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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106299

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106299

mercredi 28 septembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 29 octobre 2021 et 17 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne, de lui délivrer le titre de séjour sollicité dans le délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation et d'une erreur de fait dès lors qu'elle n'a vécu que six années en Corée du sud et que le préfet n'a pas pris en compte la situation de son fils, de nationalité coréenne et ayant vécu l'essentiel de sa vie en France ;

- la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des risques de mauvais traitement encourus en cas de retour en Corée du sud.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de New York du 26 janvier 1990 relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C ;

- et les observations de Me Amari de Beaufort, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, de nationalité sud-coréenne, née le 26 novembre 1990 à Rasuwa (Népal) est entrée en France, selon ses déclarations, pour la dernière fois le 5 octobre 2017, postérieurement à l'expiration de son visa " vacances travail ", arrivé à échéance le 21 juin 2017. Le 31 mai 2021, la requérante a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en France sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 24 septembre 2021 dont Mme A demande l'annulation dans la présente instance, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, les décisions attaquées visent les textes dont elles font application notamment les dispositions utiles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant, et précisent les éléments déterminants qui ont conduit le préfet de la Haute-Garonne a refusé de délivrer à Mme A un titre de séjour et à lui faire obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination du pays dont elle a la nationalité ou tout pays où elle établit être légalement admissible, en l'espèce la circonstance que l'intéressée ne justifiait pas, au moment de l'adoption de l'arrêté, ni d'une promesse d'embauche ni d'une autorisation de travail pour se voir délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire " et enfin, qu'elle ne justifie pas de circonstances humanitaires ou de motifs exceptionnels d'admission au séjour, nonobstant la circonstance que Mme A n'ait résidé que jusqu'à l'âge de 19 ans au Népal et, ait ensuite vécu en Corée du Sud. Les décisions contestées comportent ainsi les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement permettant au requérant d'en discuter utilement. Les moyens tirés de l'erreur de fait et du défaut de motivation doivent être écartés.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes des décisions attaquées ni d'aucune autre pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A. Si la requérante soutient que l'intérêt supérieur de son fils, scolarisé depuis quatre ans en France, est de demeurer sur le territoire national, cette élément quant à l'application des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne suffit pas à établir le défaut d'examen invoqué alors que le préfet a considéré qu'il n'existe aucun obstacle à ce qu'il poursuive une scolarité normale hors de France. Le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Si Mme A se prévaut de la présence de sa sœur et de son beau-frère, de nationalité française, et de son enfant mineur, compatriote, et scolarisé en France, ces seuls éléments ne permettent pas de considérer que l'intéressée aurait fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire Français. Par ailleurs, si la requérante se prévaut d'une promesse d'embauche en qualité de cuisinière dans le restaurant de sa sœur, cet élément postérieur à l'édiction de l'arrêté attaqué ne saurait, en tout état de cause, conférer à sa demande le caractère de motifs exceptionnels en tant que demanderesse d'un titre salarié ou travailleur temporaire. Par ailleurs, Mme A n'établit pas détenir d'autres attaches privées et familiales sur le territoire français ni justifier d'une particulière intégration. Ainsi, l'intéressée ne démontre pas l'existence de considérations humanitaires justifiant une régularisation. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que, pour rejeter sa demande d'admission exceptionnelle, le préfet aurait méconnu les dispositions précitées au point 4.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. " Il résulte de ces stipulations que l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant, qu'elles sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.

7. Si Mme A fait valoir que son fils, âgé de 11 ans à la date de la décision attaquée, est scolarisé depuis quatre ans en France, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée serait intervenue en méconnaissance de l'intérêt supérieur de cet enfant au sens des stipulations précitées, dès lors que rien ne s'oppose à ce que la vie familiale se poursuive en Corée du Sud, pays dont ils ont tous les deux la nationalité et où rien ne s'oppose à ce que l'enfant, qui y est né et y a vécu jusqu'à l'âge de 7 ans, poursuive une scolarité normale.

8. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Aux termes de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement est éloigné : /1º A destination du pays dont il a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu le statut de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; /2º Ou, en application d'un accord ou arrangement de réadmission communautaire ou bilatéral, à destination du pays qui lui a délivré un document de voyage en cours de validité ; /3º Ou, avec son accord, à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. "

9. Si la requérante soutient que son retour en Corée du Sud l'exposerait à un risque de mauvais traitement lié à son isolement social et au risque d'être " ostracisée " du fait de son statut de mère isolée, elle ne produit aucun élément probant et circonstancié relatif à sa situation personnelle et aux risques allégués. Dès lors, la requérante, n'est pas fondée à soutenir qu'en fixant le pays dont elle possède la nationalité ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible comme pays de destination, le préfet aurait méconnu les stipulations et dispositions précitées.

10. Il résulte de tout ce qui vient d'être exposé que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 24 septembre 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 8 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Namer, conseillère,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 septembre 2022.

Le président-rapporteur,

T. C

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

S. NAMER

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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