vendredi 31 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107005 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP ALBAREDE ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 décembre 2021 et 22 décembre 2022, M. A B, représenté par Me Albarede, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le maire de Saint-Affrique-Les-Montagnes a refusé de lui délivrer un permis de construire un bâtiment d'élevage porcin sur un terrain situé lieu-dit " Boissié " ;
2°) d'enjoindre à la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes de lui délivrer le permis de construire sollicité ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut de base légale, dès lors que l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme sur lequel il se fonde n'est pas applicable dans les communes dotées d'un plan local d'urbanisme ;
- il ne peut être procédé à aucune substitution de motifs ;
- le projet n'entraînera aucune augmentation substantielle du trafic des poids-lourds, ni ne créera de risques pour la sécurité des usagers.
Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2022, la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes, représentée par Me Laurent, conclut au rejet de la requête, et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- l'arrêté attaqué peut légalement être fondé sur les dispositions du plan local d'urbanisme intercommunal de la communauté de communes du Sor et de l'Agoût identiques à celles de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme.
Par une ordonnance du 15 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Frindel ;
- et les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 avril 2021, M. B, exploitant agricole, a déposé une demande de permis de construire un bâtiment destiné à l'élevage porcin sur un terrain situé lieu-dit " Boissié " dans la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes (81). Par un arrêté du 4 octobre 2021, le maire a rejeté sa demande. Par la présente requête, M. B demande au tribunal l'annulation de cette décision.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. / Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic ". Selon l'article R. 111-1 du même code, les dispositions précitées ne sont pas applicables dans les territoires dotés d'un plan local d'urbanisme.
3. Ainsi que le fait valoir M. B, la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes étant couverte par un plan local d'urbanisme intercommunal, l'article R. 111-5 du code de l'urbanisme n'est pas applicable sur son territoire. Il est ainsi fondé à soutenir que le maire ne pouvait refuser le permis de construire sollicité sur le fondement de ces dispositions.
4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée.
5. En l'espèce, la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes fait valoir que la décision de son maire portant refus de permis de construire trouve également son fondement dans des dispositions du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi) de la communauté de communes du Sor et de l'Agoût, identiques à celles de l'article R. 111-5 précité du code de l'urbanisme. Elle doit à cet égard être regardée comme sollicitant que soient substituées aux dispositions de l'article R. 111-5 précité celles du § 7 " Desserte par les voies publiques ou privées " du III " Equipements et réseaux " des dispositions spécifiques du règlement du PLUi applicables en zone A.
6. Selon le § 7 du III des dispositions spécifiques du règlement du PLUi de la communauté de communes du Sor et de l'Agoût applicables en zone A, librement accessibles aux parties comme au juge sur le site internet de la communauté de communes : " 1- Accès / () Les accès doivent présenter des caractéristiques permettant de satisfaire aux exigences de la sécurité, de la défense contre l'incendie et de la protection civile et être adaptés à l'opération future. / () Les accès doivent être adaptés à l'opération et aménagés de façon à apporter la moindre gêne à la circulation publique () / 2- Voirie / Les voies doivent avoir des caractéristiques adaptées à l'approche des véhicules de secours, de lutte contre l'incendie et d'enlèvement des ordures ménagères. / Les dimensions, formes et caractéristiques techniques des voies privées doivent être adaptées aux usages qu'elles supportent ou aux opérations qu'elles doivent desservir. () ".
