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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106869

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106869

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106869
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLEGUEVAQUES GUILLAUME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 26 novembre 2021 et le 24 janvier 2022, Mme B A, représentée par Me Leguevaques, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée à l'issue de ce délai ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer, à titre principal, un titre de séjour temporaire d'un an, mention " vie privée et familiale ", sous astreinte de 150 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention salariée, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et, à titre infiniment subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros à son conseil, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne les moyens communs dirigés contre l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence de son auteur ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le préfet n'a pas tenu compte de sa situation réelle ;

- le préfet de la Haute-Garonne s'est cru à tort en situation de compétence liée en n'examinant pas sa requête sous l'angle de son droit au séjour du fait de sa vie privée et familiale et de son activité salariée ;

- cette décision méconnait les anciennes dispositions des articles L. 313-10 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'avère entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions des anciens articles L. 313-10 et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de titre qu'elle assortit ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que la requérante aurait dû être mise à même de présenter des observations écrites et orales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 7.2 de la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants tiers en séjour irrégulier en ce qu'un délai de départ volontaire plus long aurait dû être fixé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut à l'irrecevabilité de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est tardive ;

- aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Un mémoire en production de pièces, enregistré le 16 septembre 2022, présenté pour Mme A, n'a pas été communiqué.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 ;

- la directive 2008/115/CE du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures applicables dans les Etats membres au retour des ressortissants tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- et les observations de Me Leguevaques, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, née le 20 septembre 1988, ressortissante sénégalaise, est entrée en France le 7 juillet 2019 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de 30 jours valable du 2 juillet 2019 au 31 juillet 2019. L'intéressée a sollicité, le 28 mai 2020, son admission au séjour en France à titre humanitaire en faisant valoir son statut de victime de traite des êtres humains, sur le fondement de l'article L.425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée. Par la présente requête, l'intéressée sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 10 mai 2021 publié le même jour au recueil administratif spécial, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme F E, directrice des migrations et de l'intégration et, en cas d'absence ou d'empêchement de cette dernière, à Mme G C, son adjointe, en matière de police des étrangers, notamment de mesures d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué manque en fait.

3. En deuxième lieu, il résulte des termes mêmes des décisions contenues dans l'arrêté en litige qu'elles comportent les considérations de droit et de fait sur lesquelles elles se fondent et dont le préfet avait connaissance à la date de son édiction. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation, laquelle ne se confond pas avec le bien-fondé des motifs, ne peut donc qu'être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier, ni de la motivation de l'arrêté attaqué, que le préfet de la Haute-Garonne se serait abstenu de procéder à un examen sérieux et personnalisé de la situation de la requérante. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux de la situation de la requérante doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui dépose plainte contre une personne qu'il accuse d'avoir commis à son encontre des faits constitutifs des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme, visées aux articles 225-4-1 à 225-4-6 et 225-5 à 225-10 du code pénal, ou témoigne dans une procédure pénale concernant une personne poursuivie pour ces mêmes infractions, se voit délivrer, sous réserve qu'il ait rompu tout lien avec cette personne, une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / Elle est renouvelée pendant toute la durée de la procédure pénale, sous réserve que les conditions prévues pour sa délivrance continuent d'être satisfaites. " Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que l'étranger qui s'en prévaut ne peut prétendre à la délivrance d'une carte de séjour temporaire qu'à la condition que la procédure pénale qu'il a engagée soit toujours en cours à la date à laquelle l'autorité administrative se prononce sur sa demande.

