vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106824 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | AMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 24 novembre 2021 et le 15 mars 2022, M. C A, représenté par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 avril 2021 par lequel le Préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'enjoindre au Préfet de la Haute-Garonne, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation en lui délivrant une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard dès la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée faute de mentionner ses liens personnels et familiaux et de viser l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'erreur de droit faute d'examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration et celles de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car il a été privé d'une garantie en l'absence d'indication de pièces manquantes à l'appui de sa demande ;
- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile car le préfet de la Haute-Garonne aurait dû prendre en compte les critères de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle ;
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle est privée de base légale dès lors que la décision de refus de délivrance de titre de séjour est illégale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.
Par une ordonnance en date du 27 juin 2022, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 15 juillet 2022.
Par une décision du 28 octobre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Quessette, rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, de nationalité albanaise, né en 1980, est entré en France selon ses déclarations le 11 avril 2017, accompagné de son épouse, Mme D A, née en 1989, et de leurs enfants nés en 2011 et 2014. Leurs demandes d'asile déposées le 15 mai 2017 ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 30 juin 2017, rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile le 6 novembre 2017. M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français en date du 27 décembre 2017, confirmée par un jugement du tribunal administratif de Montpellier rendu le 27 avril 2018 sous le n° 1801276 et une ordonnance de la présidente de la cour administrative d'appel de Marseille rendue le 13 février 2019 sous le n° 18MA03966. Par un arrêté du 19 juillet 2018, le préfet des Pyrénées-Orientales a assigné M. et Mme A à résidence pour 6 mois. Le préfet de la Haute-Garonne a pris un arrêté en date du 20 mai 2019 à leur encontre portant obligation de quitter le territoire français sans délai assorti de leur assignation à résidence, décision confirmée par jugement du tribunal rendu le 24 mai 2019 sous les nos 1902769 et 1902770. Le 29 janvier 2020, M. A a sollicité son admission au séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des articles L. 313-10 et L. 313-14 de ce code. Par arrêté du 12 avril 2021, le Préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour d'une durée d'un an.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance de titre de séjour :
2. En premier lieu, selon les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". L'article L. 211-5 du même code dispose que " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
3. L'arrêté attaqué, qui vise les dispositions juridiques applicables à la situation de l'intéressé, précise également les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait. La décision est dès lors suffisamment motivée, la circonstance qu'elle ne vise pas l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ou ne mentionne pas de manière détaillée la situation des enfants de l'intéressé étant sans incidence sur le bien-fondé de ce moyen. Par suite, celui-ci doit être écarté.
4. En deuxième lieu, le moyen d'erreur de droit tiré du défaut d'examen de la situation du requérant n'est pas assorti de précisions suffisantes pour en apprécier la portée. En outre et en tout état de cause, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation du refus de titre de séjour, qui mentionne les différents éléments de la situation particulière de M. A, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation au regard de son droit au séjour. Ce moyen doit donc être écarté.
5. Aux termes des dispositions de l'article L. 313-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans leur rédaction alors applicable au litige : " une carte de séjour temporaire, d'une durée maximale d'un an, autorisant l'exercice d'une activité professionnelle est délivrée à l'étranger : 1° Pour l'exercice d'une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée, dans les conditions prévues à l'article L. 5221-2 du code du travail. Elle porte la mention " salarié " ". Selon les dispositions de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article R. 313-15 de ce code, dans sa rédaction alors applicable : " Pour l'application du 1° de l'article L. 313-10, l'étranger qui demande la carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " doit présenter à l'appui de sa demande, outre les pièces mentionnées aux articles R. 311-2-2 et R. 313-1, les pièces suivantes : () 2° Lorsqu'il réside sur le territoire français, un formulaire de demande d'autorisation de travail, pour la conclusion d'un contrat de travail à durée indéterminée avec un employeur établi en France correspondant à l'emploi sollicité. Ce formulaire est conforme au modèle fixé par arrêté du ministre chargé du travail. () ". Aux termes de l'article R. 5221-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable au litige : " Pour exercer une activité professionnelle salariée en France, les personnes suivantes doivent détenir une autorisation de travail lorsqu'elles sont employées conformément aux dispositions du présent code : / 1° Etranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse ; () ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code, dans sa rédaction alors applicable, " La demande d'autorisation de travail () est faite par l'employeur. () ". Aux termes de l'article R. 5221-15 de ce code : " La demande d'autorisation de travail mentionnée au I de l'article R. 5221-1 est adressée au moyen d'un téléservice au préfet du département dans lequel l'établissement employeur a son siège ou le particulier employeur sa résidence ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-17 du même code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " est subordonnée à la présentation d'un contrat de travail visé par l'autorité administrative et que la demande d'autorisation de travail d'un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet et jointe par l'étranger à l'appui de sa demande de titre de séjour.
