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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106302

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106302

mardi 14 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106302
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLASPALLES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 octobre 2021 et le 6 décembre 2021, M. D A, représenté par Me Laspalles, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

M. A soutient que :

S'agissant des moyens dirigés contre l'ensemble des décisions attaquées :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de la procédure contradictoire prévue par les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration et de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne ;

- l'arrêté attaqué méconnait les dispositions de l'article 24 de loi du 12 avril 2000 ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait l'article 4 du protocole n° 4 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 19 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

S'agissant de la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- le préfet s'est considéré à tort en situation de compétence liée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Le préfet de la Haute-Garonne soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 23 juin 1989, de nationalité roumaine, a fait l'objet le 6 octobre 2021 d'un arrêté du préfet de la Haute-Garonne l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi. Par sa requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente () ".

3. Par une décision du 26 avril 2022, postérieure à l'introduction de la requête, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 232-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, indique la date, le lieu de naissance et la nationalité du requérant, mentionne sa situation au regard de son entrée en France et précise, en particulier, qu'il ne justifie ni disposer de ressources suffisantes, ni exercer une activité professionnelle et qu'après examen de sa situation personnelle et familiale, il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par ailleurs, la circonstance que certaines de ses mentions ont été ajoutées de manière manuscrite et non pas dactylographiée n'est pas de nature à établir en elle-même que cet arrêté présenterait un caractère stéréotypé. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, le requérant ne saurait utilement invoquer la méconnaissance des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ni celle des dispositions de l'article 24 de loi du 12 avril 2000, lesquelles ont au demeurant été abrogées le 1er janvier 2016.

5. En troisième lieu, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Ce droit n'implique pas systématiquement l'obligation, pour l'administration, d'organiser, de sa propre initiative, un entretien avec l'intéressé, ni même d'inviter ce dernier à produire ses observations, mais suppose seulement que, informé de ce qu'une décision lui faisant grief est susceptible d'être prise à son encontre, il soit en mesure de présenter spontanément des observations écrites ou de solliciter un entretien pour faire valoir ses observations orales. Une atteinte à ce droit n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction.

6. Il ressort des pièces du dossier et notamment de la fiche de renseignements administratifs du 6 octobre 2021, signée par M. A, que ce dernier a été entendu librement le même jour par des agents de la préfecture sur son identité, sa date d'entrée en France, la nature et le type de document de voyage en sa possession, ses ressources, son hébergement et sa situation familiale. Le requérant a par ailleurs été informé qu'une mesure d'éloignement était susceptible d'être prise à son encontre et a été invité à formuler des observations. A cette occasion, il lui était alors loisible, contrairement à ce qu'il allègue, de porter à la connaissance du préfet des éléments sur sa situation personnelle ou encore sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine. En outre, le requérant ne produit dans la présente instance aucun élément relatif à sa situation qui aurait pu, s'il avait été communiqué à temps à l'administration, être de nature à faire obstacle à l'édiction de la mesure d'éloignement attaquée. Dans ces conditions, alors même que cet entretien a été réalisé le jour même de la notification de la décision attaquée et que sa durée n'est pas précisée, M. A doit être regardé comme ayant eu la possibilité effective de faire valoir utilement ses observations et tout élément pertinent au cours de cet entretien préalable. En outre, le requérant ne peut utilement soutenir que cet entretien a été réalisé en l'absence d'un interprète, dès lors qu'il a indiqué parler français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la motivation de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de M. A.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : / 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; / 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie () ".

9. Si M. A soutient que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 233-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne produit toutefois aucun élément pertinent à l'appui de ses allégations. Il ne justifie pas non plus qu'il exerçait une activité professionnelle en tant qu'intérimaire dans le bâtiment, ni qu'il disposait de ressources suffisantes pour ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale ni encore qu'il disposait d'une assurance maladie ou était en recherche d'emploi. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. M. A est entré sur le territoire français selon ses déclarations une première fois en 2012 puis en octobre 2020, sans l'établir. S'il se prévaut de la présence en France de sa compagne et de leur fille mineure née le 15 octobre 2007, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité de ses liens avec ces dernières. Il ne justifie pas non plus de l'existence d'autres attaches personnelles intenses, stables et anciennes en France. M. A n'établit pas l'impossibilité de reconstituer sa cellule familiale en Roumanie, où il a vécu la majeure partie de sa vie. Ainsi, eu égard à l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a pris la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que la décision en litige emporterait sur sa situation personnelle des conséquences d'une exceptionnelle gravité doit également être écarté.

12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 4 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Les expulsions collectives d'étrangers sont interdites. " Ces stipulations sont reprises par l'article 19.1 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

13. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que la décision obligeant M. A à quitter le territoire français a été prise à l'issue d'un examen sérieux et circonstancié de sa situation individuelle et se fonde sur des circonstances de fait propres à sa situation personnelle et familiale. Ainsi, et alors même que des mesures d'éloignement ont été prises, le même jour, à l'encontre d'autres ressortissants roumains installés sur le même campement et se trouvant dans une situation comparable à la sienne, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'il aurait fait l'objet d'une expulsion collective au sens des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 4 du protocole additionnel n° 4 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée doit être écarté.

15. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à l'examen attentif de la situation personnelle et familiale du requérant.

16. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet se serait estimé à tort en situation de compétence liée.

17. En quatrième et dernier lieu, si M. A soutient que sa situation justifierait l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, il n'apporte aucune précision quant aux circonstances qui feraient obstacle à son départ dans ce délai. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les frais liés au litige :

19. Les conclusions de M. A tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, l'État n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Laspalles et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 31 janvier 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 février 2023.

La rapporteure,

B. C

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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