement public foncier d'Occitanie l'exercice du droit de préemption urbain dans le cadre de l'aliénation portant sur la parcelle cadastrée section B n° 1229 en litige.
7. Les requérants soutiennent qu'en méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 211-1 et L. 213-3 du code de l'urbanisme, la délibération du 22 juin 2021 ne définit pas de manière suffisamment précise les zones urbaines " U " et d'urbanisation future " AU " pour lesquelles le maire peut déléguer l'exercice du droit de préemption. Toutefois, et ainsi qu'il vient d'être dit, cette délibération renvoie, s'agissant du périmètre dans lequel se situe le bien à l'occasion de l'aliénation duquel le droit de préemption peut ponctuellement être délégué par le maire, à la convention opérationnelle présentée au conseil municipal le 22 juin 2021 et conclue avec l'Etablissement public foncier d'Occitanie le 29 juin 2021. Or, l'article 2 de cette convention définit son périmètre d'intervention comme limité au secteur " OAP du Château d'eau " et, à titre ponctuel et exceptionnel, aux parcelles limitrophes, tandis que le plan qui lui est annexé délimite précisément ce périmètre au niveau parcellaire. Le secteur ainsi défini correspond, ainsi que le fait valoir l'Etablissement public foncier d'Occitanie en défense, à des parcelles classées en zone " UA " ou " 2AU " du plan local d'urbanisme applicable à la date de la décision attaquée, soit respectivement une zone urbaine de centre bourg ancien et une zone prévue pour une urbanisation future, appelée à recevoir, à terme et après équipement, l'extension du village. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la délégation du droit de préemption autorisée par la délibération du 22 juin 2021 est imprécise.
8. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la décision du 13 juillet 2021 par laquelle le maire de Sainte-Foy-de-Peyrolières a ponctuellement subdélégué à l'Etablissement public foncier d'Occitanie l'exercice du droit de préemption est illégale du fait de l'illégalité de la délibération du 22 juin 2021 précitée. En outre, la décision du 13 juillet 2021 identifie précisément la parcelle sur laquelle est implanté le bien ayant fait l'objet d'une déclaration d'intention d'aliéner, et qui est incluse dans le périmètre prévu par la convention opérationnelle du 29 juin 2021.
9. En quatrième lieu, la convention opérationnelle " OAP du Château d'eau " signée le 29 juin 2021 pour une durée de huit ans entre la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières, la communauté de communes Cœur de Garonne et l'Etablissement public foncier d'Occitanie a pour objet, selon son article 1er, de confier à l'établissement public une mission d'acquisitions foncières sur le secteur " OAP du Château d'eau " en vue de réaliser une opération de construction de logements, dont au moins 25 % de logements sociaux. Cette convention, qui ne présente pas un caractère réglementaire, se borne à régir les relations entre l'Etablissement public foncier d'Occitanie et les collectivités signataires. La décision de préemption attaquée ne forme pas avec cette convention une opération unique. Elle ne trouve pas davantage sa base légale dans cette convention et n'en constitue pas un acte d'application. Par suite, les requérants ne peuvent utilement exciper de son illégalité au soutien de leur moyen contestant la compétence de l'auteur de la décision contestée.
10. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 4 du décret du 2 juillet 2008 portant création de l'Etablissement public foncier d'Occitanie : " Pour la réalisation des missions définies à l'article 2, l'établissement peut recourir aux procédures mentionnées à l'article L. 321-4 du code de l'urbanisme, qu'il s'agisse du recours à l'expropriation ou de l'exercice des droits de préemption et de priorité () ". Selon l'article 9 du même décret : " Le conseil d'administration règle par ses délibérations les affaires de l'établissement. / () / Il peut déléguer au directeur général, dans les conditions qu'il détermine, ses pouvoirs de décision, à l'exception de ceux prévus aux 1°, 2°, 3°, 4°, 5°, 7° et 10° ci-dessus. / En cas d'absence ou d'empêchement du directeur général, le conseil d'administration peut déléguer les mêmes pouvoirs au directeur général adjoint ainsi que l'exercice des droits de préemption et de priorité mentionnés au premier alinéa de l'article 4 ". Aux termes de l'article 12 du même décret : " Le directeur général de l'établissement public est nommé dans les conditions prévues par l'article R. 321-8 du code de l'urbanisme. / Ses compétences et les modalités de leur exercice sont fixées par les articles R. 321-9 et R. 321-10 du même code ". Enfin, l'article R. 321-10 du code de l'urbanisme dispose : " Le directeur général, dans les limites des compétences qui lui ont été déléguées, peut, par délégation du conseil d'administration, être chargé d'exercer au nom de l'établissement public foncier de l'Etat, de l'établissement public d'aménagement ou de l'établissement public Grand Paris Aménagement les droits de préemption dont l'établissement est titulaire ou délégataire et le droit de priorité dont l'établissement est délégataire ".
