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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106436

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106436

jeudi 13 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106436
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSÉRÉE DE ROCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 8 novembre 2021, 23 septembre 2022 et 27 février 2023, M. C B, représenté par Me Sérée de Roch, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a implicitement rejeté sa demande de transformation d'une autorisation d'exploiter un débit de boissons de quatrième catégorie en une licence issue d'une expropriation, au titre des articles L. 3332-8 et L. 3332-11 du code de la santé publique ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa demande et, à titre subsidiaire, de transmettre son dossier à la commune de Toulouse ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement d'une somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il doit être regardé comme soutenant que :

- le préfet est bien compétent en la matière dès lors que " les demandes d'autorisation de transfert sont soumises au représentant de l'Etat dans le département où doit être transféré le débit de boissons " ;

- à supposer que le préfet ne soit pas compétent, il n'a pas transmis à l'autorité qu'il estime compétente sa demande formée le 15 septembre 2021 en méconnaissance de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- étant titulaire à titre personnel d'une autorisation d'exploitation d'un débit de boissons de quatrième catégorie, il est fondé à obtenir la transformation de l'autorisation d'exploitation en une licence issue d'une expropriation, au titre des articles L. 3332-8 et L. 3332-11 du code de la santé publique.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 janvier, 26 novembre 2022 et 23 mars 2023, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- il n'est pas l'autorité compétente pour statuer sur la demande formée par M. B et l'avait transmise à bon droit, le 12 mai 2021, au procureur de la République en application de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il n'avait pas, a fortiori, à se prononcer sur la relance erronée de M. B effectuée le 15 septembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Pétri ;

- et les conclusions de M. Déderen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Lalande, propriétaire d'un immeuble situé au 308 avenue des Etats-Unis à Toulouse, a conclu un bail commercial avec la société WT le 29 juin 2017. Le directeur général de la société WT, M. A, a introduit une demande d'autorisation d'exploiter l'établissement " El divino ", situé à cette adresse, le 21 septembre 2018. M. B a été nommé président de la société WT le 12 octobre 2018. Par un arrêté du 7 novembre 2018, le maire de la commune de Toulouse a autorisé M. A à exploiter l'établissement " El divino " pour une durée de trois ans. M. B a obtenu un permis d'exploitation d'un débit de boissons de quatrième catégorie à cette adresse le 6 mars 2020. A la suite d'un incendie qui a ravagé l'immeuble, la société Lalande a résilié le bail le 16 juin 2020. M. B a déposé une déclaration de mutation le 4 novembre 2020, dans laquelle il indique être le nouvel exploitant du débit de boissons " El divino ". Par une ordonnance du 12 novembre 2020, le tribunal de commerce de Toulouse a désigné la société CBF et associés en qualité d'administratrice provisoire de la société WT, dès lors que le fonctionnement régulier de la société WT était entravé. La société Lalande a ensuite procédé à la démolition d'une partie de l'immeuble et y a construit des bureaux. M. B a adressé à la préfecture de la Haute-Garonne, le 23 avril 2021, une demande de transformation de son autorisation d'exploiter un débit de boissons de quatrième catégorie en une licence issue d'une expropriation sur le fondement des articles L. 3332-8 et L. 3332-11 du code de la santé publique. Par un courrier du 12 mai 2021, le préfet de la Haute-Garonne a décliné sa compétence au profit du procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulouse. Le procureur de la République près le tribunal judiciaire de Toulouse a rejeté la demande de M. B en raison de son irrecevabilité le 22 juin 2021. Selon les termes de ce courrier : " Dans le cadre de la procédure pénale (), Messieurs A et B sont mis en examen et placés sous contrôle judiciaire avec interdiction de gérer la SAS WT. Un administrateur provisoire a été désigné pour gérer la SAS WT en conséquence. La demande apparaît dès lors irrecevable en l'état comme présentée à l'autorité administrative, sauf à violer le contrôle judiciaire tel qu'il se présente, et en tout état de cause elle relèverait à la supposer possible, de la seule compétence du juge d'instruction en charge de la procédure pénale ". Par un courrier du 13 août 2021, M. B a présenté une nouvelle demande auprès du préfet de la Haute-Garonne et de l'autorité judiciaire. Par un courrier du 7 septembre 2021, le vice-président chargé de l'instruction du dossier impliquant M. B devant le tribunal judiciaire de Toulouse a décliné sa compétence. Cette réponse a été transmise à la préfecture de la Haute-Garonne par un courrier du 15 septembre 2021. La commune de Toulouse a accordé un permis de construire valant permis de démolir à la société Lalande le 20 octobre 2021, en vue de la construction d'un bâtiment commercial, du réaménagement des abords et de la démolition d'une construction détruite par un incendie. M. B considère qu'une décision implicite de refus est née du silence gardé par l'autorité préfectorale sur sa demande de transformation d'autorisation d'exploiter un débit de boissons de quatrième catégorie en une licence issue d'une expropriation. Par la présente requête, il sollicite l'annulation de cette décision.

