mardi 24 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2105873 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | PETITGIRARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrée les 7 octobre 2021, 6 décembre 2022 et 23 février 2023, M. E C, représenté par Me Petitgirard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 28 juillet 2021 de la commission de recours de l'invalidité en tant qu'elle ne fixe le taux d'invalidité de son infirmité qu'à 30% ;
2°) de faire droit à la demande de pension pour l'infirmité selon l'intitulé " état de stress post-traumatique : troubles du sommeil, cauchemars, reviviscences, agoraphobie et repli social, hyperactivité aux bruits, asthénie et anhédonie nécessitant un suivi spécialisé régulier " au taux de 40% ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le taux d'invalidité de son infirmité est sous-estimé notamment en l'absence d'un état antérieur ; les opérations militaires auxquelles il a participé ont généré et aggravé un état de stress post-traumatique ; l'état de stress post-traumatique dont il souffre justifie un taux d'invalidité de 40% ;
- l'intitulé de son infirmité aurait dû prendre en compte l'ensemble de ses symptômes à savoir " état de stress post-traumatique : troubles du sommeil, cauchemars, reviviscences, agoraphobie et repli social, hyperactivité aux bruits, asthénie et anhédonie nécessitant un suivi spécialisé régulier " ;
- les expertises réalisées les 14 avril et 27 septembre 2021, postérieurement à sa demande de pension militaire d'invalidité, sont recevables dès lors que l'expert se place à la date de la demande de pension pour se prononcer sur son infirmité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 7 novembre 2022, 9 janvier 2023 et 4 avril 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les expertises postérieures à la date de demande d'octroi de la pension militaire d'invalidité sont irrecevables ;
- les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre,
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Petitgirard, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, caporal-chef de 1ère classe de l'armée de terre, s'est vu concéder une pension militaire d'invalidité à titre temporaire par arrêté du 2 novembre 2020 pour la période allant du 25 juin 2019 au 24 juin 2022 pour l'infirmité : " état de stress post-traumatique : troubles du sommeil, sans reviviscences, agoraphobie et repli social, hyperréactivité aux bruits, sans idées suicidaires, nécessitant un suivi spécialisé, sans traitement médicamenteux, sur une personnalité sensitive. " au taux d'invalidité de 20%. M. C a présenté un recours préalable obligatoire contre cet arrêté devant la commission de recours de l'invalidité qui, par décision du 27 avril 2021 y a partiellement fait droit, d'une part, en portant à 30% son taux d'invalidité, d'autre part, en modifiant le libellé de l'infirmité pour prendre en compte le suivi régulier tel que suit : " état de stress post-traumatique : troubles du sommeil, sans reviviscences, agoraphobie et repli social, hyperréactivité aux bruits, sans idées suicidaires, nécessitant un suivi spécialisé régulier ". Par sa requête M. C demande au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle ne fixe le taux d'invalidité de son infirmité qu'à 30%.
Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. / Il en est de même de la date d'entrée en jouissance de la pension révisée pour aggravation ou pour prise en compte d'une infirmité nouvelle. () ".
3. Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de l'intéressé pour évaluer ses droits à renouvellement, révision et octroi d'une pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant de l'infirmité en cause, soit, en l'espèce, à la date du 25 juin 2019. Toutefois, elles ne sauraient être interprétées comme lui interdisant de prendre en compte des pièces médicales, qui, bien que postérieures à la demande de l'intéressé, révèlent par leur contenu l'état de santé existant à cette date.
