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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107012

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107012

lundi 28 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107012
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantAGBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 décembre 2021, M. D A représenté par Me Agbé, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2021 par lequel le préfet du Lot a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Lot, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " étudiant " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retour, à titre subsidiaire, de lui délivrer dès la notification du jugement, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- elle n'est pas suffisamment motivée ; elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet ne pouvait, sans commettre d'erreur de fait, lui opposer l'absence de production d'un justificatif d'inscription dans un établissement scolaire alors que celui ne pouvait lui être délivré pour des raisons indépendantes de sa volonté ;

elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas suffisamment motivée en fait ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est dépourvue de base légale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité des décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire enregistré le 29 septembre 2022, le préfet du Lot conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Par une décision du 26 novembre 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- et les observations de Me Agbé, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant congolais, déclare être entré en France le 27 novembre 2019, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant. Le 18 novembre 2020, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour. Par un arrêté du 20 mai 2021, le préfet du Lot, après avoir examiné les droits au séjour de M. A au regard des dispositions des articles L. 422-1 et L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions de refus de titre de séjour, portant obligation de quitter le territoire français et fixant le délai de départ volontaire :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En vertu de l'article L. 211-5 du même code, la motivation doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision.

3. Aux termes de son arrêté, le préfet du Lot a visé les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. A. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de l'intéressé, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré que M. A ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'il sollicitait. Il a enfin énoncé des éléments suffisants sur la situation familiale de l'intéressé en relevant qu'il était célibataire et sans charge de famille alors qu'il disposait d'attaches familiales dans son pays d'origine où il avait vécu jusqu'à l'âge de 35 ans. Contrairement à ce que soutient M. A, le préfet n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle. Ainsi, le préfet du Lot a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. En application des dispositions du second alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la décision portant obligation de quitter le territoire français fondée, en l'espèce, sur le 3° de l'article L. 611-1 du même code, qu'elle vise, n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision de refus de titre de séjour. Enfin, il résulte des dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que lorsque l'autorité administrative prévoit qu'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement dispose du délai de départ volontaire de trente jours, qui est le délai normalement applicable, elle n'a pas à motiver spécifiquement sa décision. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation des décisions en litige doit être écarté.

4. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Lot n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A avant de prendre son arrêté.

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 422-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger titulaire d'une assurance maladie qui justifie () avoir été titulaire d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle portant la mention " étudiant " () et avoir obtenu dans un établissement d'enseignement supérieur habilité au plan national un diplôme au moins équivalent au grade de master ou figurant sur une liste fixée par décret () se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " recherche d'emploi ou création d'entreprise " d'une durée d'un an dans les cas suivants : / 1° Il entend compléter sa formation par une première expérience professionnelle, sans limitation à un seul emploi ou à un seul employeur () ". Et aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Cette carte donne droit à l'exercice, à titre accessoire, d'une activité professionnelle salariée dans la limite de 60 % de la durée de travail annuelle ".

6. Pour rejeter la demande de titre de séjour de M. A, le préfet du Lot a relevé que l'intéressé ne pouvait justifier d'une poursuite de ses études depuis la fin de la licence professionnelle, qu'il ne disposait pas de moyens d'existence suffisants et ne se prévalait pas de sa volonté de compléter sa formation par une première expérience professionnelle ou par une création d'entreprise. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 27 novembre 2019, sous couvert d'un visa de long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiant en vue de poursuivre une licence professionnelle spécialité " Métiers de l'industrie : conception de produits industriels - Conception et fabrication assistée par ordinateur des formes complexes " à l'IUT de Figeac. Le requérant fait valoir qu'ayant obtenu son visa avec retard, il a débuté son année universitaire avec plusieurs semaines de décalage et qu'en raison de l'épidémie de Covid 19, il n'a pu effectuer son stage en entreprise qu'au mois de novembre 2020, après avoir réussi les épreuves théoriques qui se sont déroulées en juillet 2020 et n'a ainsi obtenu son diplôme de licence qu'en février 2021. Toutefois, et alors que M. A ne justifie pas d'une attestation d'inscription dans un établissement d'enseignement à la date de la décision de refus de séjour en litige du 20 mai 2021, ni des démarches qu'il aurait entreprises entre les mois de février et mai 2021 en vue de la poursuite de ses études ou de l'acquisition d'une première expérience professionnelle, les circonstances qu'il oppose ne suffisent pas à remettre en cause le bien-fondé du motif de refus opposé par le préfet du lot tiré de l'absence de justification par M. A de la poursuite de ses études depuis la fin de sa licence professionnelle. Par ailleurs, le requérant ne conteste pas l'autre motif de refus opposé par l'autorité préfectorale pour fonder sa décision tenant à l'absence de moyens d'existence suffisants. Et il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé uniquement sur ce second motif. Par suite, c'est sans commettre d'erreur de fait, ni d'erreur d'appréciation que le préfet a refusé de délivrer à M. A le titre de séjour qu'il sollicitait.

7. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Lot a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ne peut qu'être écarté.

9. En deuxième lieu, il ne ressort pas des motifs de la décision en litige, ni des pièces du dossier que le préfet du Lot s'est estimé en situation de compétence liée pour prendre sa décision.

10. En troisième et dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Lot a entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle du requérant.

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours :

11. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le délai de départ volontaire n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que le requérant n'établit pas que les décisions de refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français sont illégales. Dès lors, l'exception d'illégalité de ces décisions soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté attaqué, ainsi que, par voie de conséquence, celles à fin d'injonction sous astreinte et les demandes présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Agbé et à la préfète du Lot.

Délibéré après l'audience du 10 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Rousseau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

V. C

L'assesseur le plus ancien,

A. LEYMARIELa greffière,

M. B

La République mande et ordonne à la préfète du Lot en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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