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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106573

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106573

lundi 21 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106573
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBALG

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 novembre 2021 et un mémoire enregistré le 7 juin 2022, M. A D représenté par Me Balg, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de motivation dans la mesure où elle ne vise pas l'article 6 § 1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le préfet n'a pas procédé à l'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des stipulations du 1 de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dans la mesure ou le préfet n'a pas pris en compte sa qualité d'étranger protégé ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences sur situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 22 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juillet 2022 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Balg, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. A D, ressortissant algérien né le 31 mai 1986 à Ouaguenoun (Algérie), déclare être entré en France en avril 2011. Il a sollicité, le 27 décembre 2016, son admission exceptionnelle au séjour en France. Par un arrêté en date du 21 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision portant refus d'admission exceptionnelle au séjour attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. En outre, le préfet n'avait pas à examiner le droit au séjour du requérant au regard des stipulations de l'article 6 paragraphe 1 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 dès lors que sa demande n'était pas présentée sur ce fondement.

3. En deuxième lieu, il ne ressort ni des pièces des dossiers ni des termes de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis un défaut d'examen sérieux et personnel de la situation de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. D doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 susvisé : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / 1) au ressortissant algérien, qui justifie par tout moyen résider en France depuis plus de dix ans ou plus de quinze ans si, au cours de cette période, il a séjourné en qualité d'étudiant ; () ".

5. Si M. D se prévaut d'une présence de plus de dix ans sur le territoire français, il ne produit aucun document permettant d'établir sa présence continue sur le territoire français entre 2011 et 2021. Par suite, l'intéressé n'est pas fondé à invoquer le bénéfice des stipulations précitées de l'accord franco-algérien.

6. En quatrième et dernier lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

7. M. D déclare être entré en France en avril 2011. Il a sollicité pour la première fois son admission exceptionnelle au séjour le 27 décembre 2016. Le 30 mars 2018, il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire dont la légalité a été confirmée, en dernier ressort, par la Cour administrative d'appel de Bordeaux le 19 novembre 2018. Le requérant a par la suite quitté le territoire français avant d'y revenir irrégulièrement à une date indéterminée. Par ailleurs, si l'intéressé se prévaut de son mariage avec une ressortissante française, le 12 juillet 2016, il ressort des pièces du dossier que l'enquête de communauté de vie, en date du 13 juillet 2021, n'a pas conclu à la réalité de cette communauté, eu égard notamment à l'éloignement géographique entre les deux époux. Enfin, si M. D allègue qu'il est depuis plusieurs années associé et salarié d'un commerce de restauration qu'il exploite conjointement avec son frère, il ne produit toutefois aucun document permettant de l'établir. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté. Le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la mesure sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, par application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée comme c'est le cas en l'espèce, sur le 3° de l'article L. 611-1 de ce code n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Dès lors qu'ainsi qu'il a été dit, la décision portant refus d'admission au séjour comportait l'énoncé de ses motifs de droit et de fait, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'avait en tout état de cause pas à justifier faute de demande particulière en ce sens de l'intéressé de l'absence d'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à un mois, doit être regardée comme satisfaisant également à l'exigence de motivation.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : / () 6° L'étranger marié depuis au moins trois ans avec un conjoint de nationalité française, à condition que la communauté de vie n'ait pas cessé depuis le mariage et que le conjoint ait conservé la nationalité française () ".

10. Si le requérant entend se prévaloir du 6° de l'article L. 613-1 précité, il résulte de ce qui a été dit au point 7 du présent jugement que l'intéressé, qui ne peut se prévaloir d'une communauté de vie avec son épouse, ne remplit pas davantage les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour de plein droit. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs qu'au point 7, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou entaché cette mesure d'éloignement d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 8 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

- M. Truilhé, président,

- M. Leymarie, conseiller,

- M. Zabka, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2022.

Le rapporteur,

N. B

Le président,

J-C. TRUILHÉ La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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