4. En l'espèce, M. C souffre d'un syndrome de stress post-traumatique développé à la suite d'une opération extérieure en 2006 en Afghanistan et dont l'imputabilité au service n'est pas contestée. D'une part, il résulte de l'instruction que le compte-rendu de l'expertise réalisée le 14 avril 2021 ne précise pas la date à laquelle le médecin s'est placé pour conclure que " les manifestations symptomatologiques empêchent à ce jour monsieur C de reprendre une activité professionnelle ", tandis que l'expert ayant reçu M. C le 30 novembre 2021, s'est placé à cette même date pour relater l'existence d'un " état de stress post-traumatique ", une " symptomatologie dépressive " et " des modifications de la personnalité ". Dans ces conditions, ces expertises, qui ne se placent pas à la date de la demande, ne peuvent être prises en considération. D'autre part, il résulte de l'instruction que l'expertise réalisée le 27 septembre 2021 décrit les symptômes du requérant sans évoquer d'aggravation apparue entre la date du dépôt de la demande de pension et la date de cet examen médical. Elle précise : " on peut considérer qu'à la date de la demande de pension, [M. C] présentait une symptomatologie d'ESPT constante et envahissante avec une incidence thymique modérée. Un taux de 40% est justifié ". Ainsi, cette expertise peut être regardée comme révélant l'état de santé de l'intéressé à la date de sa demande de pension. De même, s'agissant de l'expertise réalisée le 18 janvier 2022, celle-ci, bien que postérieure à la demande de pension, fait état d'une " majoration des reviviscences depuis plusieurs années, les cauchemars s'intensifiant et devenant plus fréquents " et peut donc également être regardée comme révélant l'état de santé de l'intéressé à la date de la demande de pension Par suite, M. C est fondé à soutenir que ces deux expertises des 27 septembre 2021 et 18 janvier 2022 peuvent être prises en compte.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
5. Aux termes de l'article L. 125-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Le taux d'invalidité reconnu à chaque infirmité examinée couvre l'ensemble des troubles fonctionnels et l'atteinte à l'état général. " et aux termes de l'article L.125-5 du même code : " Lorsqu'il s'agit d'amputations ou d'exérèses d'organe, les pourcentages d'invalidité figurant aux barèmes mentionnés à l'article L. 125-3 sont impératifs. / Dans les autres cas, ils ne sont qu'indicatifs. ". Enfin, aux termes de l'article D. 125-4 du même code : " Le taux d'invalidité mentionné à l'article L. 125-1 est déterminé par le guide-barème des invalidités annexé au présent code. / (). ". En matière de troubles psychiques, le guide-barème fixe une échelle de six niveaux de troubles de fonctionnement, soit 0 % pour l'absence de troubles décelables, 20 % pour des troubles légers, 40 % pour des troubles modérés, 60 % pour des troubles intenses, 80 % pour des troubles très intenses et 100 % pour une destruction psychique totale. Il précise que la démarche clinique est globalisante, que l'expert, sans procéder à des estimations à 5 % près, peut proposer des pourcentages intermédiaires dans la mesure où un cas particulier se situerait entre deux niveaux. Il indique que les pourcentages ne sont pas des repères sur une échelle analogique, étant donné l'hétérogénéité des éléments compris dans le terme d'intégrité psychique et le fait qu'une évaluation clinique relève d'un jugement et non d'une mesure physique, mais des nombres indicatifs du degré de souffrance existentielle. Il fixe comme critères constitutifs de l'évaluation de l'invalidité : " 1. La souffrance psychique : l'expert l'appréciera à partir de l'importance des troubles, de leur intensité et de leur richesse symptomatique. Cette souffrance est éprouvée consciemment ou non par le sujet et/ou perçue par l'entourage ; / 2. La répétition : elle s'exprime, au sens psychopathologique, par des troubles au long cours ou rémittents ; / 3. La perte relative de la capacité relationnelle et le rétrécissement de la liberté existentielle : ce troisième critère, consécutif dans une certaine mesure aux précédents, concerne le mode de relation à autrui et le degré d'inadéquation des conduites aux situations. ". Il prévoit enfin que " Doivent être pris en compte également des critères positifs tels que : / - la capacité de contrôle des affects et des actes ; / - le degré de tolérance à l'angoisse et à la peur ; / - l'aptitude à différer les satisfactions et à tenir compte de l'expérience acquise ; / - les possibilités de créativité, d'orientation personnelle et de projet. ".
