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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106073

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106073

jeudi 22 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBOUIX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 octobre 2021, M. B C représentée par Me Bouix, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 août 2021 par lequel la préfète du Tarn lui a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " ou " salarié " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation au titre de sa vie privée et familiale et de son activité professionnelle dans le délai de quatre mois ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2000 euros à payer à Me Bouix, au titre des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la part contributive de l'Etat prévue en la matière, et au seul titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative dans l'hypothèse où M. C ne serait pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, à lui verser la somme de 2000 euros.

Il soutient que :

Concernant la légalité externe de l'arrêté attaqué :

- il est insuffisamment motivé ;

- il n'a pas été précédé d'un examen réel et sérieux de sa situation ;

Concernant la légalité interne de la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît l'article 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle entrainerait sur sa situation personnelle ;

Concernant la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle entrainerait sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistrés le 25 octobre 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 18 juillet 2022.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Bouix, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant pakistanais né le 12 septembre 2000, est entré irrégulièrement en France en janvier 2016. Le 4 février 2016, il a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Haute-Garonne. Il a formé une demande de titre de séjour au titre de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, laquelle a été rejetée le 8 octobre 2019 par la préfète du Tarn. Il s'est maintenu irrégulièrement en France malgré le rejet le 27 novembre 2019 de son recours à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours dont il a fait l'objet le 8 octobre 2019 puis le rejet le 9 octobre 2020 de son recours à l'encontre de la décision portant refus de séjour. Le 8 juillet 2021, il a sollicité un titre de séjour portant les mentions " vie privée et familiale " ou " étudiant " ou " salarié ". Par arrêté du 25 août 2021, la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 8 mars 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions de la requête :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble de l'arrêté attaqué :

3. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (). ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. En l'espèce, l'arrêté attaque´ énonce de manière suffisante et non stéréotypée les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement. Par suite, la préfète du Tarn a suffisamment motivé l'arrêté attaqué et ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision portant refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ", de l'article L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. " et des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

6. M. C fait valoir qu'il entretient une relation avec une ressortissante française, qu'il s'est investi dans un club de rugby à Mazamet et qu'il bénéficie d'un contrat de travail à durée indéterminée en qualité d'électricien, emploi pour lequel il est qualifié. Toutefois, M. C est célibataire sans enfant et ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, le Pakistan, où résident ses parents. En outre, aucun des éléments invoqués par le requérant ne permet de caractériser des considérations humanitaires ou un motif exceptionnel au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, compte tenu notamment de l'entrée récente de M. C en France, la préfète du Tarn en refusant de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " n'a pas méconnu les articles L.435-1 et L.423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas non plus méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L.422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes des dispositions de l'article L.412-1 du même code: " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1. " et des dispositions de l'article L.412-3 du code précité : " Par dérogation à l'article L. 412-1 l'autorité administrative peut, sans que soit exigée la production du visa de long séjour mentionné au même article, accorder les cartes de séjour suivantes : 1° La carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " prévue à l'article L. 422-1 () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. C ne dispose pas du visa " long séjour " pour se voir délivrer de plein droit un titre de séjour " étudiant ". En outre, le requérant qui ne poursuit pas d'études supérieures en France, n'a pas suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans, malgré le fait qu'il ait été confié à l'aide sociale à l'enfance. Dans ces conditions, la préfète du Tarn a pu refuser de lui délivrer le titre de séjour portant la mention " étudiant " sans méconnaitre les dispositions précitées.

9. En troisième et dernier lieu, pour l'admission exceptionnelle au séjour à titre de salarié, un requérant qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité ne saurait être regardé par principe comme attestant de motifs exceptionnels exigés par la loi. Il appartient en effet à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer des motifs exceptionnels d'admission au séjour.

10. Si M. C fait valoir qu'il bénéfice d'un contrat à durée indéterminée en qualité d'électricien dans la société AM Rénovation à Gonesse, il ne justifie d'aucune considération humanitaire ni d'aucun motif exceptionnel propre à le faire bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour à titre de salarié. Dans ces conditions, la préfète du Tarn en refusant de lu délivrer le titre de séjour portant la mention " salarié " n'a pas méconnu les dispositions de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes motifs, la préfète n'a pas non plus entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité interne de la décision portant obligation de quitter le territoire :

11. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination ne sont pas dépourvues de base légale.

12. En second lieu, M. C soutient que la décision du préfet portant obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6 du présent jugement, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au respect du droit du requérant à la vie privée et familiale, et n'a pas par conséquent méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

13. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Bouix et au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Chalbos, conseillère,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 septembre 2022.

L'assesseur la plus ancienne,

C. CHALBOS

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

C. CASTRILLO

La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne, ou à commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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