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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106169

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106169

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106169
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantTHIAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 23 octobre 2021 et 31 janvier 2022, M. E B, représenté par Me Thiam, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de produire l'entier dossier contenant lespièces sur la base desquelles les décisions attaquées ont été prises ;

4°) de mettre à la charge de l'État, en faveur de son conseil, la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

- son auteur est incompétent car il n'avait pas valablement reçu délégation de signature à la date de l'arrêté litigieux ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation en droit et en fait en méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle viole l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle entraîne des conséquences manifestement disproportionnées sur sa situation personnelle au regard du but poursuivi par ladite mesure ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée, au 7 octobre 2022.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 29 octobre 1999, est entré sur le territoire français le 28 mai 2016 muni d'un visa de court séjour valable du 15 mai au 10 novembre 2016. Il s'est inscrit pour l'année universitaire 2020-2021 à l'Université fédérale Toulouse Midi-Pyrénées en première année de licence " Arabe ". Il a sollicité le 27 avril 2021 son admission exceptionnelle au séjour en qualité d'étudiant. Par un arrêté du 24 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B ne sollicite, devant le tribunal, que l'annulation de ces deux dernières décisions.

Sur les conclusions relatives à l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du 26 avril 2022, M. B a été définitivement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours :

4. En premier lieu, par l'arrêté n° 31-2021-09-20-00001 du 20 septembre 2021, régulièrement publié au recueil administratif spécial n° 31-2021-325 le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme D C en tant que directrice des migrations et de l'intégration, pour signer tous les actes dans la limite des attributions de cette direction, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Ainsi, le moyen tiré de l'incompétence dont serait entaché l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ". Aux termes de l'article L. 613-1 du même code : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

6. La décision portant obligation de quitter le territoire français vise le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont elle fait application, et mentionne le refus de séjour qui a été opposé au requérant, dont les motifs sont explicitement portés sur le même arrêté. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

7. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué, ni d'aucune pièce du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen réel et sérieux de la situation du requérant qui a, au contraire, été explicitement examinée et décrite dans la décision attaquée. Par suite le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle et familiale du requérant doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et du citoyen : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. En l'espèce, M. B se prévaut de cinq ans de résidence continue et habituelle en France. Toutefois, s'il indique que ses frères résident en France et qu'il s'occupe des enfants de sa sœur défunte, il ne démontre pas que sa présence serait indispensable à ces derniers, et il ressort des pièces du dossier que le requérant, qui est célibataire, ne serait pas isolé dans son pays d'origine, l'Algérie, où réside son père et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte excessive au respect de son droit à la vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

10. En cinquième lieu, si le requérant fait valoir que la décision contestée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ce moyen est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui ne fixe par elle-même aucun pays de destination. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. Si M. B invoque une erreur manifeste d'appréciation, ce moyen n'est, en l'espèce, pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé et doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Cette décision vise les articles L. 721-3 à L. 721-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise la nationalité du requérant et mentionne que M. B n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour en Algérie. Elle est donc, contrairement à ce que soutient le requérant, suffisamment motivée.

13. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'enjoindre à l'administration de produire le dossier contenant les pièces sur la base desquelles les décisions attaquées ont été prises, que les conclusions de la requête de M. B doivent être rejetées, en ce y compris ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire de M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B, à Me Thiam et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

L'assesseur le plus ancien,

M. BERNOS

Le président, rapporteur,

P. GRIMAUDLa greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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