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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106070

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106070

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106070
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantESCUDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 18 octobre 2021 et le 17 mars 2022, M. B C représenté par Me Escudier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un certificat de résidence, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résidence dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un vice de procédure, la commission du titre de séjour n'ayant pas été saisie ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- il méconnaît les stipulations du 1) et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination doivent être annulées par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 novembre 2021 et le 13 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 18 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 15 avril 2022.

Un mémoire présenté par le préfet de la Haute-Garonne et un mémoire en production de pièces présenté pour M. C ont été enregistrés respectivement le 18 mars 2022 et le 29 août 2022 et n'ont pas été communiqués.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant algérien né le 11 janvier 1984, est entré en France le 8 février 2011 muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Il a sollicité le bénéfice de l'asile, qui lui a été définitivement refusé le 29 juin 2012. Il a ensuite fait l'objet d'une première mesure d'éloignement prise par arrêté du préfet de la Haute-Garonne le 17 janvier 2013. Le 23 avril 2021, il a sollicité la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 6, 1) de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 17 septembre 2021, dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les textes dont il fait application, fait état d'éléments relatifs à l'identité de l'intéressé, à ses conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français et à sa situation familiale et personnelle. Il précise en outre les motifs pour lesquels le préfet de la Haute-Garonne a estimé que l'intéressé ne remplissait pas les conditions d'obtention du certificat de résidence sollicité. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit donc être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C n'a pas sollicité la délivrance d'un certificat de résidence sur le fondement de l'article 6, 5) de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, mais seulement sur celui de l'article 6, 1) de cet accord. Il s'ensuit, d'une part, que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché son arrêté d'erreur de droit en n'examinant pas la situation du requérant au regard des stipulations de l'article 6, 5) de l'accord, d'autre part, que M. C ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des stipulations d'un tel article.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention ''vie privée et familiale'' est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans () ".

5. Pour justifier de sa présence en France depuis plus de dix ans, M. C produit un ensemble de pièces composé principalement de courriers émanant de l'assurance maladie, d'avis de non-imposition à l'impôt sur le revenu, d'examens médicaux, d'ordonnances et de factures. Si de tels éléments sont nombreux et diversifiés pour les années 2011 à 2015, ainsi que pour les années 2017 à 2021, il en va autrement s'agissant de l'année 2016, qui est notamment marquée par une interruption des droits de M. C à l'aide médicale d'Etat. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que l'intéressé n'a, à compter de 2012, jamais disposé d'une adresse propre mais a été hébergé chez des tiers, notamment des membres de sa famille, qu'il n'a, à compter de 2015, plus sollicité le renouvellement de sa carte de transport, et que ce n'est qu'à partir de 2020 qu'il justifie avoir souscrit un abonnement téléphonique en France. Dans ces conditions, et en dépit des attestations de ses proches ainsi que d'attestations peu précises de son médecin traitant et de quelques commerçants, M. C ne justifie pas suffisamment du caractère régulier et habituel de sa présence sur le territoire français, en particulier s'agissant de l'année 2016. Le préfet de la Haute-Garonne n'a donc pas méconnu les stipulations de l'article 6, 1) précitées de l'accord franco-algérien en refusant de lui délivrer un certificat de résidence.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative () " le préfet n'est tenu de saisir la commission que du seul cas des étrangers qui remplissent effectivement les conditions fixées par les articles visés par les dispositions du L. 423-13 du code, ou aux stipulations équivalentes de l'accord franco-algérien, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent. Il résulte du point 5 que M. C ne remplit pas les conditions pour bénéficier d'un certificat de résidence sur le fondement des stipulations dont il se prévaut. Il n'est par suite pas fondé à soutenir, en tout état de cause, que le préfet aurait dû consulter la commission du titre de séjour avant de lui opposer un refus de séjour.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. M. C, célibataire et sans enfant, se prévaut de son ancienneté sur le territoire français, ainsi que de la présence de membres de sa famille, notamment ses parents, sa grand-mère, et un frère. Toutefois, sa durée de séjour en France, outre que son caractère continu n'est pas établi, tient à son maintien en situation irrégulière, en dépit d'une précédente obligation de quitter le territoire français prononcée en 2013. M. C ne justifie, par ailleurs, d'aucune attache personnelle en dehors de ses liens familiaux, ni ne fait état d'éléments d'intégration particulière dans la société française. Il n'allègue pas non plus être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté attaqué porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et méconnaîtrait, pourtant, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet, y compris en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation, doit être écarté.

9. En sixième et dernier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ne sont pas dépourvues de base légale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2021.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution particulière. Les conclusions à fin d'injonction sous astreinte doivent donc être rejetées par voie de conséquence.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. L'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à sa charge la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

La rapporteure,

C. A

Le président,

D. KATZLa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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