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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105896

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105896

jeudi 19 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105896
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDUPEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 octobre 2021, Mme A C, épouse B représentée par Me Dupey, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a rejeté son recours préalable obligatoire concernant le refus de délivrance d'un agrément en qualité de dirigeant d'une société de sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au Conseil national des activités privées de sécurité de lui délivrer l'agrément sollicité dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte;

3°) de mettre à la charge du Conseil national des activités privées de sécurité le paiement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas pu s'expliquer sur le deuxième grief porté à sa connaissance ;

- elle est entachée d'une erreur de fait : elle conteste avoir été condamnée par le tribunal correctionnel de Toulouse le 15 mars 2021 ;

- elle est entachée d'une erreur de droit car certains des faits reprochés ont déjà fondé des décisions de refus, en méconnaissance du principe " non bis in idem " ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des faits qui lui sont reprochés ;

- la sanction est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le Conseil national des activités privées de sécurité, représenté par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Hecht,

- les conclusions de M. Déderen, rapporteur public,

- et les observations de Me Dupey, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C épouse B a sollicité la délivrance d'un agrément en qualité de dirigeant d'une société de sécurité privée auprès de la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-Ouest (CLAC) du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS), par un courrier reçu le 2 avril 2021. Par une décision du 10 mai 2021, la CLAC a rejeté sa demande. Elle a formé un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision devant la Commission nationale d'agrément et de contrôle (CNAC) du CNAPS, par un courrier reçu le 11 juin 2021. Le silence gardé par la CNAC sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet, dont Mme C, épouse B demande l'annulation par la présente requête. Par une délibération du 23 septembre 2021, la CNAC a expressément rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé par Mme C.

Sur l'étendue du litige :

2. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Ainsi, lorsqu'un requérant conteste, dans les délais de recours, la décision implicite, ses conclusions doivent être regardées comme dirigées uniquement contre la seconde décision, qui s'est substituée à la première. Il en résulte que les conclusions dirigées contre la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire, née du silence gardé par la CNAC, doivent être regardées comme dirigées contre la décision expresse du 23 septembre 2021, versée aux débats par le CNAPS, qui s'y est substituée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. "

4. Mme C, épouse B soutient que le refus qui lui a été opposé est intervenu en méconnaissance de la procédure contradictoire préalable dès lors que la CLAC, dans un courrier du 2 avril 2021, lui avait demandé de s'expliquer sur sa mise en cause pour des faits commis entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2018, avant de motiver sa décision de refus, en date du 10 mai 2021, non seulement par des faits commis pendant cette période, mais également pour d'autres faits commis entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2018. En outre, il ressort des pièces du dossier que la décision en litige se fonde également sur ces deux motifs. Toutefois, il est constant que cette décision est intervenue sur sa demande. Les dispositions précitées, pas davantage qu'aucune autre disposition du code de la sécurité intérieure ou aucun principe général n'imposaient dès lors la mise en œuvre d'une telle procédure contradictoire préalablement à ce que la CNAC se prononce sur la demande dont l'avait saisie l'intéressée. Ainsi, Mme C, épouse B ne peut utilement soutenir que la décision litigieuse serait entachée d'un vice de procédure. Au demeurant, il ressort des pièces du dossier, en particulier du recours administratif préalable qu'elle a formé devant la CNAC, que l'intéressée a pu s'exprimer sur le second grief qui lui avait été reproché. Au surplus, dès lors que la CLAC lui avait indiqué qu'elle avait été mise en cause entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2018, sans mentionner qu'un seul fait lui était reproché, Mme C, épouse B ne peut soutenir de bonne foi que lui étaient reprochés des faits intervenus pendant un laps de temps certes moindre, mais néanmoins compris dans le même laps de temps. Par suite, ce moyen ne peut qu'être écarté, en toute hypothèse.

5. En deuxième lieu, la décision en litige, par laquelle le CNAPS a refusé de délivrer à Mme C, épouse B un agrément de dirigeant de société de sécurité privée, constitue une mesure de police. Il s'ensuit que la requérante ne peut utilement invoquer à l'encontre de cette décision le caractère disproportionné de la mesure qui a été prononcée à son encontre, qui n'est pas une sanction, non plus que la méconnaissance du principe " non bis in idem ".

