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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106122

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106122

jeudi 13 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106122
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 20 octobre 2021 et le 22 juillet 2022, Mme D C A, représentée par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour et de lui délivrer une carte de résident de dix ans, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer une carte de résident de dix ans ou à défaut un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou, dans l'hypothèse où elle ne serait pas admise à l'aide juridictionnelle, sur le seul fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme C A soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

- les décisions attaquées ont été prise par une autorité incompétente ;

- les décisions attaquées sont insuffisamment motivées ;

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en l'absence de saisine préalable de la commission de titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande et d'une inexacte qualification juridique des faits ; elle n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français, mais au titre de la vie privée et familiale ; elle a précisé dans sa demande qu'elle était séparée de son époux ; sa demande aurait dû être examinée sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il mentionne de façon erronée que son fils serait en situation irrégulière sur le territoire français ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions combinées des articles L. 423-1 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle lui refuse le droit au séjour alors qu'elle aurait dû se voir délivrer en mai 2017 une carte de résident de dix ans qui n'aurait pu lui être retirée, la vie commune avec son ex-époux ayant duré plus de quatre ans ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle réside en France de manière régulière depuis sept ans et qu'elle dispose de ressources suffisantes ainsi que d'une assurance maladie ;

- la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'elle a fait l'objet de violences psychologiques de la part de son ex-conjoint ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle mentionne de façon erronée que son fils serait en situation irrégulière sur le territoire français et qu'elle fait référence à la présence de son père en République dominicaine, alors que ce dernier est décédé ;

- la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale, garanti par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation.

Par des mémoires en défense enregistrés le 18 novembre 2021 et le 23 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C A ne sont pas fondés.

Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Nègre-Le Guillou a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante dominicaine née le 26 janvier, est entrée en France le 21 juin 2014 munie d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour valant premier titre de séjour pour une durée d'un an à compter du 13 mai 2014 en conséquence de son mariage le 6 décembre 2013 au Gosier (Guadeloupe) avec un ressortissant de nationalité française. Elle a ensuite bénéficié, à compter du 4 mars 2016, d'une carte de séjour temporaire d'une durée d'un an en qualité de conjointe d'un ressortissant français, régulièrement renouvelée jusqu'au 27 octobre 2021. Par un arrêté du 16 septembre 2021 dont elle demande l'annulation, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de renouveler son titre de séjour et de lui délivrer une carte de résident de dix ans, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; () ". Aux termes de l'article L. 423-6 du même code : " L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un ressortissant français se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à condition qu'il séjourne régulièrement en France depuis trois ans et que la communauté de vie entre les époux n'ait pas cessé depuis le mariage, que le conjoint ait conservé la nationalité française et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. / La délivrance de cette carte est subordonnée au respect des conditions d'intégration républicaine prévues à l'article L. 413-7. / Elle peut être retirée en raison de la rupture de la vie commune dans un délai maximal de quatre années à compter de la célébration du mariage. / Toutefois, lorsque la communauté de vie a été rompue par le décès de l'un des conjoints ou en raison de violences familiales ou conjugales, l'autorité administrative ne peut pas procéder au retrait pour ce motif () ". Par ailleurs, l'article L. 423-23 du ce code dispose que : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la demande de renouvellement de titre de séjour de Mme C A, qui détenait une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " initialement délivrée en qualité de conjointe de ressortissant français, sur le fondement des dispositions précitées des articles L. 423-1 et L. 423-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, estimant qu'elle avait sollicité, par sa demande du 31 août 2021, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français ainsi que la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans. Le préfet a rejeté sa demande au motif que la communauté de vie des époux avait cessé depuis 2018. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que le tribunal de grande instance de Pointe-à-Pitre a prononcé une ordonnance de non conciliation en date du 26 avril 2018, l'époux de Mme C A ayant présenté une requête en divorce le 24 janvier 2018. En outre, il n'est pas contesté que Mme C A a quitté la Guadeloupe, où elle vivait avec son conjoint, pour s'installer en France métropolitaine le 19 novembre 2019.

4. Mme C A soutient toutefois que la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa demande et d'une inexacte qualification juridique, dès lors qu'elle n'a pas sollicité un titre de séjour en qualité de conjointe de ressortissant français, mais au titre de la vie privée et familiale, ce qui impliquait l'examen de sa demande sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La requérante produit, à l'appui de sa requête, la copie de sa demande de titre de séjour du 31 août 2021, sur laquelle il est mentionné, s'agissant du motif fondant sa demande de titre de séjour, qu'elle souhaitait séjourner sur le territoire français en raison de " ses attaches en France et de sa vie de famille ". Il ressort en outre du formulaire de demande de titre de séjour que Mme C A a précisé expressément, en ce qui concerne sa situation matrimoniale, qu'elle était séparée de son conjoint. Elle n'a au demeurant pas fait mention dans ce formulaire, s'agissant de sa situation familiale et des membres de sa famille présents en France ou à l'étranger, de son conjoint, mais uniquement de son fils. Dans ces conditions, Mme C A est fondée à soutenir que le préfet, qui a examiné sa demande exclusivement sous l'angle d'une demande de renouvellement de son titre de séjour en qualité de conjointe d'un ressortissant français, a inexactement qualifié le fondement de sa demande de titre de séjour, formulée au titre de la vie privée et familiale, et a entaché sa décision portant refus de titre de séjour d'un défaut d'examen réel et sérieux.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme C A est fondée à demander l'annulation de la décision portant rejet de sa demande de titre de séjour. L'illégalité de cette décision prive de base légale les autres décisions, contenues dans le même arrêté, portant obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Il s'ensuit que l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 septembre 2021 doit être annulé dans l'ensemble de ses dispositions.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

6. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution./ La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

7. L'annulation par le présent jugement de l'arrêté du 16 septembre 2021 implique seulement mais nécessairement, eu égard au motif fondant cette annulation, qu'il soit enjoint au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer la demande de titre de séjour de Mme C A, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme C A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 mars 2022. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Mercier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État, qui est dans la présente instance la partie perdante, une somme de 1 500 euros au profit de Me Mercier au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 septembre 2021 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de la demande de Mme C A dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Mercier une somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C A, à Me Mercier et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Nègre-Le Guillou, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2023.

La rapporteure,

F. NÈGRE-LE GUILLOU

La présidente,

F. HÉRY

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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