7. Il ressort des pièces du dossier que le projet porté par M. B concerne la construction d'un bâtiment d'élevage de 622 m² et d'une capacité de 448 porcs sur un terrain situé lieu-dit " Boissié ", dans une partie agricole de la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes. Le projet, desservi par une voie communale, prévoit un accès empierré de 10 mètres de large qui sera utilisé pour la circulation à l'intérieur du site, notamment pour la livraison et l'enlèvement des animaux, ainsi qu'une aire de manœuvre, destinée à limiter la gêne occasionnée à la circulation publique. Pour refuser le permis de construire sollicité, la commune a tout d'abord considéré que le projet était susceptible d'accroître le trafic des poids-lourds. Toutefois, elle ne quantifie pas le trafic actuel induit par la desserte et l'activité des deux exploitations agricoles et des quelques maisons d'habitation situées à Boissié, et n'apporte aucune précision quant à l'importance de l'augmentation de la circulation générée par le projet, alors que le requérant soutient, sans être contredit, qu'aucune rotation journalière n'est prévue. La commune a également retenu que la voie communale desservant l'installation n'était pas adaptée à la circulation des poids-lourds. Toutefois, elle ne démontre pas que cette voie n'aurait pas des caractéristiques adaptées à l'approche des véhicules de secours, de lutte contre l'incendie et d'enlèvement des ordures ménagères au sens des dispositions du règlement du PLUi citées au point précédent. En tout état de cause, il ne ressort pas des photographies produites par la commune que cette route, bien qu'étroite, ne permettrait pas le passage occasionnel de tels véhicules, ni, d'ailleurs, des bétaillères. Par ailleurs, la commune n'établit ni même n'allègue l'existence de difficultés actuelles résultant de la circulation des engins agricoles utilisés sur les deux exploitations précitées. La circonstance qu'en une unique occasion, un camion a été bloqué dans le fossé à proximité de la construction projetée, n'est pas suffisante pour démontrer l'inadaptation de cette voie de desserte. En outre, la limitation alléguée du tonnage des véhicules sur cette portion de voie n'est pas établie. La commune a enfin considéré que l'accès au projet sur le chemin rural pouvait présenter, du fait de sa configuration, de son positionnement et de l'intensité du trafic, un risque pour la sécurité des usagers. Toutefois, alors qu'elle n'apporte aucun élément de nature à caractériser l'existence d'un tel danger et que l'intensité du trafic n'est, ainsi qu'il a été dit, pas établie, le requérant fait valoir, sans être contredit, que la manœuvre des véhicules pourra s'effectuer dans l'enceinte même du site sur l'aire prévue à cet effet, et que l'accès, d'une largeur suffisante de dix mètres, permet une bonne visibilité. Il s'ensuit que, contrairement à ce que fait valoir la commune, les dispositions du § 7 du III des dispositions spécifiques du règlement du PLUi de la communauté de communes du Sor et de l'Agoût applicables en zone A ne sont pas de nature à fonder légalement la décision attaquée au regard des motifs de refus retenus. La substitution de base légale sollicitée par la commune doit donc être écartée.
8. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué n'est pas susceptible de fonder l'annulation prononcée.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 4 octobre 2021 par lequel le maire de Saint-Affrique-Les-Montagnes a rejeté sa demande de permis de construire.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Lorsque le juge annule un refus d'autorisation ou une opposition à une déclaration après avoir censuré l'ensemble des motifs que l'autorité compétente a énoncés dans sa décision conformément aux prescriptions de l'article L. 424-3 du code de l'urbanisme ainsi que, le cas échéant, les motifs qu'elle a pu invoquer en cours d'instance, il doit, s'il est saisi de conclusions à fin d'injonction, ordonner à l'autorité compétente de délivrer l'autorisation ou de prendre une décision de non-opposition. Il n'en va autrement que s'il résulte de l'instruction soit que les dispositions en vigueur à la date de la décision annulée, qui, eu égard aux dispositions de l'article L. 600-2 demeurent applicables à la demande, interdisent de l'accueillir pour un motif que l'administration n'a pas relevé, ou que, par suite d'un changement de circonstances, la situation de fait existant à la date du jugement y fait obstacle.
11. Le présent jugement censure le motif sur lequel le maire de Saint-Affrique-Les-Montagnes a fondé son arrêté de refus de permis de construire. Par ailleurs, il ne résulte pas de l'instruction qu'un autre motif soit susceptible de justifier la décision contestée, ni qu'un changement de circonstances de fait fasse obstacle à la délivrance de l'autorisation d'urbanisme sollicitée. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes de délivrer à M. B le permis de construire qu'il demande, dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes sur leur fondement. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes le versement à M. B d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 4 octobre 2021 du maire de Saint-Affrique-Les-Montagnes est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes de délivrer à M. B le permis de construire sollicité, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : La commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes versera à M. B une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Les conclusions présentées par la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la commune de Saint-Affrique-Les-Montagnes.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Poupineau, présidente,
Mme Rousseau, conseillère,
M. Frindel, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2024.
Le rapporteur,
T. FRINDEL
La présidente,
V. POUPINEAULa greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026