vendredi 21 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105811 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | WEINLING GAZE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 5 octobre 2021, M. A D B, représenté par Me Weinling-Gaze, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 31 août 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Toulouse lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
3°) d'enjoindre à l'OFII de l'admettre au bénéfice de ces conditions, dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve pour ce dernier de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- la décision du 31 août 2021 est entachée d'incompétence à défaut pour son signataire de justifier d'une délégation régulière ;
- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait dès lors qu'elle se borne à indiquer qu'il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile sans faire mention de l'évaluation de sa vulnérabilité et qu'elle ne précise pas quels manquements il a commis ;
- l'OFII n'a pas procédé à l'examen individuel de sa situation et à l'évaluation de sa vulnérabilité ;
- l'évaluation de sa vulnérabilité n'indique pas le nom et la qualité de l'agent de l'OFII qui l'a effectuée, ni s'il a été formé spécifiquement pour cette évaluation conformément à l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de la situation de vulnérabilité dans laquelle il se trouve ;
- elle est contraire à l'article 20 de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 qui ne prévoit pas la possibilité de retirer ou de refuser totalement toute condition matérielle d'accueil à un demandeur d'asile, mais seulement de les limiter ;
- elle porte atteinte à l'exercice effectif de la liberté fondamentale de solliciter l'asile.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.
Par une ordonnance du 1er mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 16 mars suivant.
Un mémoire enregistré le 4 avril 2023, après la clôture de l'instruction, a été produit pour l'OFII. Il n'a pas été communiqué.
Vu :
- l'ordonnance n° 2105816 du 8 octobre 2021 du juge des référés du tribunal ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relative à des procédures communes pour l'octroi et le retrait de la protection internationale ;
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, de nationalité béninoise, a déposé une première demande d'asile en France le 1er mars 2018, qui a été rejetée. Il a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile, enregistrée le 31 août 2021 par la préfecture de la Haute-Garonne, qui lui a alors délivré une attestation en procédure accélérée valable jusqu'au 28 février 2022. Par une décision du 31 août 2021, le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Toulouse (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Le 7 septembre 2021, M. B a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Du silence gardé sur ce recours est née, le 7 novembre 2021, une décision implicite de rejet. Par la présente requête, M. B doit être regardé comme demandant au tribunal l'annulation de cette décision implicite.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. / () ".
3. Par une décision du 12 avril 2022, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : / () 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature. / Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. A défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".
5. L'institution, par les dispositions précitées, d'un recours administratif préalable obligatoire, a pour effet de laisser à l'autorité compétente pour en connaître le soin d'arrêter définitivement la position de l'administration. Il s'ensuit que la décision prise à la suite du recours se substitue nécessairement à la décision initiale et est seule susceptible d'être déférée au juge de la légalité. Il en résulte que les vices propres de la décision initiale ne sauraient être utilement invoqués à l'appui d'un recours contestant la décision rejetant ce recours. Cette substitution ne fait toutefois pas obstacle à ce que soient invoqués à son encontre des moyens tirés de la méconnaissance de règles de procédure applicables à la décision initiale qui, ne constituant pas uniquement des vices propres à cette décision, sont susceptibles d'affecter la régularité de la décision soumise au juge. Par ailleurs, lorsque la décision prise à la suite d'un recours administratif préalable obligatoire est implicite et que le requérant n'en a pas sollicité la communication des motifs en application de l'article L. 232-4 du code des relations entre le public et l'administration, elle doit être regardée comme fondée sur les mêmes motifs que la décision initiale.
6. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que par un courriel du 7 septembre 2021 envoyé à l'adresse " rapo@ofii.fr ", M. B a saisi le directeur général de l'OFII d'un recours préalable obligatoire dirigé contre la décision du 31 août 2021 lui refusant les conditions matérielles d'accueil. Dès lors, la décision implicite rejetant ce recours s'est nécessairement substituée à la décision initiale. Il s'ensuit que les moyens tirés de l'incompétence du signataire et de l'insuffisance de motivation de la décision du 31 août 2021, qui se rapportent aux vices propres de la décision initiale, sont inopérants et ne peuvent donc qu'être écartés.
7. En deuxième lieu, si M. B soutient que l'OFII n'a pas procédé à un examen individuel de sa situation dès lors que sa vulnérabilité n'a pas été prise en compte, il ressort toutefois des termes de la décision initiale du 31 août 2021 que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé " après examen de [ses] besoins et de [sa] situation personnelle et familiale ". Le requérant ne conteste d'ailleurs pas avoir fait l'objet, depuis son entrée en France, d'une évaluation de sa vulnérabilité, au regard de son mode d'hébergement, de son état de santé et de sa situation familiale en France. En outre, alors qu'il ne faisait état, dans son recours administratif préalable obligatoire du 7 septembre 2021, d'aucune situation de vulnérabilité, il se borne dans sa requête à soutenir qu'" il vit seul à la rue, dans des conditions extrêmement précaires et indignes ", sans que les conditions de vie qu'il décrit ne ressortent des pièces qu'il a versées. Par suite, et alors même que la décision initiale du 31 août 2021 a été prise le jour même du dépôt par le requérant de sa demande de réexamen de sa demande d'asile, le moyen tiré de ce que les conditions matérielles d'accueil lui ont été refusées sans examen préalable de sa situation ne peut qu'être écarté.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables () ". Aux termes de l'article L. 522-2 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".
9. Si M. B soutient que l'identité de l'agent de l'OFII qui a procédé à l'évaluation de sa vulnérabilité n'est pas connue et qu'il n'est pas établi que ce dernier a reçu une formation spécifique à cette fin, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 522-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne produit pas cette évaluation, d'une part, et n'établit ni même n'allègue que ces circonstances, à les supposer avérées, l'auraient privé d'une garantie, d'autre part. Le moyen ne peut donc qu'être écarté.
10. En quatrième lieu, et ainsi qu'il a été dit au point 7, si le requérant invoque une situation de vulnérabilité, il ne l'établit par aucune pièce versée au dossier. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision implicite rejetant son recours préalable obligatoire, dont les motifs sont réputés identiques à ceux de la décision initiale du 31 août 2021, est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
11. En cinquième lieu, l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 dispose : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () c) a introduit une demande ultérieure telle que définie à l'article 2, point q), de la directive 2013/32/UE ". La directive 2013/32/UE du 26 juin 2013 définit une demande ultérieure comme " une nouvelle demande de protection internationale présentée après qu'une décision finale a été prise sur une demande antérieure ".
12. Si M. B soutient que la décision de l'OFII est contraire à l'article 20 de la directive 2013/33/UE, il ne peut toutefois se prévaloir de cette directive à l'appui de son recours, dès lors que l'Etat a pris les mesures de transposition nécessaires en introduisant ces dispositions dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance par l'OFII de la directive 2013/33/UE ne peut qu'être écarté.
13. En sixième et dernier lieu, le requérant soutient que le refus de l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil constitue une restriction manifestement illégale du droit d'asile, alors qu'il est contraint de vivre dans des conditions indignes, à la rue, sans ressources et que sa demande d'asile est en cours d'instruction par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Toutefois, et comme il a été dit au point 7, il ne produit aucune pièce de nature à établir la réalité de la situation de vulnérabilité dont il se prévaut et qu'il décrit en des termes généraux et non circonstanciés. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée porte une atteinte excessive à l'exercice de la liberté fondamentale de solliciter l'asile doit être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. B.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A D B, à Me Weinling-Gaze et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.
Le rapporteur,
T. C
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef :
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026