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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106874

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106874

jeudi 20 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106874
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBAHLER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2021, Mme D E épouse C A, représentée par Me Bahler, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le paiement de la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une insuffisance de motivation ;

- il est entaché d'un défaut d'examen de la situation de la requérante ;

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations des alinéas 5 et 7 de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision contestée est privée de base légale en raison de l'illégalité qui affecte la décision de refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- la décision contestée est privée de base légale en raison de l'illégalité qui affecte les décisions de refus de séjour et portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- le préfet, qui n'a pas examiné sérieusement la situation du requérant, s'est placé à tort dans une situation de compétence liée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B ;

- et les observations de Me Bahler, représentant Mme E épouse C A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D E épouse C A, née le 5 octobre 1961, de nationalité algérienne, est entrée en France le 10 mars 2020, sous le couvert d'un passeport revêtu d'un visa court séjour valable du 25 février 2020 au 10 avril 2020. Elle a bénéficié de l'autorisation de prolonger son séjour en France jusqu'au 31 décembre 2020 compte tenu des restrictions de circulation et des mesures sanitaires mises en place dans le cadre de la crise sanitaire liée à la Covid-19. Parallèlement, l'intéressée a sollicité, le 18 mai 2020, son admission au séjour en raison de son état de santé sur le fondement de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien. Mme E a bénéficié d'une autorisation provisoire de séjour renouvelée pendant six mois et valable jusqu'au 26 mai 2021. Le 5 février 2021, l'intéressée a sollicité de nouveau son admission au séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 8 octobre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par la présente requête, Mme E sollicite l'annulation de cet arrêté dans toutes ses dispositions.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme E a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 26 avril 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a donc plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

3. En premier lieu, et alors que le caractère suffisant de la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, l'arrêté en litige comporte, en l'espèce, les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté attaqué, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle du requérant, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée.

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : ()/ 7) Au ressortissant algérien résidant habituellement en France dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays (). "

6. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tout élément permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine notamment au vu de ces échanges et éléments contradictoires. En cas de doute et notamment lorsque le secret médical a été levé par l'intéressé, il lui appartient, le cas échéant, de compléter ces éléments en ordonnant toute mesure d'instruction utile.

7. Pour refuser le titre de séjour sollicité, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur l'avis rendu le 21 septembre 2021 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui a considéré que si l'état de santé de l'intéressée nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, elle peut toutefois effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Pour remettre en cause cette appréciation, Mme E produit un compte rendu d'examen et un certificat du docteur M., oncologue, qui indique que la requérante a été prise en charge pour un cancer du sein gauche il y a six mois, qu'elle est actuellement sous hormonothérapie adjuvante et que son suivi nécessite des examens tous les six mois à l'oncopôle mais ne porte aucune appréciation divergente de celle émise par l'OFII s'agissant de la disponibilité des soins dans son pays d'origine. La requérante n'établit ni n'allègue, de surcroît, ne pas être en mesure d'accéder au traitement approprié à son état. Si Mme E produit, par ailleurs, des articles de presse relatifs à la prise en charge des personnes atteintes d'un cancer en Algérie, ces documents à caractère très général, ne sont pas de nature à justifier qu'elle ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne, en refusant de délivrer à Mme E un certificat de résidence en qualité d'étranger malade, n'a pas méconnu les stipulations de l'article 6 (7°) de l'accord franco-algérien ni entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

8. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme E aurait sollicité son admission au séjour au titre de sa vie privée et familiale et le préfet ne s'est pas prononcé d'office sur une éventuelle admission à ce titre. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien susvisé, qui est inopérant, doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de l'examen de la légalité de la décision portant refus de délivrance du titre de séjour que Mme E n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de cette décision à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

11. Mme E se prévaut de la présence de son époux en France, compatriote, qui souffre de plusieurs pathologies. Il ressort toutefois des pièces du dossier que celui-ci a également fait l'objet, le 8 octobre 2021, d'un arrêté portant refus de séjour en qualité d'étranger malade ou d'accompagnant d'étranger malade, obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixation du pays de renvoi. Ainsi, la requérante ne fait état d'aucun élément qui ferait obstacle à ce que sa cellule familiale se reconstitue dans son pays d'origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident, a minima, trois de ses enfants. Par ailleurs, si l'intéressée se prévaut de la nationalité française de son père et de la présence d'un de ses enfants, majeur, en France, ces éléments ne lui confèrent aucun droit au séjour. Présente en France depuis un an à la date de la décision contestée, la requérante ne démontre aucune intégration particulière sur le territoire français. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. " Ce moyen en tant qu'il est dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet ou pour effet de l'éloigner vers un pays déterminé, et non à l'encontre de la décision fixant le pays de renvoi, est inopérant.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

13. En premier lieu, en l'absence d'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, Mme E n'est pas fondée à soutenir que la décision fixant le délai de départ volontaire serait dépourvue de base légale.

14. En deuxième lieu, selon les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. "

15. Mme E allègue qu'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours aurait dû lui être accordé eu égard aux diligences rendues nécessaires par sa situation personnelle. Néanmoins, elle ne fait valoir aucun élément permettant de retenir l'existence de circonstances particulières de nature à justifier l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur au délai de droit commun. En conséquence, la décision litigieuse n'est pas entachée d'une erreur de droit ni d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

16. En dernier lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée, qui mentionne explicitement des circonstances propres à la situation personnelle de la requérante, ni des pièces du dossier, que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressée ou se serait placé en situation de compétence liée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme E n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent par suite être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions qu'elle présente à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de Mme E tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme E est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E épouse C A, et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 28 septembre 2022 à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 octobre 2022.

Le président-rapporteur,

T. B

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

S. HECHT

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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