mardi 4 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106629 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | GONTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 novembre 2021, M. C B, représenté par Me Gontier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Tarn de réexaminer sa situation dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de condamner l'Etat aux entiers dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il doit être regardé comme soutenant que :
S'agissant de l'arrêté attaqué pris dans son ensemble :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- il méconnaît le droit d'être entendu ;
- il méconnaît le principe du contradictoire garanti par les dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
S'agissant de la décision portant refus de titre de séjour :
- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît le principe de la présomption d'innocence ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée a été prise au terme d'une procédure irrégulière, et méconnaît les dispositions de l'article 24 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle est dépourvue de base légale ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée ;
S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :
- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle viole les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 24 novembre 2021, la préfète du Tarn conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;
- la loi n° 91-674 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- et les observations de Me Gontier, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant marocain né 15 octobre 1980, est entré en France le 30 août 2019 sous couvert d'un passeport en cours de validité et d'un visa long séjour en qualité de conjoint de français. Il a sollicité le 27 août 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par sa requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel la préfète du Tarn a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code: " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil ()/ Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. " Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ".
3. Dès lors que l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ne prévoit pas la délivrance de titres de séjour en qualité de parent d'enfant français, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un tel titre peut utilement invoquer les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à l'appui d'une demande de titre de séjour pour ce motif.
4. D'autre part, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".
5. Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
6. Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".
7. Pour justifier sa décision de refuser de délivrer un titre de séjour à M. B en qualité de parent d'enfant français, la préfète du Tarn a retenu que le requérant ne justifie pas participer à l'entretien et à l'éducation de son enfant depuis sa naissance et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort tout d'abord des pièces du dossier que M. B est le père d'un enfant né le 26 décembre 2020 à Lavaur de son union avec une ressortissante française dont il est séparé depuis juin 2021. Celui-ci doit dès lors être regardé comme ayant nécessairement contribué à l'entretien et à l'éducation de son enfant de sa naissance au mois de juin 2021, date de séparation du couple. Pour justifier de cette contribution depuis sa séparation, M. B produit notamment des mandats attestant de virements mensuels au profit de la mère de son enfant, de juillet 2021 à novembre 2021, ainsi qu'au demeurant postérieurement à la décision attaquée. Le requérant doit ainsi être regardé comme justifiant qu'il participe à l'entretien et à l'éducation de sa fille, la préfète du Tarn ne pouvant au demeurant exiger une telle justification pour la période de vie commune de M. B avec la mère de son enfant et ce dernier. Ensuite, M. B a été mis en cause le 15 juin 2021 pour des faits de violences conjugales et de violence sur mineur de moins de quinze ans sans incapacité, et le 13 septembre 2021 pour reconnaissance et mariage dans le but d'obtenir un titre de séjour. Toutefois, alors que le requérant n'a pas été condamné pour ces faits, il ne ressort pas des pièces du dossier que le comportement de M. B constituait, à la date de la décision attaquée, une menace pour l'ordre public. Dès lors, dans les circonstances de l'espèce, M. B est fondé à soutenir que la préfète du Tarn a fait une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il ne justifiait pas de la contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant et qu'il constituait une menace pour l'ordre public.
8. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 26 octobre 2021 de la préfète du Tarn refusant de délivrer un titre de séjour à M. B doit être annulée. Par voie de conséquence, les décisions obligeant le requérant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination, privées de base légale, doivent également être annulées.
Sur les conclusions aux fin d'injonction et d'astreinte :
9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".
10. L'exécution du présent jugement implique nécessairement, eu égard au motif fondant l'annulation de l'arrêté du 26 octobre 2021, qu'il soit enjoint au préfet du Tarn de réexaminer la situation de M. B, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les dépens :
11. La présente instance n'ayant pas donné lieu à la liquidation de dépens, les conclusions de M. B présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1 : L'arrêté de la préfète du Tarn du 26 octobre 2021 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Tarn de réexaminer la situation de M. B dans le délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera la somme de 1 500 euros à M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Tarn.
Délibéré après l'audience du 21 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.
La rapporteure,
N. A
La présidente,
F. HÉRY
La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026