6. En troisième lieu, si la requérante conteste avoir été condamnée par le tribunal correctionnel de Toulouse le 15 mars 2021, ainsi que le mentionnait la décision de la CLAC du 10 mai 2021, toutefois la décision en litige de la CNAC, en date du 23 septembre 2021, qui s'est substituée à la décision précédente, ne mentionne pas de telle condamnation, indiquant seulement que l'intéressée a été convoquée à l'audience du 21 mars 2022 au tribunal judiciaire de Toulouse. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté comme manquant en fait.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de la sécurité intérieure : " Sont soumises aux dispositions du présent titre, dès lors qu'elles ne sont pas exercées par un service public administratif, les activités qui consistent : / 1° A fournir des services ayant pour objet la surveillance humaine ou la surveillance par des systèmes électroniques de sécurité ou le gardiennage de biens meubles ou immeubles ainsi que la sécurité des personnes se trouvant dans ces immeubles ou dans les véhicules de transport public de personnes ; / 1° bis A faire assurer par des agents armés l'activité mentionnée au 1°, lorsque celle-ci est exercée dans des circonstances exposant ces agents ou les personnes se trouvant dans les lieux surveillés à un risque exceptionnel d'atteinte à leur vie ; / 3° A protéger l'intégrité physique des personnes ; () ". Aux termes de l'article L. 612-6 du même code : " Nul ne peut exercer à titre individuel une activité mentionnée à l'article L. 611-1, ni diriger, gérer ou être l'associé d'une personne morale exerçant cette activité, s'il n'est titulaire d'un agrément délivré selon des modalités définies par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article L. 612-7 du même code dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : " L'agrément prévu à l'article L. 612-6 est délivré aux personnes qui satisfont aux conditions suivantes : () L'agrément ne peut être délivré s'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées. "

8. Il résulte des dispositions précitées que, lorsqu'elle est saisie d'une demande d'agrément en qualité de dirigeant d'une entreprise de sécurité privée, l'autorité administrative compétente procède à une enquête administrative. Cette enquête, qui peut notamment donner lieu à la consultation du traitement automatisé de données à caractère personnel mentionné à l'article R. 40-42 du code de procédure pénale, vise à déterminer si le comportement ou les agissements de l'intéressé sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat, et s'ils sont ou non compatibles avec l'exercice des fonctions d'agent privé de sécurité. Pour ce faire, l'autorité administrative procède, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à une appréciation globale de l'ensemble des éléments dont elle dispose. A ce titre, si la question de l'existence de poursuites ou de sanctions pénales est indifférente, l'autorité administrative est en revanche amenée à prendre en considération, notamment, les circonstances dans lesquelles ont été commis les faits qui peuvent être reprochés au pétitionnaire ainsi que la date de leur commission.

9. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier, et il n'est au demeurant pas contesté, que Mme C, épouse B a été mise en cause d'une part comme auteur de faits d'exécution d'un travail dissimulé par une personne morale, commis entre le 1er janvier 2015 et le 31 décembre 2018, pour lesquels elle a fait l'objet d'un rappel à la loi prononcée le 10 janvier 2020, d'autre part comme auteur de faux, d'altération frauduleuse de la vérité dans un écrit et d'usage de faux en écriture, commis entre le 1er janvier 2016 et le 31 décembre 2018, consistant dans l'absence de déclaration du chiffre d'affaires de sa société de gardiennage, et dans la production et l'utilisation de fausses attestations à destination de l'administration fiscale et de l'URSSAF. Ces faits, commis sur des périodes de quatre et trois ans, moins de trois ans avant la date de la décision attaquée, révèlent des agissements contraires à l'honneur et à la probité, incompatibles avec l'exercice des fonctions de dirigeant d'une société de sécurité privée. Dans ces conditions, le CNAPS n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées du code de la sécurité intérieure en refusant à Mme C de lui délivrer l'agrément sollicité.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de Mme C tendant à l'annulation de la décision du Conseil national des activités privées de sécurité en date du 23 septembre 2021 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C, épouse B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, épouse B et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.

Le rapporteur,

S. HECHT

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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