11. Il ressort des pièces du dossier que, conformément aux dispositions rappelées au point précédent, le conseil d'administration de l'Etablissement public foncier d'Occitanie a, par une délibération du 23 octobre 2017, régulièrement transmise au préfet de la région Occitanie le même jour, délégué à sa directrice générale ou, en cas d'absence ou d'empêchement, à son adjoint, le pouvoir d'exercer, au nom de l'établissement, les droits de préemption définis par le code de l'urbanisme dont l'établissement est titulaire ou délégataire. Par suite, M. D A, directeur général adjoint de l'Etablissement public foncier d'Occitanie, disposait d'une délégation de pouvoir régulière pour signer la décision contestée, alors en outre que les requérants n'établissent pas que la directrice générale de l'établissement n'était pas absente ou empêchée.
12. Il résulte de ce qui a été dit aux points 3 à 11 que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens :
13. En premier lieu, les requérants soutiennent que les demandes de documents et de visite formulées par la commune le 29 juin 2021 n'ont pu avoir pour effet de proroger le délai d'exercice du droit de préemption, dès lors que cette dernière ne disposait pas de la compétence pour ce faire. Toutefois, et ainsi qu'il a été dit au point 4 du présent jugement, la compétence en matière de plan local d'urbanisme et de droit de préemption n'a pas été transférée à la communauté de communes Cœur de Garonne, de telle sorte que la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières était bien compétente, à la date de cette demande, pour exercer ce droit. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
14. En second lieu, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. / () / Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé () ". Aux termes de l'article L. 300-1 du même code : " Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le renouvellement urbain, de sauvegarder ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels. / L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations () ". Il résulte de ces dispositions que, pour exercer légalement ce droit, les collectivités titulaires du droit de préemption urbain doivent, d'une part, justifier, à la date à laquelle elles l'exercent, de la réalité d'un projet d'action ou d'opération d'aménagement répondant aux objets mentionnés à l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme, alors même que les caractéristiques précises de ce projet n'auraient pas été définies à cette date, et, d'autre part, faire apparaître la nature de ce projet dans la décision de préemption.
15. D'une part, il ressort des termes de la décision attaquée que la parcelle préemptée, d'une superficie de 3 596 m², située dans le périmètre d'intervention de l'Etablissement public foncier d'Occitanie définie par la convention opérationnelle du 29 juin 2021 précitée, a vocation à constituer une partie de l'assiette foncière d'une opération d'ensemble portant sur la construction d'une quarantaine de logements, incluant 25 % minimum de logements locatifs sociaux, dans le secteur " OAP du Château d'eau ". La décision contestée fait donc apparaître la nature du projet en vue duquel le droit de préemption a été exercé et satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant de l'article L. 210-1 précité du code de l'urbanisme.
16. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que l'opération de production de logements précitée s'inscrit dans le cadre de la révision du plan local d'urbanisme (PLU) de Sainte-Foy-de-Peyrolières prescrite le 27 novembre 2018 et de l'élaboration d'un nouveau projet d'aménagement et de développement durable communal, décliné en plusieurs projets d'OAP. Elle prévoit, selon le document présenté au cours d'une réunion publique le 29 juin 2021, la construction de trente-neuf maisons mitoyennes ou individuelles, dont 25 % minimum de logements locatifs sociaux, réparties sur un espace de 2,5 hectares au sud du bourg. Le projet présente ainsi le caractère d'une action ou d'une opération d'aménagement au sens de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme et répond à un intérêt général suffisant. S'il s'implante en zone 2AU, dont l'urbanisation est bloquée dans le PLU opposable à la date de la décision attaquée en raison de l'insuffisance du réseau d'assainissement, la mise en fonction opérationnelle d'une nouvelle station d'épuration en 2016 avait précisément pour objectif de permettre le développement du bourg et, en particulier, l'ouverture à l'urbanisation de la zone 2AU dans le cadre du PLU révisé, qui a été finalement approuvé le 12 décembre 2022 et qui était donc déjà suffisamment avancé à la date de la préemption litigieuse. Dans ces conditions, la circonstance que l'opération envisagée n'était pas immédiatement réalisable en l'état du document d'urbanisme applicable, est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par ailleurs, et ainsi qu'il a été dit, la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières et la communauté de communes Cœur de Garonne ont conclu le 29 juin 2021 avec l'Etablissement public foncier d'Occitanie une convention opérationnelle, en vue de bénéficier de son accompagnement pour la réalisation de cette opération, ce qui atteste encore du caractère suffisamment avancé du projet à la date de la décision attaquée. Il apparaît en outre que l'opération est en tout état de cause, compte tenu de sa nature, de son dimensionnement et de sa localisation, compatible, d'une part, avec le document d'orientations et d'objectifs du schéma de cohérence territorial du pays Sud Toulousain approuvé le 28 octobre 2012, qui prévoit, s'agissant de la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières, de privilégier le développement urbain en continuité du village et fixe un objectif maximum de 325 nouveaux logements construits entre 2010 et 2030 afin de limiter la consommation d'espace et, d'autre part, avec le plan local de l'habitat de la communauté de communes Cœur de Garonne, adopté le 24 septembre 2019, qui prévoit notamment de poursuivre la politique d'attractivité résidentielle tout en diversifiant le parc de logements, et qui fixe à la commune un objectif de 39 à 46 nouveaux logements pour la période 2019-2024, dont 12 % de logements locatifs sociaux. Pour les mêmes motifs, elle est par ailleurs compatible avec l'objectif de " renforcement de la centralité villageoise par une urbanisation dans la continuité du village ", en particulier dans son versant sud, prévu par le projet d'aménagement et de développement durable communal applicable à la date de la décision attaquée, ainsi, au demeurant, qu'avec les objectifs du projet d'aménagement et de développement durable communal débattu le 28 novembre 2019, qui prévoit notamment de " placer la centralité villageoise au cœur du projet " et retient un scénario de 120 à 125 nouveaux logements construits sur neuf hectares à l'horizon 2030, répartis entre comblements de dents creuses et extensions urbaines. Dans ces conditions, alors que la nécessité de procéder à une évaluation environnementale, à la supposer avérée, est sans incidence sur la légalité de la préemption en cause, et que l'insuffisance d'équipement en réseaux de la zone ne ressort pas des pièces du dossier, la commune justifiait, à la date de la décision attaquée, de la réalité d'un projet d'aménagement sur la parcelle préemptée répondant aux objectifs de l'article L. 300-1 du code de l'urbanisme précité.
17. Il résulte de tout ce qui précède que M. B et Mme I ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 3 août 2021 du directeur de l'Etablissement public foncier d'Occitanie portant exercice du droit de préemption.
Sur les frais liés au litige :
18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etablissement public foncier d'Occitanie, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demandent les requérants sur leur fondement. Il y a lieu, en revanche, de faire application des mêmes dispositions et de mettre à la charge des requérants le versement à l'Etablissement public foncier d'Occitanie d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B et de Mme I est rejetée.
Article 2 : M. B et Mme I verseront à l'Etablissement public foncier d'Occitanie la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. J B, à Mme F I, à Mme E C, à Mme G C, à M. H C et à l'établissement public foncier d'Occitanie.
Copie en sera adressée à la commune de Sainte-Foy-de-Peyrolières.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026