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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106513

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106513

vendredi 27 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106513
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantVIMINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2021, M. et Mme B et A C demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 5 juin 2021 par lequel le maire de Broquiès a refusé de leur délivrer un permis de construire en vue de l'extension d'une construction existante sur un terrain sis au lieu-dit " Le Beluguet Haut " à Broquiès (Aveyron), ensemble la décision du 13 septembre 2021 portant rejet de leur recours gracieux.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté est entaché de discrimination dès lors que leur voisin a pu bénéficier, en 1996, d'une convention de voirie afin de raccorder sa parcelle au réseau d'eau potable ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ; il ne comporte pas les éléments de droit sur lesquels il se fonde ; s'il est fait référence à l'avis favorable du préfet de l'Aveyron émis sur le projet, cet avis ne lui a été transmis qu'après expiration du délai de deux mois qui était imparti à l'administration pour motiver sa décision ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il indique que le terrain d'assiette du projet se situe dans un vaste secteur dépourvu d'autres constructions ; il y a au moins dix habitations à moins de 320 mètres du terrain d'assiette du projet dont une habitation à 32 mètres ; le terrain d'assiette du projet est donc situé à proximité de constructions traditionnelles existantes au sens de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme ;

- le projet est conforme à l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme qui permet les extensions limitées ; il consiste en la réalisation de 15 m2 d'habitation supplémentaire et d'un garage ; leur parcelle mesure 2 000 m2 et le projet occupe seulement 0,75% de la parcelle ; de plus, le préfet de l'Aveyron a émis un avis favorable à leur demande d'extension ;

- le plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la Muse et des Raspes du Tarn autorise, en zone N, les constructions sous réserve qu'elles ne portent pas atteinte à la sauvegarde des espaces naturels, et dans la limite de 30 % de surface de plancher supplémentaire ainsi que les annexes, sous réserve de ne pas compromettre l'activité agricole ; il autorise également les constructions et installations nécessaires à l'intérêt collectif, et les travaux d'accessibilité pour des personnes à mobilité réduite entrent dans ce cadre ;

- en application de l'article L. 152- 4 du code de l'urbanisme, l'autorité compétente pour délivrer le permis de construire peut accorder des dérogations à une ou plusieurs règles du PLUi pour autoriser des travaux nécessaires à l'accessibilité des personnes handicapées au logement existant ; l'extension de l'habitation a notamment pour objet de permettre le stationnement d'un véhicule en donnant un accès direct au logement à M. C, qui est handicapé ;

- l'arrêté attaqué méconnaît le principe de proportionnalité.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 avril 2022, la commune de Broquiès, représentée par Me Vimini, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. et Mme C la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est tardive dès lors, d'une part, qu'elle est dirigée contre une décision confirmative et, d'autre part, que les requérants n'établissent pas avoir formé leur recours gracieux dans le délai de recours contentieux ;

- aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 2 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2022.

Un mémoire, enregistré le 7 octobre 2023, après la clôture de l'instruction, a été présenté par M. et Mme C et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Rousseau,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- les observations de M. C,

- et les observations de Me Vimini, représentant la commune de Broquiès.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme C ont déposé le 13 avril 2021 une demande de permis de construire portant sur l'extension d'une maison d'habitation sise au lieu-dit " Le Beluguet Haut " à Broquiès (Aveyron). Par un arrêté du 5 juin 2021, le maire de Broquiès a rejeté leur demande. M. et Mme C ont formé un recours gracieux contre cet arrêté, qui a été rejeté par une décision du 13 septembre 2021. Par la présente requête, ils demandent l'annulation de l'arrêté du 5 juin 2021 et de la décision de rejet de leur recours gracieux.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme : " Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. / Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6 () ".

3. En l'espèce, l'arrêté attaqué, après avoir mentionné l'objet de la demande de permis de construire déposée par M. et Mme C, vise le code de l'urbanisme et cite les dispositions de l'article L. 122-5 de ce code. Il indique par ailleurs que le projet, qui est situé dans un vaste secteur dépourvu de constructions, ne constitue pas une extension limitée de l'existant, et ne peut donc être autorisé au regard de ces dispositions. L'arrêté comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, et alors que cet arrêté, qui n'est pas motivé par référence à l'avis émis par le préfet de l'Aveyron sur le projet le 20 mai 2021, n'avait pas à être accompagné de cet avis, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme : " L'urbanisation est réalisée en continuité avec les bourgs, villages, hameaux, groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, sous réserve de l'adaptation, du changement de destination, de la réfection ou de l'extension limitée des constructions existantes, ainsi que de la construction d'annexes, de taille limitée, à ces constructions, et de la réalisation d'installations ou d'équipements publics incompatibles avec le voisinage des zones habitées ". Selon l'article L. 122-5-1 du même code : " Le principe de continuité s'apprécie au regard des caractéristiques locales de l'habitat traditionnel, des constructions implantées et de l'existence de voies et réseaux ". L'article L. 122-6 de ce code dispose : " Les critères mentionnés à l'article L. 122-5-1 sont pris en compte : / () b) Pour l'interprétation des notions de hameaux et de groupes de constructions traditionnelles ou d'habitations existants, lorsque la commune n'est pas dotée d'un plan local d'urbanisme ou d'une carte communale ".

