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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2106951

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2106951

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2106951
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBARBOT-LAFITTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er décembre 2021, Mme D B, représentée par Me Barbot-Lafitte, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français à l'exception du département de Mayotte, dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de 15 jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme B soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

S'agissant de la décision de refus de séjour :

- le préfet de la Haute-Garonne n'a pas procédé à un examen réel et complet de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation du caractère sérieux de ses études ;

- la décision attaquée viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 avril 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante malgache née le 15 octobre 1997, qui vivait à Mayotte avec sa mère, a bénéficié à La Réunion d'un titre de séjour en qualité d'étudiante valable du 2 février 2018 au 1er février 2019. Elle est entrée en France métropolitaine le 24 août 2018, son titre de séjour en qualité d'étudiante étant régulièrement renouvelé jusqu'au 30 septembre 2020. Elle a sollicité le 7 juillet 2021 la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salariée puis d'étudiante. Mme B demande l'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter le territoire français à l'exception du département de Mayotte dans un délai de 30 jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme B et l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation de la requérante, a ainsi suffisamment motivé son arrêté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de l'arrêté attaqué ni des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de Mme B avant de prendre la décision de refus de séjour attaquée.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "étudiant" d'une durée inférieure ou égale à un an./ En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle. ". Il appartient à l'autorité administrative saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour en qualité d'étudiant, de rechercher, à partir de l'ensemble des pièces du dossier et sous le contrôle du juge, si l'intéressé peut être raisonnablement regardé comme poursuivant effectivement des études sur le territoire français et d'apprécier le caractère réel et sérieux des études poursuivies.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'après avoir obtenu son baccalauréat à Mayotte, Mme B s'est inscrite pour l'année universitaire 2017-2018 en première année de licence en droit à l'université de La Réunion, puis au titre de l'année universitaire 2018-2019 en première année de licence en sociologie à l'université Paul Valéry Montpellier 3, pour l'année universitaire 2019-2020 en première année de licence de gestion appliquée et sciences humaines et sociales à l'université Toulouse-Jean Jaurès et enfin, pour l'année universitaire 2020-2021 en première année de licence en sciences du langage. Outre que le parcours ainsi suivi par la requérante ne présente pas un caractère cohérent, il ressort des bulletins de note produits par le préfet de la Haute-Garonne à l'appui de ses écritures en défense que Mme B n'a validé aucune de ces années, et qu'elle était absente à la majorité des épreuves d'admission en deuxième année de licence en sciences du langage. Si Mme B se prévaut de difficultés d'insertion lors de ses études à La Réunion et à Montpellier, elle n'en justifie pas. Elle n'établit pas non plus, par les éléments qu'elle produit, que le contexte sanitaire lié à la pandémie de Covid-19 ne lui aurait pas permis de poursuivre ses études ni, enfin, qu'elle aurait été dans l'impossibilité, eu égard aux difficultés financières dont elle fait état, d'exercer à titre accessoire une activité professionnelle salariée comme le lui permettait son titre de séjour. Enfin, la circonstance que son inscription à partir du 19 octobre 2021 en formation en apprentissage pour le métier de " secrétaire assistante médico-sociale " correspondrait à son profil et à ses aspirations est, en tout état de cause, sans incidence sur l'appréciation portée par le préfet sur l'absence de cohérence du parcours suivi et le manque de sérieux dans les études. Il en résulte qu'en refusant de délivrer à Mme B un titre de séjour en qualité d'étudiante, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation du parcours de la requérante.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme B, qui vivait habituellement à Mayotte avec sa famille, est entrée en France métropolitaine en août 2018 afin d'y poursuivre ses études. Si elle a été munie de cartes de séjour temporaires en qualité d'étudiante jusqu'en septembre 2020, celles-ci ne lui donnaient pas vocation à se maintenir sur le territoire métropolitain après la fin de ses études. La requérante est célibataire et sans charge de famille et n'établit pas être isolée à Mayotte, où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident sa mère ainsi que ses frères et sœurs. Par suite, eu égard à la durée et aux conditions de séjour en France métropolitaine de Mme B, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas, en prenant l'arrêté attaqué, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. En cinquième lieu, pour l'ensemble des motifs qui précèdent, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision de refus de séjour attaquée sur la situation de Mme B, doit être écarté.

10. En sixième lieu, pour les motifs qui précèdent, le moyen soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français et tiré du défaut de base légale de cette décision par suite de l'illégalité de la décision de refus de séjour, doit être écarté.

11. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision./ L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ".

12. Si Mme B soutient qu'un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours aurait dû lui être accordé, afin de lui permettre de poursuivre sa formation en apprentissage, cette circonstance n'est pas en l'espèce de nature, au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à justifier une telle prolongation. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en fixant ce délai à trente jours.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 octobre 2021 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

14. Les conclusions à fin d'annulation de Mme B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

15. Les conclusions de Mme B tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B, à Me Barbot-Lafitte et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

F. A

L'assesseure la plus ancienne,

N. SODDU La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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