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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106852

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106852

mardi 20 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 25 novembre 2021 et le 25 septembre 2022, Mme F E, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dès la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme E soutient que :

- la décision de refus de séjour est entachée de vices de procédure, à défaut d'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration rendu collégialement, et dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin ayant établi le rapport médical n'a pas siégé au sein de ce collège ;

- cette décision méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'absence de prise en charge de son état de santé entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qu'elle ne peut pas bénéficier effectivement d'une prise en charge dans son pays d'origine ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme E ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 27 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 19 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- et les observations de Me Amari de Beaufort, représentant Mme E.

Considérant ce qui suit :

1. Mme E, ressortissante éthiopienne, qui s'est vue délivrer des autorisations provisoires de séjour entre le 24 mars 2021 et le 23 décembre 2021, a sollicité le 25 août 2021 la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 26 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé () ". Le premier alinéa de l'article R. 425-13 de ce code prévoit notamment que " Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège ".

3. D'une part, l'avis rendu par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) le 11 octobre 2021, sur la situation de Mme E, porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège de médecins. Cette mention du caractère collégial de l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire. Mme E n'apportant aucun élément de nature à remettre en cause le caractère collégial de cet avis, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un titre de séjour est entachée à cet égard d'un vice de procédure.

4. D'autre part, il ressort du bordereau de transmission de l'avis du collège de médecins, transmis par l'OFII au préfet de la Haute-Garonne, ainsi que de l'avis du 11 octobre 2021, que le rapport médical relatif à l'état de santé de la requérante a été établi par le Dr A, et que ce médecin n'a pas siégé au sein du collège composé des docteurs Sebille, Triebsch et Netillard. Par suite, le second vice de procédure relatif à la composition du collège de médecins de l'OFII doit être écarté.

5. En deuxième lieu, le collège de médecins de l'OFII a estimé, par son avis du 11 octobre 2021, que l'état de santé de Mme E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner de conséquence d'une exceptionnelle gravité. Mme E, qui a levé le secret médical, souffre de schizophrénie dysthymique, révélée en 2019 par une bouffée délirante aigüe, qui a pour conséquence des hallucinations auditives régressives, une tendance à l'isolement et des troubles du sommeil. Elle bénéficie en France d'un suivi psychiatrique, d'un traitement médicamenteux et de l'assistance quotidienne de sa sœur, qui est médecin. Les certificats médicaux qu'elle produit n'établissent toutefois pas que l'arrêt de ces traitements et accompagnements serait susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. A cet égard, si le certificat médical du 24 janvier 2022 du Dr C, psychiatre, mentionne qu'une interruption de son suivi et de son traitement neuroleptique " peut mener à une perte de contact avec la réalité, des interprétations délirantes, une errance, une hétéro ou auto agressivité ", ce certificat précise qu'il est très difficile d'assurer la prédictivité du risque lors de décompensations psychotiques et mentionne que Mme E a déjà arrêté son traitement à plusieurs reprises, sans indiquer quelles en ont été les conséquences. Par suite, dès lors que les documents qu'elle produit ne permettent pas d'établir que l'arrêt de son traitement serait susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité, la requérante n'est pas fondée à soutenir qu'en refusant de lui octroyer un titre de séjour, le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme E fait valoir qu'elle a besoin, en raison de sa pathologie, d'un accompagnement familial rapproché. S'il est certain que cet accompagnement peut être assuré en France par sa sœur, médecin, elle n'établit pas qu'elle ne peut pas être accompagnée, dans son pays d'origine, où elle a vécu jusqu'à l'âge de trente-neuf ans et où résident son père et l'un de ses frères. Dans ces conditions, et alors que Mme E réside en France depuis moins de deux ans à la date de l'arrêté litigieux, elle n'est pas fondée à soutenir que la décision lui refusant l'octroi d'un titre de séjour méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 portant refus de titre de séjour.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

10. Eu égard à ce qui est indiqué au point 5, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 7, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. Si Mme E fait valoir que son retour en Ethiopie l'exposerait à des traitements inhumains et dégradants faute d'accès aux soins, elle n'établit pas, ainsi qu'il a été dit au point 5, que l'arrêt de sa prise en charge est susceptible d'entraîner pour elle des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Le moyen ne peut, dès lors, qu'être écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 26 octobre 2021 fixant son pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de Mme E, n'implique aucune mesure d'exécution. Ses conclusions à fin d'injonction doivent, par suite, être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme E au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme F E et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2022.

La rapporteure,

S. D

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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