2. En premier lieu, selon l'article L. 3332-3 du code de la santé publique : " Une personne qui veut ouvrir un () débit de boissons à consommer sur place et y vendre de l'alcool est tenue de faire, quinze jours au moins à l'avance et par écrit, une déclaration indiquant : / 1° Ses nom, prénoms, lieu de naissance, profession et domicile ; / 2° La situation du débit ; 3° A quel titre elle doit gérer le débit et les nom, prénoms, profession et domicile du propriétaire s'il y a lieu ; / 4° La catégorie du débit qu'elle se propose d'ouvrir ; 5° Le permis d'exploitation attestant de sa participation à la formation visée à l'article L. 3332-1-1. / La déclaration est faite à Paris à la préfecture de police et, dans les autres communes, à la mairie ; () ". Aux termes de l'article L. 3332-4 du même code : " Une mutation dans la personne du propriétaire ou du gérant d'un café ou débit de boissons vendant de l'alcool à consommer sur place doit faire, quinze jours au moins à l'avance et par écrit, l'objet d'une déclaration identique à celle qui est requise pour l'ouverture d'un débit nouveau. Toutefois, dans le cas de mutation par décès, la déclaration est valablement souscrite dans le délai d'un mois à compter du décès. / Cette déclaration est reçue et transmise dans les mêmes conditions. / Une translation d'un lieu à un autre doit être déclarée quinze jours au moins à l'avance, dans les mêmes conditions. ". Selon l'article L. 3332-8 de ce code : " Lorsqu'un immeuble où est installé un débit de boissons a été supprimé ou affecté à une destination nouvelle, à la suite d'une expropriation pour cause d'utilité publique, ou lorsque cet immeuble a été démoli par le propriétaire, il peut être transféré sur n'importe quel point du territoire de la même commune, sous réserve des zones protégées, à savoir : / 1° Dans un immeuble déjà existant, au plus tard dans les douze mois de la fermeture qui doit être spécialement déclarée à la mairie de la commune dans les départements et à la préfecture de police à Paris ; / 2° Dans un immeuble nouveau, dans les trois mois de la reconstruction de cet immeuble, et au plus tard dans les deux ans de la fermeture déclarée comme il vient d'être dit. ". Aux termes de l'article L. 3332-11 du même code : " Un débit de boissons à consommer sur place exploité peut être transféré dans le département où il se situe. Les demandes d'autorisation de transfert sont soumises au représentant de l'Etat dans le département. Le maire de la commune où est installé le débit de boissons et le maire de la commune où celui-ci est transféré sont obligatoirement consultés. Lorsqu'une commune ne compte qu'un débit de boissons de 4e catégorie, ce débit ne peut faire l'objet d'un transfert qu'avec l'avis favorable du maire de la commune. / Par dérogation au premier alinéa, un débit de boissons à consommer sur place peut être transféré dans un département limitrophe de celui dans lequel il se situe, dans les conditions prévues au premier alinéa. Les demandes d'autorisation de transfert sont soumises au représentant de l'Etat dans le département où doit être transféré le débit de boissons. Un débit de boissons transféré en application de la première phrase du présent alinéa ne peut faire l'objet d'un transfert vers un nouveau département qu'à l'issue d'une période de huit ans. / Par dérogation au premier alinéa du présent article et à l'article L. 3335-1, les débits de boissons à consommer sur place peuvent être transférés au-delà des limites du département où ils se situent au profit d'établissements, notamment touristiques, répondant à des critères fixés par décret. ".

3. Si les dispositions de l'article L. 3332-11 du code de la santé publique prévoient le cas de transferts de licence IV d'une commune à une autre dans un même département, sur autorisation préfectorale, celles de l'article L. 3332-8 du même code constituent des dispositions spéciales dans le cas, notamment, où l'immeuble a été démoli par le propriétaire, comme c'est le cas en l'espèce, et ouvrent un droit de transfert au bénéfice de l'exploitant du débit de boissons sur le territoire d'une même commune, à la suite d'une déclaration adressée à la mairie de la commune. Par suite et dès lors qu'en application de l'article L. 3332-8 du code de la santé publique il n'appartenait pas à l'autorité préfectorale d'autoriser un transfert de licence IV, le moyen soulevé en ce sens par M. B doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande est adressée à une administration incompétente, cette dernière la transmet à l'administration compétente et en avise l'intéressé. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que l'autorité préfectorale a décliné sa compétence au profit de l'autorité judiciaire pour connaitre de la demande formée par M. B, soit une autorité elle-même incompétente, ainsi que cela a été dit au point 3. Or, le préfet ne saurait être regardé comme ayant méconnu les dispositions de l'article L. 114-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors qu'il a transmis la demande en litige à l'autorité qu'il estimait compétente, étant précisé en tout état de cause que cette demande n'était pas formulée en termes clairs. Par suite, ce dernier moyen doit être écarté également.

6. En dernier lieu, si M. B se croit fondé à solliciter la transformation de son autorisation d'exploitation en une licence issue d'une expropriation, il lui appartient d'effectuer une déclaration auprès de la commune de Toulouse, dans les conditions prévues aux dispositions citées au point 2. Ainsi, son moyen tiré de ce qu'étant personnellement titulaire d'une autorisation d'exploitation d'une licence IV, il est fondé à obtenir la transformation de cette autorisation en une licence issue d'une expropriation, ne peut qu'être écarté dès lors qu'il a présenté cette demande auprès d'une autorité incompétente pour en connaître.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la M. C B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 23 mai 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juin 2024.

La rapporteure,

M. PETRI

La présidente,

S. CAROTENUTOLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet du Tarn, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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