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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2105956

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2105956

jeudi 20 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2105956
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDELSOL AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 12 octobre 2021 et le 23 décembre 2022, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société ISS FACILITY SERVICES, représentée par Me Pacotte, demande au tribunal d'annuler la décision du 9 février 2021 par laquelle l'inspecteur du travail de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) Occitanie a autorisé le transfert du contrat de travail de Mme B, ensemble la décision implicite par laquelle la ministre du travail a rejeté son recours hiérarchique introduit le 9 avril 2021 et dirigé contre cette décision.

Elle soutient que :

- la qualité de salariée protégée de Mme B n'est pas établie ;

- la demande d'autorisation de transfert du contrat de Mme B adressée à l'inspecteur du travail était incomplète et ne permettait pas d'apprécier sa recevabilité ;

- lors de l'enquête contradictoire, l'employeur a été représentée par une personne dépourvue de délégation de pouvoir ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 7 de la convention collective des entreprises de propreté ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 décembre 2022, le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion conclut au rejet de la requête de la société ISS FACILITY SERVICES.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 1er décembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 2 janvier 2023 à 12 heures.

Vu les décisions attaquées et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention collective des entreprises de propreté et services associés du 26'juillet 2011 ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Péan, rapporteure,

- les conclusions de Mme Carvalho, rapporteure publique,

- et les observations de Me Keraval, représentant la société ISS FACILITY.

Considérant ce qui suit :

1. La société ISS FACILITY SERVICES s'est vue attribuer par TISSEO VOYAGEURS, à compter du 2 février 2021, le lot n° 3 du marché de prestation de nettoyage quotidien pour les stations allant de Marengo SNCF à Balma Gramont, auparavant confié à la société AID SERVICES, laquelle a donc sollicité auprès de l'inspecteur du travail l'autorisation de transférer le contrat de travail de Mme B, agent de service, vers la société ISS FACILITY SERVICES. Par une décision du 9 février 2021 l'inspecteur du travail a autorisé ce transfert. La société ISS FACILITY SERVICES ayant formé le 9 avril 2021 auprès du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion, un recours hiérarchique qui a été implicitement rejeté la société requérante demande au tribunal d'annuler la décision du 9 février 2021 et cette décision implicite de rejet.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2414-1 du code du travail : " Le transfert d'un salarié compris dans un transfert partiel d'entreprise ou d'établissement par application de l'article L. 1224-1 ne peut intervenir qu'après autorisation de l'inspecteur du travail lorsqu'il est investi de l'un des mandats suivants : / () / 2° Membre élu et ancien membre élu de la délégation du personnel du comité social et économique ou candidat à ces fonctions () ".

3. Il ressort du procès-verbal des élections professionnelles qui se sont déroulées les 4 et 18 décembre 2020 que Mme B a été élue en qualité de membre titulaire au comité social et économique. La demande de transfert de cette salariée effectuée par la société AID SERVICES ayant été adressée le 21 décembre 2020 à l'inspecteur du travail, Mme B bénéficiait à la date de ladite demande de la protection prévue par les dispositions de l'article L. 2414-1 du code du travail cité au point précédent. La société ISS FACILITY SERVICES n'est par suite pas fondée à soutenir que Mme B n'avait pas la qualité de salariée protégée à la date de la demande de transfert de contrat.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 2421-17 du code du travail : " La demande d'autorisation de transfert prévue à l'article L. 2421-9 est adressée à l'inspecteur du travail quinze jours avant la date arrêtée pour le transfert. Elle est transmise par voie électronique selon les modalités prévues aux articles R. 112-9 à R. 112-9-2 du code des relations entre le public et l'administration ou par lettre recommandée avec avis de réception en deux exemplaires. () ".