6. Par ailleurs, aux termes de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration : " Lorsqu'une demande adressée à l'administration est incomplète, celle-ci indique au demandeur les pièces et informations manquantes exigées par les textes législatifs et réglementaires en vigueur. Elle fixe un délai pour la réception de ces pièces et informations. () ".
7. D'une part, pour refuser de délivrer à M. A un titre de séjour en qualité de salarié sur le fondement de l'article L. 313-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur le fait que le requérant ne disposait pas d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par le ministre chargé de l'emploi et que, en conséquence, l'intéressé ne remplissait pas les conditions requises pour pouvoir prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées. L'autorité préfectorale qui, ce faisant, n'a pas relevé l'absence de pièces à l'appui de la demande du requérant mais a procédé à une appréciation de sa situation, n'a donc pas estimé que sa demande était incomplète et n'avait ainsi pas à l'inviter à fournir des pièces à l'appui de l'instruction de sa demande. La décision attaquée n'est donc pas entachée de vice de procédure au regard des dispositions de l'article L. 114-5 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ce moyen doit être écarté.
8. D'autre part, M. A ne remplissant pas les conditions requises par l'article L. 313-10 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, faute de détention d'un visa de long séjour et d'un contrat de travail visé par le ministre chargé de l'emploi, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit est écarté.
9. En troisième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () / 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ; () ". Selon les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
10. M. A fait valoir, d'une part, qu'il résidait en France depuis quatre ans à la date de la décision attaquée en compagnie de son épouse et de ses deux enfants qui y sont scolarisés et, d'autre part, qu'il dispose d'une promesse d'embauche en qualité de maçon et exerce des activités de bénévolat, ainsi que des activités associatives, ce dont attestent d'ailleurs les nombreux témoignages et pétitions de soutien en sa faveur. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A comme son épouse, tous deux de nationalité albanaise, se trouvent en situation irrégulière sur le territoire français après avoir été l'objet de plusieurs mesures d'éloignement et que la demande de titre de séjour présentée par Mme A a également été rejetée par le préfet de la Haute-Garonne, rejet confirmé par un jugement du tribunal de ce jour. Il s'ensuit qu'aucun obstacle ne s'oppose à la reconstitution de la cellule familiale des deux époux en Albanie avec leurs deux enfants. Par ailleurs, si M. A produit une promesse d'embauche datée de trois semaines avant l'intervention de la décision attaquée, il ne ressort pas de cette seule pièce que l'intéressé, qui n'apparaît pas avoir travaillé depuis quatre ans en France et ne maîtrise pas la langue française, disposerait de perspectives d'insertion socioprofessionnelle. Enfin, M. A n'établit pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a donc pas méconnu les stipulations et dispositions précitées.
11. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors applicable : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2 ".
12. Les dispositions précitées de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable au litige, doivent s'interpréter en ce sens que, en présence d'une demande de régularisation présentée, sur le fondement de cet article par un étranger qui ne serait pas en situation de polygamie et dont la présence en France ne présenterait pas une menace pour l'ordre public, il appartient à l'autorité administrative de vérifier, dans un premier temps, si l'admission exceptionnelle au séjour par la délivrance d'une carte portant la mention " vie privée et familiale " répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard de motifs exceptionnels et, à défaut, dans un second temps, s'il est fait état de motifs exceptionnels de nature à permettre la délivrance, dans ce cadre, d'une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " ou " travailleur temporaire ". Dans cette dernière hypothèse, un demandeur qui justifierait d'une promesse d'embauche ou d'un contrat lui permettant d'exercer une activité professionnelle ne saurait être regardé, par principe, comme attestant, par là même, des " motifs exceptionnels " exigés par la loi. Il appartient, en effet, à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, d'examiner, notamment, si la qualification, l'expérience et les diplômes de l'étranger ainsi que les caractéristiques de l'emploi auquel il postule, de même que tout élément de sa situation personnelle dont l'étranger ferait état à l'appui de sa demande, tel que par exemple, l'ancienneté de son séjour en France, peuvent constituer, en l'espèce, des motifs exceptionnels d'admission au séjour.
