vendredi 9 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106372 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | DELBES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 3 novembre 2021 et le 6 août 2023, Mme C A demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 2 juin 2021 par laquelle le président du centre communal d'action sociale (CCAS) de Saïx lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle, ensemble la décision du 10 septembre 2021 portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au président du CCAS de Saïx de lui octroyer la protection fonctionnelle, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de condamner le CCAS de Saïx à lui verser une indemnité de 1 500 euros, assortie des intérêts au taux légal et de la capitalisation des intérêts à compter du 6 juillet 2021, en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi du fait de son comportement fautif ;
4°) de mettre à la charge du CCAS de Saïx la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit dès lors que l'octroi de la protection fonctionnelle ne constitue pas une faculté mais une obligation pour l'employeur public dès lors que les conditions de sa mise en œuvre sont remplies ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; la protection fonctionnelle est indépendante de la qualification pénale des faits qu'elle invoque à l'appui de sa demande ; elle n'a commis aucune faute susceptible d'exonérer le CCAS de son obligation d'octroi de la protection fonctionnelle ;
- elle a subi un préjudice moral résultant de cette illégalité fautive, qu'elle évalue à 1 500 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 10 janvier 2022 et le 24 août 2023, le centre communal d'action sociale (CCAS) de Saïx, représenté par Me Delbes, conclut au rejet de la requête, au rejet de l'intervention volontaire du syndicat SUD CT 31 et à ce que soit mis à la charge de Mme A le paiement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête de Mme A est irrecevable dès lors qu'elle est tardive, la décision du 10 septembre 2021 présentant un caractère purement confirmatif ;
- l'intervention du syndicat SUD CT 31 est irrecevable faute pour ce dernier de justifier d'un intérêt pour agir ;
- aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Par une intervention, enregistrée le 3 août 2023, le syndicat SUD CT 31 demande au tribunal de faire droit aux conclusions de la requête de Mme A.
Il soutient que son intervention est recevable, que la requête de Mme A est recevable, et reprend les mêmes moyens que ceux exposés par Mme A.
Par une ordonnance du 29 août 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 20 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Rousseau,
- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,
- les observations de Mme A,
- les observations de Mme B, représentant le syndicat SUD CT 31,
- et les observations de Me Delbes, représentant le CCAS de Saïx.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A a été recrutée par le centre communal d'action sociale (CCAS) de Saïx en octobre 2011 pour exercer des fonctions d'infirmière de soins généraux de classe supérieure dans l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) La Pastellière. Le 2 avril 2021, elle a été informée de l'engagement d'une procédure disciplinaire en raison de propos qu'elle aurait tenus à l'encontre de sa supérieure hiérarchique. Par un courrier du 19 avril 2021, elle a sollicité le bénéfice de la protection fonctionnelle pour les faits de dénonciation calomnieuse dont elle estime avoir été victime. Par une décision du 2 juin 2021, le président du CCAS de Saïx a rejeté sa demande. Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision le 6 juillet 2021, qui a fait l'objet d'un rejet implicite, confirmé par une décision explicite du 10 septembre 2021. Par la présente requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 2 juin 2021 et la décision du 10 septembre 2021 portant rejet de son recours gracieux.
Sur l'intervention volontaire du syndicat SUD CT 31 :
2. Eu égard à l'objet de la requête de Mme A, le syndicat SUD CT 31 a intérêt à intervenir dans la présente instance. Par suite, il y a lieu d'admettre son intervention au soutien de Mme A.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () / 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par la présente loi doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. D'une part, la décision du 2 juin 2021 vise l'article 11 de la loi susvisée du 13 juillet 1983 et indique que le récépissé de la plainte pénale déposée par Mme A ne suffit pas à établir la réalité de la dénonciation calomnieuse qu'elle invoque à l'appui de sa demande de protection fonctionnelle. La décision comporte ainsi les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.
5. D'autre part, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision de rejet du recours gracieux exercé par la requérante doit être écarté comme inopérant dès lors que les vices propres d'une telle décision ne peuvent être utilement contestés.
6. En second lieu, aux termes de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 susvisée, alors en vigueur : " I.- A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. () IV.- La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () "
7. Les dispositions précitées établissent à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Si cette obligation peut avoir pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis¸ laquelle peut notamment consister à assister, le cas échéant, l'agent concerné dans les poursuites judiciaires qu'il entreprend pour se défendre, il appartient dans chaque cas à la collectivité publique d'apprécier, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, notamment de la question posée au juge et du caractère éventuellement manifestement dépourvu de chances de succès des poursuites entreprises, les modalités appropriées à l'objectif poursuivi.
8. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse, le 13 avril 2021, contre une de ses collègues, qui avait déclaré l'avoir entendue tenir des propos critiques envers sa supérieure hiérarchique auprès d'un responsable de laboratoire le 25 janvier 2021. Toutefois, dans son avis du 2 juin 2021, le conseil de discipline, saisi dans le cadre de la procédure disciplinaire engagée à l'encontre de Mme A en raison de ces propos, s'il n'a pas retenu le caractère fautif des faits qui lui étaient reprochés, a néanmoins relevé qu'aucun élément permettait de laisser penser que la collègue de Mme A avait inventé son récit, et a estimé qu'il devait " être tenu pour établi qu'un échange verbal a eu lieu entre Mme A et le responsable de laboratoire, dont la teneur exacte n'est pas connue mais qui a certainement porté sur une critique de la gestion du cluster au sein de l'établissement ". Dans ces conditions, et alors que la requérante n'apporte aucun élément susceptible d'établir le caractère calomnieux des propos rapportés par sa collègue et, qu'à la date de la décision attaquée, son action apparaissait par conséquent manifestement dépourvue de chances de succès, le président du CCAS de Saïx a pu légalement lui refuser le bénéfice de la protection fonctionnelle. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par le CCAS de Saïx, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 2 juin 2021 par laquelle le président du CCAS de Saïx lui a refusé le bénéfice de la protection fonctionnelle, et de la décision du 10 septembre 2021 portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions indemnitaires :
10. Il résulte de ce qui précède que le CCAS de Saïx n'a pas commis d'illégalité fautive. Dans ces conditions, les conclusions de Mme A tendant à la condamnation du CCAS de Saïx à lui verser une somme de 1 500 euros en réparation de son préjudice moral doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'appelle aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme A doivent, dès lors, être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce que soit mise à la charge du CCAS de Saïx, qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle.
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme A la somme demandée par le CCAS de Saïx sur le fondement de ces dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'intervention volontaire du syndicat SUD CT 31 est admise.
Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.
Article 3 : Les conclusions présentées par le CCAS de Saïx au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, au syndicat SUD CT 31 et au centre communal d'action sociale de Saïx.
Délibéré après l'audience du 26 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.
La rapporteure,
M. ROUSSEAU
La présidente,
V. POUPINEAU
La greffière,
B. RODRIGUEZ
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026