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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106409

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106409

mardi 23 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106409
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2021, Mme B A, représenté par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 septembre 2021 par laquelle le directeur territorial de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai de 48 heures suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du 2ème alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- l'OFII n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas bénéficié d'un entretien de vulnérabilité ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 août 2023, l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Douteaud,

-et les observations de Me Dumas, substituant Me Barbot-Lafitte, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 21 décembre 1993, déclare être entrée sur le territoire français le 31 décembre 2020. Elle s'est présentée le 29 septembre 2021 au guichet d'accueil des demandeurs d'asile à Toulouse afin d'y faire enregistrer sa demande d'asile. Celle-ci a été enregistrée en procédure accélérée par la préfecture de la Haute-Garonne. Par sa requête, Mme A demande l'annulation de la décision de l'Office français de l'immigration et de l'intégration du 29 septembre 2021 lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " L'article L. 551-15 du même du code dispose : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants :/ ()/ 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 551-20 de ce code : " Le bénéfice de l'allocation pour demandeur d'asile peut être refusé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration : ()/ 2° Si le demandeur, sans motif légitime, n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27 () ". Enfin, aux termes de l'article D. 551-17 dudit code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle prend effet à compter de sa signature () ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. "

4. La décision attaquée, qui vise notamment les dispositions des articles L. 551-15 et D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que l'intéressée n'a pas respecté, sans motif légitime, le délai de 90 jours après son entrée en France au cours duquel une demande d'asile doit être déposée, si bien que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lui a été refusé. Elle comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit, par suite, être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que l'OFII n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme A.

6. En troisième lieu, il ressort de la fiche de vulnérabilité produite par l'OFII en défense, signée par la requérante, que cette dernière a fait l'objet d'un examen de sa vulnérabilité le 29 septembre 2021, préalablement à l'adoption de la décision attaquée, et que cet examen, au cours duquel Mme A a déclaré être hébergée chez un ami et ne pas présenter de problèmes de santé particuliers, n'a pas conclu à un état de vulnérabilité ni à des besoins particuliers en matière d'accueil. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.

7. En quatrième lieu, Mme A soutient se trouver dans une situation d'extrême précarité, ayant la charge de ses deux jeunes enfants sans disposer ni d'un hébergement stable ni de ressources suffisantes du fait du refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il ressort toutefois des pièces du dossier qu'au cours de l'entretien de vulnérabilité, la requérante déclarait être hébergée chez un ami et ne faisait état d'aucun problème de santé particulier. En outre, si Mme A se prévaut d'une décision de placement en urgence de ses enfants émanant du juge des enfants, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elle aurait informé les services de l'OFII de l'existence de ce jugement, antérieur à la date de l'entretien et de la décision attaquée. Dans ces conditions, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'OFII aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

8. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'OFII se serait estimé tenu de refuser les conditions matérielles d'accueil au seul motif d'un dépôt tardif de la demande d'asile de Mme A, sans tenir compte de sa situation. En outre, comme il a été dit au point précédent, si cette dernière se prévaut d'un état particulier de précarité, elle ne produit aucun élément de nature à le démontrer. Par suite, la requérante, qui est entrée en France selon ses déclarations le 31 décembre 2021 et a déclaré au cours de l'entretien de vulnérabilité qu'elle ignorait qu'il lui revenait de présenter se demande d'asile dans les trois mois suivants son arrivée ne justifie pas d'un motif légitime l'ayant empêché de présenter sa demande d'asile dans le délai de 90 jours. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions précitées de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sa décision doit être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 septembre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

10. Les conclusions à fin d'annulation de Mme A étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

11. Les conclusions de Mme A tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'OFII n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Barbot-Lafitte et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Sarraute, première conseillère,

Mme Douteaud, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.

La rapporteure,

S. DOUTEAUD

La présidente,

F. HÉRY

La greffière,

M-E. LATIF

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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