mardi 7 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2106860 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | SARASQUETA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 25 novembre et 7 décembre 2021, la commune de Toulouse, représentée par le cabinet Goutal, Alibert et associés, avocat, demande au tribunal :
1°) d'ordonner aux occupants sans titre, notamment à Mme B D, M. H G, Mme F E et M. C A et à tous occupants de leur chef, de libérer le logement de fonction situé 87 rue de Cugnaux à Toulouse (31300), sans délai à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
2°) de l'autoriser, une fois l'expulsion ordonnée et exécutoire, à entrer dans les lieux, au besoin avec l'assistance d'un serrurier et le concours de la force publique, et à procéder au transport et à la séquestration des effets personnels (meubles et objets) des occupants sans titre s'ils sont laissés sur place par les intéressés, en tout lieu, y compris dans un garde-meuble, aux frais, risques et péril des intéressés ;
3°) de mettre à la charge des occupants sans titre une somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur le litige tendant à ce qu'il soit ordonné aux occupants sans titre de quitter les lieux ;
- le bâtiment en cause, qui est un logement de fonction à destination de professeurs des écoles du complexe scolaire dans lequel il est situé, et qui n'a pas fait l'objet d'un déclassement, constitue une dépendance du domaine public communal ;
- aucun des occupants ne dispose d'un titre à occuper les lieux ;
- le maintien irrégulier des occupants sans titre dans le logement de fonction situé 87 rue de Cugnaux nuit gravement au fonctionnement normal du service public de l'éducation et créé un danger pour la sécurité des usagers et des professeurs, particulièrement dans un contexte de risque d'attentat terroriste ;
- les personnes occupant irrégulièrement les lieux sont à l'origine de détérioration sur l'aire d'agrément du logement et dans la cour même de l'école maternelle jouxtant le logement, fréquentée par des enfants en bas âge ;
- l'entretien de l'aire d'agrément du logement et de la cour ne peut plus se faire dans des conditions satisfaisantes par les services de nettoyage, qui ne peuvent entrer sur les lieux privatisés par les occupants sans titre.
Par un mémoire enregistré le 22 juillet 2022, M. H G, Mme F E, Mme B D et M. C A, représentés par Me Sarasqueta, demandent la mise hors de cause de M. A, à ce qu'il leur soit accordé un délai de six mois pour quitter les lieux à compter de la notification du jugement à intervenir et au rejet des conclusions de la commune de Toulouse relatives au prononcé d'une astreinte et aux frais liés à l'instance.
Ils soutiennent que :
- M. A a quitté les lieux ;
- ils ne contestent pas ne pas avoir de titre pour occuper les lieux et qu'une expulsion doit être prononcée ;
- ils sollicitent néanmoins qu'un délai de six mois leur soit octroyé pour quitter les lieux au regard de leur droit au respect de leur vie privée et familiale ; ils se trouvent dans une situation d'extrême précarité et de vulnérabilité ; leurs demandes de relogement adressées au 115 ont échoué.
Mme D, M. G, Mme E et M. A ont été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 7 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;
- le code général de la propriété des personnes publiques ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Molina-Andréo, présidente-rapporteure,
- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chapel, substituant Me Banel, représentant la commune de Toulouse.