5. Si la société requérante fait valoir que la demande de transfert formulée par la société AID SERVICES était irrecevable en raison de l'incomplétude de son dossier, aucune disposition législative ou règlementaire n'interdit à l'inspecteur du travail de solliciter des pièces auprès de chacune des parties jusqu'à ce qu'il se prononce sur la demande qui lui a été adressée. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que la société AID SERVICES a sollicité l'autorisation de transfert conventionnel du contrat de travail de Mme B le 21 décembre 2020, soit dans le délai de quinze jours avant la date arrêtée pour le transfert, en précisant les motifs de droit et fait de cette demande, puis a complété sa demande les 18, 22, 26, 28 et 29 janvier 2021. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'irrecevabilité de la demande de transfert ne peut qu'être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée et du rapport de contre-enquête que lors de l'enquête contradictoire, la société AID SERVICES était représentée par son directeur général, M. A, ainsi que par Mme C, assistante de direction de la société dont il n'est pas contesté qu'elle faisait partie des effectifs de la société. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que la société AID SERVICES aurait été représentée par une personne dépourvue de qualité pour agir au cours de l'enquête contradictoire.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7.2 de la convention collective des entreprises de propreté et services, tel que modifié par l'avenant n° 17 relatif à la modification l'article 7 de la convention collective nationale " Conditions de garantie de l'emploi et continuité du contrat de travail du personnel en cas de changement de prestataire (ex-annexe 7) " dans le contexte de la crise sanitaire et économique Covid-19, à la convention collective nationale susvisée : " Le nouveau prestataire s'engage à garantir l'emploi de 100'% du personnel affecté au marché faisant l'objet de la reprise qui remplit les conditions suivantes': () / B.'-'Être titulaire : a)'Soit d'un contrat à durée indéterminée et, / - justifier d'une affectation sur le marché d'au moins 6'mois à la date d'expiration du contrat commercial ou du marché public'; / - ne pas être absent depuis 4 mois ou plus à la date d'expiration du contrat. À cette date, seul(e)s les salarié(e)s en congé maternité ou en activité partielle seront repris(es) sans limitation de leur temps d'absence. La totalité de la durée de l'absence sera prise en compte, congé de maternité ou période d'activité partielle compris, pour l'appréciation de cette condition d'absence de 4 mois ou plus, dans l'hypothèse où la/le salarié(e) ne serait pas en congé de maternité ou en activité partielle à la date d'expiration du contrat commercial ou du marché public. / () / D. - Ne pas avoir été reconnu médicalement inapte définitif sur le poste de travail attaché au marché. () ".

8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été placée en congé de maladie ordinaire du 22 au 25 septembre 2020, puis du 1er au 31 octobre 2020. Elle a ensuite été placée en activité partielle pour la période du 1er novembre 2020 au 29 janvier 2021. Si la société requérante fait valoir qu'elle avait été absente pendant une période supérieure à quatre mois à la date de la décision de transfert, il résulte des dispositions citées au point 7, dont l'objectif est d'améliorer et de renforcer la garantie de l'emploi et continuité du contrat de travail du personnel en cas de changement de prestataire dans le contexte de crise sanitaire et économique liée à la " Covid-19 " ayant engendré un recours massif et durable à l'activité partielle, que la période pendant laquelle Mme B a été placée en activité partielle n'avait pas à être prise en compte dans le calcul du délai de quatre mois prévu par les stipulations précitées de l'article 7.2 de la convention collective des entreprises de propreté et services. En tout état de cause, Mme B, qui a repris ses fonctions le 29 janvier 2021, n'était pas absente depuis plus de quatre mois à la date de la décision de transfert. Dans ces conditions, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'inspecteur du travail et le ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion auraient méconnu lesdites stipulations. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et d'appréciation doivent être écartés.

9. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le 28 septembre 2020, Mme B a bénéficié d'une visite médicale de reprise à l'issue de laquelle le médecin du travail a précisé qu'il " est nécessaire de réfléchir à un aménagement du poste de Mme B : poste de travail avec mesures barrières renforcées et sans contact avec le public pendant la pandémie covid. Dans l'intervalle de la réflexion sur l'aménagement, [elle] doit consulter son médecin traitant pour prolongation d'arrêt maladie. ". Par un avis du 27 janvier 2021, le médecin traitant de cette salariée a certifié que son état de santé pouvait lui permettre de reprendre son travail à condition que cette reprise " puisse se faire en l'absence de tout autre personne sur son lieu de travail donc dans des conditions d'isolement dans ce contexte d'épidémie à covid 19 ". Il n'est pas contesté qu'à la suite de cet avis médical, Mme B a repris ses fonctions le 29 janvier 2021 et qu'elle a réalisé des prestations d'entretien de parties communes lui permettant d'exercer ses fonctions dans des conditions d'isolement telles que préconisées par son médecin traitant. Ainsi, s'il ressort des pièces du dossier qu'un aménagement de poste devait être prévu en période de pandémie par l'employeur, aucune inaptitude définitive n'a été médicalement reconnue à l'égard de Mme B. Dans ces conditions, alors que seule l'inaptitude définitive est susceptible de faire obstacle au transfert du contrat de la salariée, la société requérante n'est pas fondée à soutenir que les autorités administratives ont méconnu les stipulations de l'article 7.2, D citées au point 7. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et d'appréciation doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que la société ISS FACILITY SERVICES n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 février 2021 de l'inspecteur du travail autorisant le transfert du contrat de travail de Mme B, ensemble la décision implicite de rejet du recours hiérarchique qu'elle a formé auprès du ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société ISS FACILITY SERVICES est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société ISS FACILITY SERVICES, au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion et à Mme D B.

Copie en sera adressée à la société AID SERVICES.

Délibéré après l'audience du 6 juin 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, premier conseiller,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2024.

La rapporteure,

C.PEAN

La présidente,

S. CHERRIER

La greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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