13. D'une part, la circonstance que M. A réside en France avec son épouse et ses enfants et s'investisse dans des activités d'accompagnement scolaire de ses deux enfants et que ces derniers poursuivent leur scolarité avec succès, n'est pas suffisante pour caractériser une situation exceptionnelle ou humanitaire susceptible de relever des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, en se bornant à justifier d'une promesse d'embauche pour un emploi de maçon, M. A n'établit pas davantage, au vu de la qualification de cet emploi qu'il n'établit pas avoir occupé depuis 2014, l'existence de circonstances humanitaires ou exceptionnelles justifiant son admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur de droit ou d'erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions précitées.
14. En cinquième lieu selon les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions politiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant. Ces stipulations sont applicables non seulement aux décisions qui ont pour objet de régler la situation personnelle d'enfants mineurs mais aussi à celles qui ont pour effet d'affecter, de manière suffisamment directe et certaine, leur situation.
15. M. A, fait valoir que l'intérêt supérieur de ses deux enfants mineurs scolarisés à Toulouse implique que lui et son épouse soient autorisés à se maintenir en France à leurs côtés. Toutefois, la décision contestée n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de ses deux enfants, lesquels ont vocation à le suivre en Albanie, aux côtés de leur mère qui fait également l'objet d'une mesure d'éloignement, et où ils peuvent suivre une scolarité. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.
16. En sixième lieu, pour les motifs exposés aux points 10 et 12 du présent jugement, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'eu égard à ses qualifications professionnelles et à celles de son épouse ainsi qu'à la teneur de leurs attaches en France, le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation en refusant, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, de lui délivrer un titre de séjour.
17. En dernier lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, il ne peut utilement se prévaloir des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.
18. Il résulte de ce qui vient d'être dit aux points 10 et 12 du présent jugement que le requérant ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation. Il n'est donc pas fondé à invoquer l'application des dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 relative aux conditions d'examen des demandes d'admission au séjour déposées par des ressortissants étrangers en situation irrégulière dans le cadre des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
S'agissant du défaut de base légale :
19. Selon les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au litige : " I. L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un Etat membre de l'Union européenne, d'un autre Etat partie à l'accord sur l'Espace économique européen ou de la Confédération suisse et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 3° Si la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour a été refusé à l'étranger ou si le titre de séjour qui lui avait été délivré lui a été retiré ; () ".
20. La décision de refus de délivrance de titre de séjour n'étant, ainsi qu'il vient d'être dit, pas illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas dépourvue de base légale. Par suite, le moyen doit être écarté.
21. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 10 et 15 du présent jugement, M. A, n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou celles du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant susvisée. Ces moyens doivent donc être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
22. Selon les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
23. M. A soutient que lui et sa famille sont exposés à des risques de traitements inhumains et dégradants en cas de retour en Albanie en raison d'une menace de vengeance traditionnelle et d'un conflit foncier les opposant à un voisin. Cependant, l'intéressé ne verse au dossier aucune pièce établissant que lui et sa famille seraient personnellement exposés à des risques en cas de retour dans leur pays, alors que la Cour nationale du droit d'asile a rejeté leurs demandes de réexamen le 6 novembre 2017. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
24. Selon les dispositions, applicables au litige, du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " l'autorité administrative peut, par une décision motivée, assortir l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée maximale de deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français () La durée de l'interdiction de retour mentionnée aux premier, sixième et septième alinéas du présent III ainsi que le prononcé et la durée de l'interdiction de retour mentionnée au quatrième alinéa sont décidés par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
25. Il ressort des pièces du dossier que si M. A réside en France avec son épouse et ses enfants, il se trouve en situation irrégulière sur le territoire français et les attaches du couple sont limitées en raison notamment de la durée de leur séjour, qui se limitait à quatre ans à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, le requérant a fait l'objet, avec son épouse, de deux précédentes mesures d'éloignement en date des 27 décembre 2017 et 20 mai 2019, décisions qu'il n'a pas exécutées. Dès lors, et alors même que le requérant ne constitue pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Haute-Garonne pouvait valablement prendre à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par suite, la décision n'apparaît pas être disproportionnée et le moyen tiré de l'erreur d'appréciation doit être écarté.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 avril 2021 doivent être rejetées. Sa requête doit donc être rejetée.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
27. Les conclusions de la requête à fin d'annulation ne pouvant être accueillies, il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A.
Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
28. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme sollicitée par l'avocate du requérant au titre des frais exposés pour cette procédure. Les conclusions présentées au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sont rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de la Haute-Garonne et à Me Claude Amari de Beaufort.
Délibéré après l'audience du 6 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
M. Quessette, premier conseiller,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le rapporteur,
L. QUESSETTE
Le président,
P. GRIMAUD La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026