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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106225

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106225

vendredi 12 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106225
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 octobre 2021, Mme C B, représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de lui octroyer le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai d'un mois et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 800 euros, à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- le préfet a commis un vice de procédure en se dispensant de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- pour les mêmes raisons, le préfet a méconnu le principe général du droit de l'Union européenne impliquant qu'elle soit entendue avant l'édiction d'une mesure d'éloignement ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit faute d'examen des circonstances particulières de l'espèce ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnaît l'article 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ainsi que la directive 2004/38/CE du 29 avril 2004 car elle a travaillé, a des perspectives d'insertion, et ne peut donc être regardée comme susceptible de devenir une charge pour le système d'assurances sociales français, ce qui n'est au demeurant pas démontré par le préfet ;

- cette décision viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 4 du protocole n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales qui interdit les expulsions collectives de ressortissants étrangers et l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est insuffisamment motivée ;

- cette décision est irrégulière faute de respect de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit faute d'examen des circonstances de l'espèce ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit car le préfet s'est cru tenu de lui refuser le bénéfice d'un délai de départ supérieur à un mois ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense enregistré le 31 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête de Mme B.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 7 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 octobre 2022.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;

- la directive 2004/38/CE du Parlement européen et du Conseil du 29 avril 2004 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante roumaine née le 11 avril 1968, est entrée en France pour la dernière fois, selon ses déclarations, en 2011. A la suite d'une opération de contrôle sur les lieux d'un terrain situé avenue d'Atlanta à Toulouse, le préfet de la Haute-Garonne a édicté à son encontre le 6 octobre 2021 un arrêté portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision en date du 26 avril 2022, Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 () ".

4. La décision en litige vise les dispositions du 1° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application, retrace le parcours de la requérante et les éléments déterminants de sa situation personnelle, et mentionne les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a considéré que Mme B entrait dans le champ d'application de cette disposition. Ainsi, la décision contestée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et elle est, de ce fait, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort des dispositions des articles L. 251-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ne sauraient être utilement invoquées à l'encontre d'une décision portant obligation de quitter le territoire français sur le fondement de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme B a été entendue avant l'édiction de l'arrêté attaqué. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que celui-ci serait intervenu aux termes d'une procédure irrégulière au regard des dispositions de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ou du principe général du droit de l'Union européenne lui reconnaissant le droit à être entendue.

7. En quatrième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne a examiné la situation personnelle de Mme B avant d'édicter la décision attaquée. Le moyen d'erreur de droit soulevé sur ce point doit donc être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. La libre circulation des travailleurs est assurée à l'intérieur de l'Union. / 2. Elle implique l'abolition de toute discrimination, fondée sur la nationalité, entre les travailleurs des États membres, en ce qui concerne l'emploi, la rémunération et les autres conditions de travail. / 3. Elle comporte le droit, sous réserve des limitations justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique et de santé publique : / a) de répondre à des emplois effectivement offerts, / b) de se déplacer à cet effet librement sur le territoire des États membres, / c) de séjourner dans un des États membres afin d'y exercer un emploi conformément aux dispositions législatives, réglementaires et administratives régissant l'emploi des travailleurs nationaux, / d) de demeurer, dans des conditions qui feront l'objet de règlements établis par la Commission, sur le territoire d'un État membre, après y avoir occupé un emploi. /4. Les dispositions du présent article ne sont pas applicables aux emplois dans l'administration publique ". En vertu des stipulations de l'article 14 de la directive du 29 avril 2004 susvisée : " 1. Les citoyens de l'Union et les membres de leur famille ont un droit de séjour tel que prévu à l'article 6 tant qu'ils ne deviennent pas une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale de l'État membre d'accueil. () ". Enfin, aux termes des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, édictées en vue de transposer ces dispositions : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; / 3° Ils sont inscrits dans un établissement fonctionnant conformément aux dispositions législatives et réglementaires en vigueur pour y suivre à titre principal des études ou, dans ce cadre, une formation professionnelle, et garantissent disposer d'une assurance maladie ainsi que de ressources suffisantes pour eux et pour leurs conjoints ou descendants directs à charge qui les accompagnent ou les rejoignent, afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ; / 4° Ils sont membres de famille accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées aux 1° ou 2° ; / 5° Ils sont le conjoint ou le descendant direct à charge accompagnant ou rejoignant un citoyen de l'Union européenne qui satisfait aux conditions énoncées au 3° ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui n'établit pas entrer dans les prévisions du 1°, du 3°, du 4° ou du 5° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est quasiment dépourvue de ressources et ne démontre nullement être en mesure d'en percevoir dans un avenir proche. Il s'ensuit que le préfet de la Haute-Garonne pouvait considérer sans commettre d'erreur de fait, de droit ou d'appréciation, qu'alors même qu'elle ne constituait pas à la date de la décision attaquée une charge pour le système d'assurances sociales français, elle était susceptible de devenir une telle charge au sens des dispositions du 2° de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens qu'elle soulèvent sur ce point doivent donc être écartés.

