vendredi 12 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106156 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | OUDDIZ-NAKACHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2021, Mme D, représentée par Me Ouddiz-Nakache, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;
2°) d'ordonner au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer le titre de séjour sollicité dès la notification du jugement et sous astreinte de 100 euros par jour de retard en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la période transitoire ;
3°) d'ordonner, à titre subsidiaire, au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation en application des dispositions des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice administrative, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la période transitoire ;
4°) d'ordonner à tout le moins au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa situation sur le fondement des dispositions de l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour pendant la période transitoire ;
5°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens du procès et de mettre à sa charge une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle.
Mme C soutient que :
- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un défaut de motivation au regard des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qui concerne la possibilité de l'admettre au séjour en qualité de salariée à titre exceptionnel ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 octobre 2022.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, née le 26 septembre 1985 et de nationalité marocaine, est entrée sur le territoire français le 8 juillet 2017 sous couvert d'un visa long séjour valable du 15 juin 2017 au 15 juin 2018 en qualité de conjointe d'un ressortissant français. Le 15 mai 2018, son divorce a été prononcé par le tribunal de première instance de Marrakech. Le 7 mai 2018, elle a sollicité et obtenu le changement de son titre de séjour pour un titre de séjour " étranger malade ", valable du 7 mai 2018 au 6 mai 2019. Le 29 avril 2019, elle a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour. Le 19 août 2019, le préfet du Tarn a rejeté sa demande et prononcé une obligation de quitter le territoire à son encontre. Cet arrêté a été annulé par un jugement du tribunal n° 1905971 du 8 octobre 2020, puis confirmé par la cour administrative de Bordeaux le 23 février 2021 par un arrêt n°20BX03600. Le 23 mars 2021, Mme C a sollicité son admission au séjour en qualité de salariée sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 16 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. La décision portant refus de titre de séjour vise les textes dont il est fait application, en particulier, l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 et l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et expose de manière suffisamment précise les motifs de rejet de sa demande ainsi que le parcours de Mme C et sa situation personnelle et professionnelle en France. Elle satisfait donc à l'obligation de motivation prévue par les dispositions ci-dessus reproduites du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision portant refus de séjour serait insuffisamment motivée doit être écarté.
4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante qui a, au contraire, été explicitement examinée et décrite dans l'arrêté attaqué. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".
6. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaires prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'institue pas une catégorie de titre de séjour distincte, mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain prévoit la délivrance de titre de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, au sens de l'article 9 dudit accord. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation à un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.
7. D'une part, si la décision attaquée vise à tort l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, elle trouve un fondement légal dans l'exercice par le préfet du pouvoir de régularisation discrétionnaire dont il dispose, ainsi qu'il a été dit au point précédent et ainsi que le relève d'ailleurs lui-même le préfet de la Haute-Garonne dans l'arrêté attaqué.
8. D'autre part, si Mme C a travaillé en France pendant plusieurs mois comme agent de service et dispose d'une promesse d'embauche en qualité d'aide-ménagère, ces éléments, eu égard notamment à la nature de ces emplois et à l'absence de formation de la requérante, ne constituent pas un motif exceptionnel qui justifierait l'octroi d'un titre de séjour salarié à titre exceptionnel, ni en tout état de cause sur le fondement de l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 dès lors que Mme C ne dispose pas d'un visa de long séjour. Il en résulte que les moyens soulevés par la requérante et tirés de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit dans l'application des dispositions précitées ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice de son pouvoir de régularisation ne peuvent qu'être écartés.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
10. Mme C, qui est entrée en France en 2017 de manière régulière, se prévaut de sa résidence sur le territoire français depuis environ quatre ans à la date de la décision litigieuse, de son intégration, de son concubinage avec M. B, ressortissant marocain doté d'un titre de séjour, ainsi que de possibilités professionnelles en France. Elle invoque également à ce titre son état de santé. Toutefois, elle ne démontre pas l'intensité de sa relation avec M. B, qui n'est attestée que par un document postérieur à la décision attaquée. Par ailleurs, elle n'a connu qu'une insertion, notamment socioprofessionnelle, limitée et n'établit pas qu'il existerait un obstacle quelconque à son retour au Maroc, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente et un ans et où résident toujours ses parents ainsi que ses huit frères et sœurs. Enfin, elle ne démontre pas, au vu des attestations médicales qu'elle produit, que les soins cardiologiques qui lui sont nécessaires ne pourraient lui être prodigués au Maroc. Dans ces conditions, Mme C n'est fondée à soutenir, ni que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 16 septembre 2021. Sa requête doit dès lors être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions de la requérante à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, le versement de la somme que Mme C demande à ce titre.
14. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par Mme C au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D et au préfet de la Haute-Garonne.
-Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à Me Ouddiz-Nakache.
Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
M. Quessette, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.
L'assesseur le plus ancien,
M. BERNOS
Le président, rapporteur,
P. GRIMAUD
La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026