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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106787

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106787

jeudi 27 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106787
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantJOUBIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 novembre 2021 et le 10 janvier 2022, M. F, représenté par Me Joubin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 mai 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de réexaminer sa situation, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, à compter de la date du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1500 euros à payer à son conseil Me Joubin au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat prévue en la matière, et à défaut d'aide juridictionnelle totale, mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros au seul visa de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Les décisions attaquées :

- émanent d'un signataire incompétent ;

- méconnaissent son droit à être entendu tel que garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et d'une erreur de droit en méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 en ce que M. D justifie des conditions propres à bénéficier d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " ;

Les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination :

- sont dépourvues de bases légales en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 décembre 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 17 juin 2022 la clôture d'instruction a été fixée au 1er juillet 2022.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Cohen, représentant M. D.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant algérien né en novembre 1987, serait entré en France le 24 mars 2019 muni d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 24 mars 2019 au 2 avril 2019. Il a sollicité le 15 décembre la délivrance d'un certificat de résidence portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et d'un certificat de résidence en qualité de salarié sur le fondement de l'article 7 du même accord. Le 18 mai 2021, le préfet de la Haute-Garonne a pris à son encontre un arrêté portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans le délai de 30 jours et fixation du pays la mesure d'éloignement. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire:

2. M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°31-2020-290 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de la Haute-Garonne a donné à Mme C B, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer tous les actes relevant des attributions de l'Etat dans le département et notamment tous les actes, demandes et requêtes pris en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été prises par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En second lieu, M. D soutient que son droit à être entendu a été méconnu, dès lors que l'arrêté litigieux se fonde sur les éléments de sa situation tels qu'exposés dans le procès-verbal du 5 octobre 2020, soit antérieurement à son dépôt de demande de titre, le 15 octobre 2020. Toutefois, l'intéressé avait la possibilité dès le dépôt de sa demande de titre de séjour, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile ou tous éléments nouveaux. Le droit d'être entendu, ainsi satisfait avant que n'intervienne le refus de titre de séjour, n'impose pas à l'administration de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations sur l'obligation de quitter le territoire prise concomitamment et en conséquence du refus de titre de séjour. Dans ces conditions, les décisions attaquées n'ont pas méconnu le droit d'être entendu de M. D et ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

5. D'une part, aux termes des dispositions du 5° l'article 6 de l'accord précité : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : (5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". ,

6. D'autre part, si l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressée, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. M. D serait entré en France le 24 mars 2019 à l'âge de 31 ans selon ses déclarations. Si l'intéressé se prévaut de la présence en France de sa mère, de son beau-père et de quatre demi-frères et sœurs avec qui il vit depuis son arrivée sur le territoire français, ainsi que d'efforts d'intégration tenant à ses progrès dans l'apprentissage du français et à sa qualité de bénévole au sein de la Croix-Rouge française, il ressort des pièces du dossier que M. D est célibataire, sans charge de famille et qu'il a passé la plus grande partie de sa vie en Algérie. Compte tenu de l'entrée récente de l'intéressé en France et de ses conditions de séjour, le préfet, en refusant de lui délivrer le certificat de résidence demandé, n'a commis ni erreurs de droit et d'appréciation dans l'application des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ni erreur manifeste d'appréciation dans l'usage de son pouvoir de régularisation.

En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination:

8. La décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, les décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixation du pays de renvoi prises en conséquence ne sont aucunement dépourvues de bases légale, et ces moyens doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction ainsi que les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle de M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à Me Joubin et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 13 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 octobre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

V. JORDA

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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