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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106301

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106301

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106301
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée, le 29 octobre 2021, Mme C B représentée par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de condamner l'Etat au paiement des entiers dépens et de mettre à sa charge la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- il a été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendue, principe général du droit de l'Union européenne ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet a retenu que la requérante ne démontrerait pas qu'elle n'est pas susceptible de devenir une charge déraisonnable pour le système d'assistance sociale ;

- elle a été prise en méconnaissance des articles 4 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle ;

- elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est dépourvue de base légale ;

- le préfet s'est considéré à tort en situation de compétence liée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, née le 16 novembre 1990, de nationalité roumaine, a fait l'objet le 6 octobre 2021 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Par la présente requête, l'intéressée sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ". Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre Mme B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige portant obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination vise les textes dont il fait application notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 233-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la date, le lieu de naissance et la nationalité de l'intéressée, mentionne sa situation au regard de son entrée en France et précise, en particulier, que la requérante ne justifie ni disposer de ressources suffisantes, ni exercer une activité professionnelle et précise qu'après examen de sa situation personnelle et familiale, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. L'acte attaqué, qui n'est dès lors pas stéréotypé, est suffisamment motivé, sans qu'importe la circonstance que certaines de ses mentions ont été ajoutées de manière manuscrite et non pas dactylographiée.

4. En second lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'intéressée ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

5. Par ailleurs, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

6. Il ressort de la fiche de renseignements administratifs du 6 octobre 2021, signée par Mme B, que cette dernière a été entendue librement le même jour par des agents de la préfecture sur son identité, sa date d'entrée en France, la nature et le type de document de voyage en sa possession, ses ressources, son hébergement et sa situation familiale. Elle a par ailleurs été informée qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et a été invitée à formuler des observations. A cette occasion, il lui était alors loisible, contrairement à ce qu'elle allègue, de porter à la connaissance du préfet des éléments sur son état de santé ou sa situation personnelle ou encore sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. Dans le cadre de la présente instance, elle ne fait pas davantage état d'informations afférentes à sa situation qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement litigieuse. Dans ces conditions, alors même que la fiche de renseignements ne mentionne pas la durée de l'entretien et que ce dernier a été réalisé quelques dizaines de minutes avant la notification de la décision attaquée, Mme B doit être regardée comme ayant eu la possibilité effective de faire valoir utilement ses observations et tout élément pertinent au cours de cet entretien préalable. Par suite, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté en litige aurait méconnu son droit d'être entendue.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux de la situation personnelle de la requérante.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ".

9. Si Mme B soutient que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées, elle ne produit strictement aucune pièce à l'appui de ses allégations, n'établit pas qu'elle exerçait une activité professionnelle ni qu'elle disposait de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ni encore qu'elle disposait d'une assurance maladie ou était en recherche d'emploi. Il est constant qu'elle n'en a pas davantage justifié lors de l'entretien préalable à la mesure en litige. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit et d'appréciation sur ce point ne peut qu'être écarté, en toute hypothèse.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 4 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Les expulsions collectives d'étrangers sont interdites. " Ces stipulations sont reprises par l'article 19.1 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

11. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la décision obligeant l'intéressée à quitter le territoire français a été prise à l'issue d'un examen sérieux et circonstancié de sa situation individuelle et se fonde sur des circonstances de fait propres à sa situation personnelle et familiale. Ainsi, et alors même que des mesures d'éloignement ont été prises, le même jour, à l'encontre d'autres ressortissants roumains ou bulgares installés sur le même campement et se trouvant dans une situation comparable à la sienne, l'intéressée n'est pas fondée à soutenir qu'elle aurait fait l'objet d'une expulsion collective au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 4 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

13. Mme B soutient que la décision attaquée porterait atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations précitées au point précédent. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la requérante est repartie d'elle-même en Roumanie le 21 novembre 2021. Par ailleurs, son époux et ses enfants se trouvent en Roumanie, pays dans lequel la cellule familiale a vocation à se reconstituer. De plus, elle ne démontre pas avoir tissé, depuis son entrée récente sur le territoire français, des liens privés et familiaux d'une particulière intensité. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision en litige emporterait sur sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité doit également être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à l'examen attentif de la situation personnelle et familiale de la requérante.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé à tort en situation de compétence liée.

16. En troisième lieu, si la requérante soutient que sa situation justifierait l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, elle n'apporte aucune précision quant aux circonstances qui feraient obstacle à son éloignement dans ce délai. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

17. En dernier lieu, la mesure portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas dépourvue de base légale.

18. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent par suite être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction, ainsi que les conclusions tendant au paiement des entiers dépens et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Mme B n'est pas admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de la Haute-Garonne.

Copie en sera adressée pour information à Me Laspalles.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

T. A

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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