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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107008

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107008

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107008
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantGUEYE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2021, M. F D, représenté par Me Gueye, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " entrepreneur " dans un délai de trente jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits des enfants ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de droit en l'absence de prise en compte de l'ensemble des critères légaux ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le 1° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 10 décembre 2021.

Par ordonnance du 6 décembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 6 mars 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale de New-York relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R.732-1-1 du code de justice administrative.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien, est entré en France le 7 mars 2016 sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour. Le 28 avril 2016, il a sollicité son admission au bénéfice de l'asile sa demande a été rejetée en dernier lieu par une ordonnance de la Cour nationale du droit d'asile du 30 mars 2017. En conséquence, une mesure d'éloignement a été édictée à son encontre le 21 novembre 2017, qu'il n'a pas exécutée. Le 1er décembre 2020, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et du travail. Par un arrêté du 30 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la présente requête, M. D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Par une décision du 10 décembre 2021, M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, sa demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle est devenue sans objet. Dès lors, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

3. En premier lieu, par un arrêté du 15 décembre 2020 publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2020-290 de la préfecture de la Haute-Garonne, le préfet de ce département a donné à Mme E A, directrice des migrations et de l'intégration, délégation à l'effet de signer les décisions relatives à la police des étrangers et notamment celles concernant les refus de séjour, les mesures d'éloignement et les décisions les assortissant. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui mentionne les circonstances de droit et de fait qui en constituent le fondement et qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des circonstances relatives à la situation personnelle de M. D, est suffisamment motivé.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas de l'arrêté litigieux ni d'aucune pièce du dossier que le préfet de la Haute-Garonne ne se serait pas livré à un examen réel et sérieux de la situation de M. D. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

6. En premier lieu, l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit qu'une carte de séjour temporaire peut être délivrée à l'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir. Cet article, dès lors qu'il est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, ne s'applique pas aux ressortissants algériens, dont la situation est régie de manière exclusive par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Cependant, bien que cet accord ne prévoie pas de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, un préfet peut délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit et il dispose à cette fin d'un pouvoir discrétionnaire pour apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

7. Pour soutenir que le préfet de la Haute-Garonne aurait dû faire usage de son pouvoir discrétionnaire aux fins de régularisation de sa situation, M. D se prévaut de l'ancienneté de sa présence en France, plus de cinq ans à la date de la décision en litige. Toutefois, il est constant qu'il n'a été admis à séjourner sur le territoire français que pendant la durée de l'examen de sa demande d'asile, qu'il n'a pas exécuté une mesure d'éloignement édictée à son encontre le 21 novembre 2017 et s'est maintenu depuis lors en situation irrégulière. S'il se prévaut de liens personnels en France, en particulier de ce qu'il entretiendrait une relation avec une ressortissante française, il ne produit pour justifier de la réalité et de l'ancienneté de cette relation que cinq factures, établies entre mars et juillet 2020, relatives à un abonnement de téléphonie mobile faisant apparaître une domiciliation commune, alors pourtant qu'il s'est déclaré célibataire dans le formulaire de demande d'admission au séjour pourtant postérieur à ces factures. Au regard de ces seuls éléments, M. D n'établit pas disposer de liens d'une particulière intensité et ancienneté en France, alors qu'il a déclaré dans sa demande de titre de séjour que l'ensemble des membres de sa famille réside dans son pays d'origine. Par ailleurs, s'il se prévaut d'une promesse d'embauche pour un poste d'installateur de fibre optique, comme le préfet l'a relevé dans son arrêté, cet emploi est sans rapport avec sa formation en lettres et philosophie, et s'il ressort des pièces du dossier qu'il a exercé cette activité pendant treize mois en France entre 2019 et 2020, cette expérience n'est toutefois pas suffisamment significative tout comme ne l'est pas son projet d'auto-entreprise en matière d'installation électrique. Dans ces conditions, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de faire usage de son pouvoir de régularisation à l'égard de M. D.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point précédent, faute pour le requérant d'établir disposer de liens personnels d'une certaine intensité en France, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 7 du présent jugement, et alors que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où réside l'ensemble de sa famille, les moyens tirés de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés. Il en va de même du moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits des enfants, M. D n'établissant pas la relation de concubinage dont il se prévaut, et par suite, la réalité des liens l'unissant aux enfants de sa prétendue concubine.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an :

10. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire n'étant pas entachée d'illégalité, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, prise sur son fondement, est dépourvue de base légale ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, seule la durée de l'interdiction de retour, en application du huitième alinéa du III de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors applicable, doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés par ces dispositions, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. Il ressort de la décision attaquée que le préfet de la Haute-Garonne, après avoir relevé l'absence de comportement troublant l'ordre public, a mentionné les conditions de l'entrée et du séjour du requérant en France, son absence de liens anciens sur le territoire national et la non-exécution d'une précédente mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit en ce que le préfet ne se serait pas prononcé sur l'ensemble des critères légaux doit être écarté.

12. En troisième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 7 et 9 du présent jugement.

13. En quatrième et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance du 1° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant à l'encontre de la décision contestée et ne peut, en tout état de cause, être utilement invoqué par un ressortissant algérien.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. D à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle présentée par M. D.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F D, à Me Gueye et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 24 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

Mme B, magistrate honoraire,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

Le rapporteur,

A. C

La présidente,

V. POUPINEAULe greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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