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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106774

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106774

vendredi 10 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106774
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 6
Avocat requérantDURAND

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2021, et un mémoire enregistré le 10 février 2023, M. A M'Hamdi, représenté par Me Durand, demande au tribunal :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler la décision du 21 septembre 2021 par laquelle la commission de médiation de la Haute-Garonne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement social soit reconnue prioritaire et urgente dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation de la Haute-Garonne de procéder au réexamen de sa demande dans le délai de sept jours suivant la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à lui-même, sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'il n'était pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il appartient à l'autorité administrative d'établir que la décision attaquée a été rendue au terme

d'une délibération régulière au regard des dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen individualisé de sa situation ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L.441-2-3, II et R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation.

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire enregistré le 9 février 2023, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. M'Hamdi a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 5 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Poupineau, vice-présidente, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a décidé de dispenser le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Poupineau, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été fixée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. M'Hamdi a saisi la commission de médiation de la Haute-Garonne d'un recours tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue urgente et prioritaire en application du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 21 septembre 2021, la commission de médiation a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. M'Hamdi demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle, en date du 5 juillet 2022,

M. M'Hamdi a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande tendant à être admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Aux termes de l'article L. 441-2-3 du même code : " () II.-La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, () ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 de ce code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes :-ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; () -avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; () La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. "

4. Il résulte des dispositions citées au point ci-dessus que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 de ce code. Dès lors que l'intéressé remplit ces conditions, la commission de médiation doit, en principe, reconnaître le caractère prioritaire et urgent de sa demande.

5. En premier lieu, la décision attaquée mentionne le fondement légal sur lequel elle repose ainsi que les motifs de fait ayant conduit la commission de médiation à rejeter le recours amiable de M. M'Hamdi. Elle est par suite suffisamment motivée au regard des exigences des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.

6. En deuxième lieu, en se bornant à soutenir qu'il appartient à l'autorité administrative d'établir que la décision attaquée a été rendue au terme d'une délibération régulière au regard des dispositions des articles L. 441-2-3 et R. 441-13 du code de la construction et de l'habitation, M. M'Hamdi n'invoque aucune irrégularité précise qui serait susceptible d'exercer une influence sur la décision attaquée ou de le priver d'une garantie. Par ailleurs, le préfet de la Haute-Garonne a joint à son mémoire en défense le procès-verbal de la séance de la commission du 21 septembre 2021 qui a statué sur le recours amiable de M. M'Hamdi. Ce dernier n'a pas développé davantage son moyen à la suite de la communication du procès-verbal de la commission. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté.

7. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier ainsi que de la motivation de la décision en litige, que la commission de médiation a procédé à un examen individualisé de la situation de M. M'Hamdi avant de statuer sur la demande dont elle était saisie.

8. En quatrième lieu, M. M'Hamdi a présenté un recours amiable devant la commission de médiation de la Haute-Garonne en faisant valoir d'une part, qu'il était menacé d'expulsion et d'autre part, que le délai de 36 mois applicable à sa demande de logement social était dépassé. Pour rejeter, par la décision contestée, le recours amiable de M. M'Hamdi, la commission de médiation de la Haute-Garonne a relevé que l'expulsion invoquée dans le recours n'était pas établie en l'absence de jugement d'expulsion et que l'intéressé avait refusé plusieurs propositions de logement.

9. D'une part, le requérant n'établit pas avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion de son logement. D'autre part, il ressort des pièces du dossier qu'il a refusé deux logements qui lui avaient été proposés en 2021 au sein de la ville de Toulouse. La circonstance invoquée par M. M'Hamdi tenant à ce que son fils, qui est en situation de handicap, a besoin d'avoir sa propre chambre, ne permet pas de regarder le premier logement proposé, qui comporte quatre pièces, comme inadapté à la composition du foyer de M. M'Hamdi, qui a quatre enfants à charge. De même, s'il fait valoir que le second logement qu'il a refusé n'est pas desservi par un ascenseur et n'est ainsi pas adapté à ses besoins en raison de son handicap, il n'a produit aucune pièce permettant d'apprécier les problèmes d'accessibilité dont il se prévaut. Ainsi, M. M'Hamdi ne justifie pas s'être trouvé, à la date de la décision attaquée, dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

10. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la commission de médiation de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. M'Hamdi.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. M'Hamdi n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de la commission de médiation de la Haute-Garonne du 21 septembre 2021. Par suite, sa requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. M'Hamdi.

Article 2 : La requête de M. M'Hamdi est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A M'Hamdi, à Me Durand et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 mars 2023.

La magistrate désignée,

V. POUPINEAU

La greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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