6. Il est constant qu'une procédure pénale a été ouverte à la suite de la plainte déposée le 27 janvier 2020 par Mme A, pour des faits de violence et de traite d'êtres humains à des fins d'exploitation sexuelle et au proxénétisme. Il résulte des termes mêmes de l'arrêté attaqué qu'à la date de la décision attaquée cette plainte avait fait l'objet d'un classement sans suite, le 26 mars 2021, en raison de l'absence d'éléments probants de nature à corroborer les dires de l'intéressée, ce que l'intéressée ne conteste pas. Un tel classement caractérise l'achèvement de la procédure pénale au sens et pour l'application des dispositions précitées. Dans ces conditions, et en dépit de ce que la requérante n'aurait, selon ses dires, pas été directement avisée de cette décision de classement, le préfet de la Haute-Garonne, en refusant de délivrer la carte de séjour sollicitée par la requérante, n'a, en toute hypothèse, pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

7. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que la requérante n'a pas sollicité de titre de séjour sur le fondement de l'admission exceptionnelle au séjour ou de sa vie privée et familiale et que le préfet, qui n'y était pas tenu, n'a pas entendu, dans le cadre de ses pouvoirs propres, examiner sa situation sur ces autres fondements. Il en résulte que Mme A ne peut utilement s'en prévaloir à l'encontre du refus de titre de séjour qui lui a été opposé. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation en ne se prononçant pas sur une demande d'admission exceptionnelle au séjour au regard des stipulations de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et des dispositions désormais en vigueur des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne peuvent qu'être écartés.

8. En troisième et dernier lieu et d'une part aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. " D'autre part, il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation au titre de la vie privée et familiale.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France récemment à l'âge de 31 ans. Si la requérante se prévaut de la présence sur le territoire national de son frère et de sa tante, ressortissants français, et de sa sœur, titulaire d'une carte de résidente de 10 ans, elle ne démontre pas entretenir de liens affectifs ou d'une particulière intensité avec eux. En outre, elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident, selon ses propres déclarations, sa fille mineure, ses parents et ses autres sœurs. En outre, Mme A ne justifie pas disposer sur le territoire national d'attaches particulièrement intenses, anciennes et stables. Si la requérante se prévaut de deux contrats de travail dont un à durée indéterminée et à temps partiel avec l'entreprise Maison et service, en qualité d'assistante ménagère, cet élément n'est pas, à lui seul, de nature à justifier d'une intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, alors que le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne procédant pas à la régularisation de la situation de Mme A au regard de son pouvoir discrétionnaire de régularisation, la requérante n'est pas non plus fondée à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité de la décision portant refus de séjour, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait dépourvue de base légale.

11. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 425-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées.

12. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas méconnu les stipulations de l'article 42 de l'accord franco-sénégalais du 23 septembre 2006 et les dispositions des articles L. 435-1 et L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 9, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation ni méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il ressort du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français, et des décisions par lesquelles l'administration octroie ou refuse un délai de départ volontaire, fixe le pays à destination duquel il sera reconduit et prononce une interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, les articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, qui fixent les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en application de l'article L. 211-2 du même code, ne sauraient être utilement invoqués à l'encontre de décisions portant obligation de quitter le territoire français, refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, portant fixation du pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français.

15. En second lieu et d'une part, aux termes de l'article 7 de la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 : " 1. La décision de retour prévoit un délai approprié allant de sept à trente jours pour le départ volontaire, sans préjudice des exceptions visées aux paragraphes 2 et 4. Les États membres peuvent prévoir dans leur législation nationale que ce délai n'est accordé qu'à la suite d'une demande du ressortissant concerné d'un pays tiers. Dans ce cas, les États membres informent les ressortissants concernés de pays tiers de la possibilité de présenter une telle demande () / 2. Si nécessaire, les États membres prolongent le délai de départ volontaire d'une durée appropriée, en tenant compte des circonstances propres à chaque cas, telles que la durée du séjour, l'existence d'enfants scolarisés et d'autres liens familiaux et sociaux () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. "

16. Le délai de trente jours dont dispose un étranger pour quitter volontairement le territoire français correspond au délai de droit commun en application des dispositions mentionnées au point précédent. Mme A n'apporte aucun élément sérieux de nature à justifier de la nécessité de lui accorder un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, alors que ce délai correspond au délai de préavis qu'elle invoque. Les moyens tirés de la méconnaissance des articles précités et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés.

17. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 11 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent par suite être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Haute Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

T. D

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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