10. En sixième lieu, Mme B fait valoir qu'elle réside en France depuis dix ans en compagnie de ses deux filles et de ses trois fils, qu'elle s'occupe quotidiennement de sa petite-fille, qu'elle a travaillé en France et qu'elle souffre de problèmes de santé justifiant des soins en France. Toutefois, la requérante, qui ne produit aucune pièce susceptible d'étayer ses affirmations, s'est bornée à indiquer à l'agent de la préfecture qui l'a interrogée avant l'édiction de la décision attaquée que son fils vivait en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement, a vécu jusqu'à l'âge de quarante-deux ans en Roumanie et réside en France dans des conditions sommaires sans exercer d'activité professionnelle ni connaître une quelconque insertion. Elle n'est donc pas fondée à soutenir que le préfet de la Haute-Garonne a violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision en édictant l'obligation de quitter le territoire français attaquée.

11. En septième lieu, aux termes des stipulations de l'article 4 du protocole additionnel n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Les expulsions collectives d'étrangers sont interdites ". Aux termes du 1 de l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Les expulsions collectives sont interdites ".

12. Il ressort de ce qui a été dit aux points 6 et 7 du présent jugement que la décision obligeant Mme B à quitter le territoire français a été prise après qu'elle ait été entendue par des agents de la préfecture sur sa situation et se fonde sur des circonstances de faits propres à sa situation personnelle. Sa situation a dès lors fait l'objet d'un examen individualisé. Ainsi, et alors même que des mesures d'éloignement ont été prises, le même jour, à l'encontre d'autres personnes installées dans le même campement et se trouvant dans une situation semblable à la sienne, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait fait l'objet d'une expulsion collective au sens des stipulations précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Il résulte des dispositions précitées que, lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, ou d'un délai supérieur, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Dès lors, le moyen tiré du défaut de motivation du délai de départ volontaire fixé par la décision portant obligation de quitter le territoire doit être écarté.

14. En deuxième lieu, Mme B ne saurait utilement invoquer les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors qu'ainsi qu'il a été dit au point 5 ci-dessus, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile déterminent l'ensemble des règles de procédures administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français.

15. En troisième lieu, il ne ressort pas des termes de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante. Le moyen d'erreur de droit ainsi invoqué doit dès lors être écarté.

16. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été développé précédemment que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision fixant le délai de départ volontaire doit être écarté.

17. En cinquième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru à tort dans une situation de compétence liée pour fixer le délai de départ volontaire accordé à la requérante. Le moyen invoqué à cet égard doit dès lors être écarté.

18. En sixième lieu, eu égard à l'absence d'attaches importantes de la requérante en France et de toute circonstance humanitaire ou matérielle justifiant qu'un délai de départ supérieur à trente jours lui soit accordé, Mme B n'est pas fondée à soutenir que cette décision serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

19. Contrairement à ce que soutient la requérante, l'arrêté contesté, qui indique que " l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée ne contrevient pas aux dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ", et qui mentionne que l'intéressée n'invoque " aucun risque ", comporte les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait insuffisamment motivée n'est pas fondé.

20. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté préfectoral du 6 octobre 2021. Sa requête doit donc être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

21. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que l'État, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à Me Laspalles la somme réclamée en application des dispositions combinées du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire de Mme B à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Laspalles.

Délibéré après l'audience du 22 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

M. Quessette, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mai 2023.

L'assesseur le plus ancien,

M. BERNOS

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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