Considérant ce qui suit :
1. La commune de Toulouse est propriétaire d'un complexe scolaire regroupant les écoles maternelle et élémentaire de la " Patte d'Oie " au sein duquel se trouve, au 87 rue de Cugnaux, un bâtiment à usage d'habitation, destiné à loger des professeurs des écoles. A la suite du départ de ce logement d'une professeure des écoles en juillet 2021, ce bâtiment a fait l'objet, à compter du mois d'août 2021, d'une occupation sans droit ni titre, constatée le 19 août 2021 par un huissier de justice. Par la présente requête, la commune de Toulouse demande, d'une part, d'ordonner aux occupants sans titre, notamment à Mmes et MM. D, G, E et A et à tous occupants de leur chef, de libérer sans délai le logement de fonction situé 87 rue de Cugnaux, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, d'autre part, de l'autoriser, une fois l'expulsion ordonnée et exécutoire, à entrer dans les lieux, au besoin avec l'assistance d'un serrurier et le concours de la force publique, et à procéder au transport et à la séquestration des effets personnels (meubles et objets) des occupants sans titre s'ils sont laissés sur place par les intéressés, en tout lieu, y compris dans un garde-meuble, aux frais, risques et péril des intéressés.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. Lorsque le juge administratif est saisi d'une demande tendant à l'expulsion d'un occupant d'une dépendance appartenant à une personne publique, il lui incombe, pour déterminer si la juridiction administrative est compétente pour se prononcer sur ces conclusions, de vérifier que cette dépendance relève du domaine public à la date à laquelle il statue. A cette fin, il lui appartient de rechercher si cette dépendance a été incorporée au domaine public, en vertu des règles applicables à la date de l'incorporation, et, si tel est le cas, de vérifier en outre qu'à la date à laquelle il se prononce, aucune disposition législative ou, au vu des éléments qui lui sont soumis, aucune décision prise par l'autorité compétente n'a procédé à son déclassement.
3. Avant l'entrée en vigueur de la partie législative du code général de la propriété des personnes publiques, intervenue le 1er juillet 2006, l'appartenance d'un bien au domaine public était, sauf si ce bien était directement affecté à l'usage du public, subordonnée à la double condition qu'il ait été affecté à un service public et spécialement aménagé en vue du service public auquel il était destiné.
4. Il résulte de l'instruction que le logement de fonction occupé par Mmes et MM. D, G, E et A est situé dans le complexe scolaire de la " Patte d'oie " à Toulouse. Cet immeuble, qui a été construit avant l'entrée en vigueur du code général de la propriété des personnes publiques, a fait l'objet d'un aménagement spécial en vue de son affectation au service public de l'enseignement. Si, depuis le 21 juillet 2021, le logement de fonction était vacant compte tenu du départ de la professeure des écoles l'ayant occupé pendant l'année scolaire, il ne résulte pas de l'instruction que ce bien ait fait l'objet depuis d'une décision de déclassement. Ainsi, le logement de fonction occupé par Mme D et autres fait partie du domaine public communal. Par suite, le litige relatif à l'expulsion des occupants de ce logement relève de la compétence de la juridiction administrative.
Sur l'exception de non-lieu partiel opposée en défense :
5. Si les défendeurs font valoir que M. A n'occupe plus le logement en cause, aucune des pièces produites ne permet de s'en assurer. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'expulsion présentent toujours un objet en ce qui le concerne. L'exception de non-lieu à statuer opposée à ce titre doit en conséquence être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'expulsion du domaine public :
6. Aux termes de l'article L. 2111-1 du code général de la propriété des personnes publiques : " Sous réserve de dispositions législatives spéciales, le domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 est constitué des biens lui appartenant qui sont soit affectés à l'usage direct du public, soit affectés à un service public pourvu qu'en ce cas ils fassent l'objet d'un aménagement indispensable à l'exécution des missions de ce service public ". Aux termes de l'article L. 2122-1 du même code : " Nul ne peut, sans disposer d'un titre l'y habilitant, occuper une dépendance du domaine public d'une personne publique mentionnée à l'article L. 1 ou l'utiliser dans des limites dépassant le droit d'usage qui appartient à tous. / () ". L'autorité propriétaire ou gestionnaire du domaine public est recevable à demander au juge administratif l'expulsion de l'occupant irrégulier de ce domaine.
7. Il incombe au juge administratif, saisi d'un litige relatif à l'expulsion d'occupant d'un logement de fonction situé dans un complexe scolaire, de prendre en compte, d'une part, la nécessité d'assurer le fonctionnement normal et la continuité du service public dont cet établissement public a la charge et, d'autre part, la situation des occupants en cause ainsi que les exigences qui s'attachent au respect de sa dignité et de sa vie privée et familiale.
