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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106903

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106903

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106903
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantMOMASSO MOMASSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2021, M. G F, représenté par Me Momasso Momasso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. F soutient que :

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée méconnait les dispositions du point 2. de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est insuffisamment motivée au regard des dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. F, ressortissant algérien né le 8 novembre 1988, est entré en France selon ses déclarations en juin 2018. Il a sollicité le 29 septembre 2021 la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français, par suite de son mariage le 3 octobre 2020 à Fonsorbes avec Mme B. M. F demande l'annulation de l'arrêté du 8 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision de refus de séjour :

2. En premier lieu, par arrêté réglementaire du 20 septembre 2021 publié au recueil des actes administratifs spécial du 21 septembre 2021 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de la Haute-Garonne a donné délégation à Mme E D, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer, en matière de police des étrangers, les décisions de refus de séjour à quelque titre que ce soit, les mesures d'éloignement et les arrêtés portant décision fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit :/ () 2. Au ressortissant algérien, marié avec un ressortissant de nationalité française, à condition que son entrée sur le territoire français ait été régulière, que le conjoint ait conservé la nationalité française, et, lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, qu'il ait été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français () ".

4. Il résulte de ces stipulations que la délivrance d'un certificat de résidence d'un an à un ressortissant algérien en qualité de conjoint de français est subordonné à la justification d'une entrée régulière sur le territoire français.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. F, qui au demeurant ne le conteste pas, ne justifie pas être entré régulièrement sur le territoire français. Par suite, le préfet de la Haute-Garonne a pu, sans méconnaitre les stipulations précitées de l'article 6 de l'accord franco-algérien et sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, lui refuser la délivrance d'un certificat de résidence en qualité de conjoint de français.

6. En troisième lieu, si M. F soutient que le préfet de la Haute-Garonne a commis une erreur de fait en mentionnant dans la décision attaquée qu'aucun enfant n'est né de son union avec Mme B, alors que celle-ci est enceinte depuis le 10 avril 2021, il n'établit pas avoir informé les services de la préfecture de cette situation. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que, comme il vient d'être dit, la décision attaquée est fondée sur l'absence d'entrée régulière de M. F sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

7. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Il ressort des pièces du dossier que M. F déclare être entré en France en juin 2018 sans en justifier. Il se prévaut de son mariage le 3 octobre 2020 avec une ressortissante française avec laquelle il partagerait une communauté de vie depuis 2019, sans toutefois établir, par les pièces qu'il produit, l'ancienneté de cette relation. M. F se prévaut également de l'intensité des liens avec les deux enfants de son épouse, issus d'une précédente relation, et de la naissance à venir de leur enfant. Toutefois, eu égard au caractère récent du mariage du requérant à la date de la décision attaquée, et alors qu'il ne justifie d'aucun obstacle à ce qu'il puisse solliciter la délivrance d'un visa depuis son pays d'origine, et ainsi revenir en France auprès de son épouse après avoir obtenu un tel visa, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en prenant la décision attaquée, porté au droit de M. F au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit en tout état de cause être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de séjour étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour, doit être écarté.

11. En second lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ". L'article L. 613-1 du même code dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée./ Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de la celle de la décision relative au séjour () ".

12. Il ressort des pièces du dossier que la décision de refus de séjour prise à l'encontre de M. F comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour, et est ainsi suffisamment motivée. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français serait insuffisamment motivée, doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision obligeant M. F à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

14. Les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. F à quitter le territoire français étant rejetées, le seul moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tiré de son défaut de base légale, en raison de l'illégalité de cette décision, doit être écarté. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Les conclusions à fin d'annulation de M. F étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

16. Les conclusions de M. F tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G F, à Me Momasso Momasso et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

F. A

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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