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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106209

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106209

vendredi 16 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106209
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantMAINIER-SCHALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 octobre 2021, M. D, représenté par Me Mainier-Schall, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de sept jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre ;

- la décision fixant à trente jours son délai de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 14 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 29 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Namer, rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant indien, a sollicité le 29 janvier 2021 son admission exceptionnelle au séjour en faisant valoir l'ancienneté de sa présence sur le territoire français. Par un arrêté du 21 septembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, la décision portant refus de titre de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ".

4. M. B soutient que le préfet était tenu de saisir la commission du titre de séjour dès lors qu'il réside en France depuis vingt ans, mais ne produit au soutien de sa requête aucun document de nature à établir sa présence en France pendant une telle période. Ainsi, bien qu'il soit constant qu'il a formé une demande d'asile le 11 septembre 2001 et qu'il se trouvait sur le territoire français lors de son interpellation par les services de police le 17 octobre 2012, la durée de sa résidence habituelle en France n'est pas établie, alors en particulier que l'arrêté litigieux mentionne qu'il n'établit pas, par les pièces produites auprès de la préfecture, qu'il se trouvait sur le territoire français entre mai 2012 et juillet 2016. Dans ces conditions, le préfet n'étant pas tenu de saisir la commission du titre de séjour, le moyen tiré de vice de procédure en l'absence de saisine de cette commission ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, si l'arrêté litigieux mentionne deux numéros AGDREF, cette circonstance ne permet pas, à elle seule, de révéler que le préfet n'a pas examiné sérieusement la situation de M. B, alors que ce dernier ne fait mention d'aucune erreur dans les circonstances relatives à sa situation indiquées dans les motifs de l'arrêté. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Si M. B soutient résider en France depuis vingt ans, il ne l'établit pas dès lors qu'il ne produit aucun document au soutien de cette allégation. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément sur les liens qu'il entretient avec son neveu, qui l'héberge en France, et les enfants de ce dernier, alors que son épouse et leurs trois enfants résident dans son pays d'origine et qu'il y a lui-même vécu au moins jusqu'à l'âge de quarante-cinq ans. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à invoquer la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas non plus fondé à soutenir que la décision de refus de séjour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

8. En cinquième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision portant refus de séjour n'est pas illégale. Par conséquent, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale.

9. En sixième lieu, si M. B soutient qu'un délai de trente jours pour quitter le territoire français est insuffisant pour une personne ayant vécu de nombreuses années en France, il ne fait état d'aucune circonstance particulière qui nécessiterait l'octroi d'un délai supplémentaire. Par suite, le moyen d'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 2 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2022.

La rapporteure,

S. NAMER

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. ALRIC

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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