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet, d'une superficie d'environ 3 hectares, se situe dans un espace naturel et boisé, à l'écart de plus d'un kilomètre du centre de Broquiès. Si quelques constructions éparses se trouvent à proximité du projet, elles ne constituent pas, eu égard à leur nature, leur nombre et leur implantation les unes par rapport aux autres, un hameau ou un groupe de constructions traditionnelles ou d'habitations existants au sens des dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Dans ces conditions, le maire de Broquiès n'a pas commis d'erreur de fait, ni méconnu les dispositions précitées de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme, en considérant que le terrain d'assiette du projet ne pouvait être regardé comme étant compris dans les parties urbanisées de la commune.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que le projet consiste en l'extension d'une maison d'habitation avec création de deux pièces supplémentaires et d'un garage. Si les requérants font valoir que cette extension est limitée dès lors que la surface de plancher créée est de seulement 15 m2, il ressort du dossier de permis de construire que le projet comprend également la réalisation d'un garage de 84,87 m2, soit une surface totale de 99,87 m2, correspondant à une augmentation de plus de 200 % par rapport à l'existant. Par suite, le projet ne peut être regardé comme une extension limitée de la construction existante au sens des dispositions précitées. A cet égard, la circonstance que le projet n'occupe que 0,75% de la superficie de la parcelle est sans incidence dès lors que le caractère limité de l'extension s'apprécie au regard de la surface de la construction existante et non de la superficie de la parcelle d'assiette. Les requérants ne sont donc pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; () ".

8. Si, en application de ces dispositions, le maire a compétence liée pour refuser un permis de construire en cas d'avis défavorable du préfet, il n'est en revanche pas tenu de suivre un avis favorable de ce même préfet et peut, lorsqu'il estime disposer d'un motif légal de le faire au titre d'autres dispositions que celles ayant donné lieu à cet avis, refuser d'accorder le permis de construire sollicité. Dès lors, la circonstance que le préfet de l'Aveyron a émis, le 20 mai 2021 un avis favorable au projet, est sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué fondé sur la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme.

9. En quatrième lieu, M. et Mme C ne peuvent utilement se prévaloir d'une méconnaissance des dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la Muse et des Raspes du Tarn, qui est entré en vigueur postérieurement à l'arrêté attaqué.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 152-4 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire peut, par décision motivée, accorder des dérogations à une ou plusieurs règles du plan local d'urbanisme pour permettre : () 3°) Des travaux nécessaires à l'accessibilité des personnes handicapées à un logement existant ".

11. Si M. et Mme C soutiennent que le maire aurait dû déroger aux règles du PLUi de la Muse et des Raspes du Tarn dès lors que les travaux projetés sont indispensables à l'accessibilité des personnes handicapées au logement existant, l'arrêté attaqué n'est pas fondé sur une méconnaissance des dispositions du PLUi, inapplicables au projet, mais sur la méconnaissance de l'article L. 122-5 du code de l'urbanisme. Dès lors, M. et Mme C ne sont pas fondés à se prévaloir des dispositions précitées.

12. En sixième lieu, les requérants soutiennent que la décision attaquée révèle une attitude discriminatoire à leur encontre en raison de leurs origines dès lors qu'il se sont vus refuser un permis de construire alors que leur voisin s'est vu accorder, en 1996, une convention de voirie afin de raccorder au réseau d'eau potable sa parcelle. Toutefois, il résulte de ce qui précède que la décision de refus de permis de construire attaquée a été prise sur le fondement des règles d'urbanismes applicables à la parcelle d'assiette du projet de M. et Mme C. Ainsi, la discrimination alléguée ne ressort d'aucune des pièces du dossier.

13. En septième et dernier lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance du principe de proportionnalité, ce moyen ne peut utilement être invoqué à l'encontre d'une décision de refus de permis de construire.

14. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que la requête de M. et Mme C doit être rejetée.

Sur les frais liés au litige :

15. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des requérants la somme demandée par la commune de Broquiès sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.

Article 2 : Le conclusions présentées par la commune de Broquiès au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Mme A C et à la commune de Broquiès.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme Rousseau, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2023.

La rapporteure,

M. ROUSSEAU

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de l'Aveyron en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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