8. Il est constant qu'en dépit de la sommation de quitter les lieux qui leur a été faite le 19 août 2021 par huissier de justice, plusieurs personnes dont Mmes et MM. D, G, E et A occupent, sans droit ni titre, le logement de fonction du complexe scolaire de la " Patte d'oie ". Dans ces conditions, la commune de Toulouse est fondée à demander leur expulsion.
9. Aux termes du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Lorsqu'il est saisi d'une demande d'expulsion d'occupants sans droit ni titre d'une dépendance du domaine public, il appartient au juge administratif, lorsque l'exécution de cette demande est susceptible de concerner des enfants, de prendre en compte l'intérêt supérieur de ceux-ci pour déterminer, au vu des circonstances de l'espèce, le délai qu'il impartit aux occupants afin de quitter les lieux. Ce délai doit ainsi être fixé en fonction, notamment, d'une part, des diligences mises en œuvre par les services de l'Etat aux fins de procurer aux personnes concernées, après leur expulsion, un hébergement d'urgence relevant des dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles ou, si les intéressés remplissent les conditions requises, un hébergement ou logement de la nature de ceux qui sont visés à l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et, d'autre part, de l'existence éventuelle d'un danger grave et imminent pour les occupants de l'immeuble du fait de leur maintien dans les lieux, de l'existence d'un projet d'affectation de l'immeuble à une activité d'intérêt général, dont l'occupation a pour effet de retarder la réalisation, ainsi que de la possibilité qui a été donnée à l'autorité administrative de procéder au recensement et à la définition des besoins des personnes concernées.
10. En l'espèce, les défendeurs, qui demandent un délai de six mois afin de quitter les lieux en faisant notamment état de la présence avec eux de plusieurs enfants, peuvent être regardés comme se prévalant des stipulations précitées du 1° de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Il résulte de l'instruction que les personnes occupant le bâtiment constituent deux familles auxquelles appartiennent effectivement deux jeunes enfants, de 19 mois et 5 ans, dont l'une est scolarisée. Dans ces circonstances et compte tenu également du temps qui leur a déjà été laissé pour organiser leur relogement, il y a seulement lieu d'accorder aux occupants sans titre un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification du présent jugement afin de leur permettre d'organiser leur départ et de réunir leurs effets personnels et mobiliers. Il y a également lieu d'ordonner l'évacuation dans le même délai d'un mois, aux frais des occupants sans titre, de leurs effets personnels. A défaut, la commune de Toulouse pourra procéder à l'enlèvement des biens laissés sur place par les intéressés à leurs frais, risques et périls et en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique.
11. Il résulte de tout ce qui précède qu'il y a lieu d'ordonner l'expulsion de l'ensemble des occupants sans droit ni titre du logement de fonction situé dans le complexe scolaire de la " Patte d'oie " de Toulouse, ainsi que l'évacuation de leurs effets personnels et mobiliers, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, faute de quoi, la commune de Toulouse de Toulouse pourra faire procéder à l'enlèvement des biens laissés sur place par les intéressés à leurs frais, risques et périls et en recourant, si nécessaire, au concours de la force publique. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit à la demande de la commune de Toulouse présentée sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : Il est enjoint à Mmes et MM. D, G, E et A et à tout occupant sans titre du logement de fonction du complexe scolaire de la " Patte d'oie ", situé 87 rue de Cugnaux à Toulouse, de quitter les lieux et d'évacuer leurs effets personnels dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. A défaut d'exécution volontaire par les intéressés, la commune de Toulouse pourra procéder à l'enlèvement d'office de leurs effets, à leurs frais, risques et périls, et si nécessaire avec le concours de la force publique.
Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Toulouse, à M. H G, à Mme F E, à Mme B D et à M. C A.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 14 novembre 2023.
La présidente-rapporteure,
B. MOLINA-ANDRÉO
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU
La greffière,
S. BALTIMORE
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026