vendredi 31 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106208 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2021, M. D C, représenté par Me Tercero, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé l'octroi d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa demande et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail ;
4°) d'enjoindre à la préfecture de la Haute-Garonne de justifier de l'effacement de l'enregistrement SIS relatif à l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an dans un délai de quinze jours et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
- l'auteure de l'acte est incompétente dès lors qu'elle ne disposait pas d'une délégation de signature lui permettant de signer l'arrêté contesté ;
- l'arrêté est entaché de vice de procédure car il est intervenu en méconnaissance des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle méconnaît son droit à la vie privée et familiale tel que protégé par l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est disproportionnée.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Par ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 octobre 2022 à 12h00.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur ;
- et les observations de Me Tercero, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant algérien né le 30 novembre 1983, est entré en France le 11 janvier 2011 sous couvert d'un visa de court séjour délivré par le consulat de France à Oran. Il s'est marié le 29 mai 2012 avec , ressortissante française. Il a bénéficié d'un certificat de résident algérien mention " vie privée et familiale " jusqu'au 16 juillet 2013. Par un arrêté du 23 septembre 2015, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de renouvellement de ce titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de renvoi. Par jugement du 18 février 2016 rendu sous le n° 1504909, le tribunal a annulé cet arrêté et enjoint au préfet de la Haute-Garonne de renouveler ce certificat de résidence algérien pour la période du 3 mai 2017 au 2 mai 2018. Par un arrêté du 17 avril 2019, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté une nouvelle demande de renouvellement de titre de séjour de M. C en raison de son divorce, prononcé le 6 juillet 2017, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un jugement du 5 mars 2020 le tribunal a rejeté la requête de l'intéressé contre cet arrêté. Le 10 avril 2021, M. C a sollicité l'octroi d'un certificat de résident algérien portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des stipulations du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Par un arrêté du 17 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :
2. En premier lieu, par un arrêté en date du 10 mai 2021, publié le même jour au recueil n° 31-2021-132 des actes administratifs spécial de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions relatives au refus d'admission au séjour des étrangers et mesures d'éloignement. L'arrêté attaqué entre dans le champ matériel de la délégation de signature accordée. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.
3. En second lieu, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations ".
4. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier et de la rédaction de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur le caractère incomplet de la demande présentée par M. C, mais qu'il s'est au contraire fondé sur l'appréciation des éléments du dossier, tels que l'absence de présence stable et continue sur le territoire français, la non-exécution de sa dernière mesure d'éloignement et l'absence des conditions nécessaires pour l'emploi et le titre, souhaités pour prendre son arrêté. Les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration, qui ne concernent que la situation du demandeur dont le dossier est incomplet, ne trouvent donc pas à s'appliquer dans le cas présent. Dans ces conditions, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence algérien portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1. Au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant () ".
6. Si M. C soutient qu'il réside sans interruption sur le territoire français depuis janvier 2011 et justifie ainsi de plus de dix ans de résidence à la date de la décision attaquée, il se borne à produire à l'appui de sa demande, en ce qui concerne la période correspondant aux années 2019 à 2021, des relevés bancaires sur un compte commun ainsi qu'un contrat d'artiste et des pièces relatives à des travaux dans un débit de boissons à la gestion duquel il participe, ou afférentes à la gestion de cet établissement, pièces qui ne permettent pas, eu égard à leur caractère isolé, d'attester de manière certaine de la réalité de sa résidence habituelle en France depuis dix ans à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, ses affirmations ne sont pas assorties de précisions et de pièces suffisantes pour établir sa présence habituelle en France pendant cette période et le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une inexacte application des stipulations précitées du 1° de l'article 6 de l'accord franco-algérien doit être écarté.
7. En second lieu, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de vingt-sept ans et où résident a minima ses parents et deux de ses sœurs. Il ne ressort pas non plus des pièces du dossier que M. C, s'il a vécu plusieurs années en France sous couvert de titres de séjour, ait tissé des liens stables et intenses sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de celle portant obligation de quitter le territoire français.
9. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance par le préfet de la Haute-Garonne du droit à la vie privée et familiale du requérant tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an :
11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'encontre de celle portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
12. En second lieu, si M. C a vécu plusieurs années en France entre 2011 et 2019, il ne justifie pas, ainsi qu'il a été dit ci-dessus, de liens d'une particulière intensité sur le territoire français et s'est soustrait à une précédente mesure d'éloignement prononcée le 17 avril 2019. Par suite, nonobstant l'absence de menace pour l'ordre public, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an serait disproportionnée.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 17 septembre 2021. Sa requête doit donc être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
14. Le présent jugement n'impliquant aucune mesure d'exécution, les conclusions du requérant à fin d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, la somme réclamée par M. C au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Haute-Garonne.
-Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et à Me Tercero.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
M. Quessette, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.
Le président, rapporteur,
P. GRIMAUD
L'assesseur le plus ancien,
M. BLa greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026