6. Le rapport circonstancié établi le 6 avril 2019 constate que l'état de stress post-traumatique de M. C est en lien avec l'opération extérieure mentionnée au point 4, réalisée en Afghanistan en 2006 ,lors de laquelle il a " essuyé des tirs de roquettes non loin du chantier de conditionnement dont deux sont tombés à proximité du chantier (moins de 100 mètres derrière le mur d'enceinte) et sur le réfectoire qu'il fréquentait " et était sollicité durant la nuit " pour participer aux rampes de cérémonie afin d'accompagner ses frères d'armes étrangers de l'alliance tombés au combat avant l'embarquement dans les avions. ". Il résulte tout d'abord de l'instruction que l'expert psychiatre qui a examiné M. C les 28 juillet et 22 août 2020 a relevé un état de stress post-traumatique, des troubles du sommeil fluctuants avec des réveils en deuxième partie de nuit, une réactivité aux événements extérieurs, une tendance à l'évitement de tout ce qui a trait à un aéroport, une tendance à l'agoraphobie et au repli, une asthénie intense dès qu'un événement péjoratif survient, une réactivité aux bruits ainsi qu'une tendance à être dans le contrôle. Ensuite, l'expert indique que l'échelle de PCLS (" post-traumatic stress disorder scale " échelle de l'état post-traumatique) est cotée à 71 sur un score maximal de 85 tandis que l'échelle de PDEQ (questionnaire des expériences de dissociation péritraumatique) est cotée à 41 sur un score maximal de 50. De plus, l'expertise réalisée le 18 janvier 2022 mentionne une " majoration des reviviscences depuis plusieurs années " tandis que l'expertise datée du 27 septembre 2021, se fondant sur le rapport du professeur A du 11 mars 2019, mentionne " un sommeil difficile ", des " cauchemars " et " une dimension dépressive de l'humeur avant l'été 2019, des cauchemars et des reviviscences. ". Enfin, le rapport d'expertise du 27 septembre 2021 relève une " symptomatologie d'ESPT constante et envahissant avec une incidence thymique modérée ". Ces descriptions, au regard des critères fixés par le guide-barème, correspondent à des troubles modérés devant être évalués à 40 %, et non à des symptômes légers à modérés justifiant un taux intermédiaire de 30 %. Ni l'absence de traitement médicamenteux, ni la personnalité sensitive de M. C, dont au demeurant le guide barème relève l'absence de rapport avec la survenue d'un syndrome psycho-traumatique, ne sont de nature, contrairement à ce qu'a retenu le médecin chargé de donner un avis sur les demandes de pension, à remettre en cause le taux de 40% proposé par le Dr D. Dans ces conditions, la commission de recours de l'invalidité a commis une erreur d'appréciation en décidant de fixer à 30% le taux de la pension militaire d'invalidité pour l'infirmité de stress post-traumatique et en ne retenant pas les reviviscences.
7. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de recours de l'invalidité en tant qu'elle fixe à 30 % le taux de la pension militaire d'invalidité pour l'infirmité de stress post-traumatique et en tant qu'elle exclut les reviviscences.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que le ministre des armées est tenu de faire droit à la demande de M. C tendant à la prise en compte de l'infirmité de stress post-traumatique au taux de 40 % du 25 juin 2019 au 24 juin 2022. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre de procéder à la liquidation des droits à pension correspondants dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
10. M. C n'a pas déposé de demande d'aide juridictionnelle au titre de la présente procédure. Par conséquent, son avocat ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et il y a lieu de rejeter les conclusions présentées à ce titre. En revanche, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à M. C sur le seul fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 28 juillet 2021 de la commission de recours de l'invalidité en tant qu'elle fixe un taux d'invalidité de 30% est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre des armées de procéder à la liquidation des droits à pension de M.Ca en tenant compte de l'infirmité de stress post-traumatique au taux de 40 % avec jouissance du 25 juin 2019 au 24 juin 2022 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à M.Ca une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. ECa et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 3 octobre, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 octobre 2023
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026