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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107018

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107018

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107018
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLABRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 5 décembre 2021, M. A, représenté par Me Labro, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Ariège a décidé sa remise aux autorités espagnoles et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles ont été prises à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors qu'elles n'ont pas été précédées d'une procédure contradictoire ;

- elles sont entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités espagnoles :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision de d'interdiction de circulation :

- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation tant dans son principe que dans son quantum, notamment au regard des dispositions de l'article L.622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 24 octobre 2022, la préfète de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 7 décembre 2022 par une ordonnance du 4 novembre précédent.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, né le 4 décembre 1972, à Davour, de nationalité mauritanienne, a déclaré avoir une résidence habituelle en France depuis 2008 sans être titulaire d'un titre de séjour délivré par les autorités françaises. Par la présente requête, M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Ariège a décidé sa remise aux autorités espagnoles et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. L'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Si le requérant a sollicité, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans sa requête, il n'a pas déposé de dossier de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. En conséquence, il n'y a pas lieu d'admettre M. A à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions :

En ce qui concerne l'ensemble des décisions attaquées :

3. Aux termes de l'article L. 621-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation au refus d'entrée à la frontière prévu à l'article L. 332-1, à la décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 611-1 et à la mise en œuvre des décisions prises par un autre État prévue à l'article L. 615-1, l'étranger peut être remis, en application des conventions internationales ou du droit de l'Union européenne, aux autorités compétentes d'un autre État, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas prévus aux articles L. 621-2 à L. 621-7. / L'étranger est informé de cette remise par décision écrite et motivée prise par une autorité administrative définie par décret en Conseil d'État. Il est mis en mesure de présenter des observations () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 622-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve des dispositions de l'article L. 622-2, l'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision de remise prise en application de l'article L. 621-1 à l'encontre d'un étranger titulaire d'un titre de séjour dans l'État aux autorités duquel il doit être remis, d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui vise notamment l'accord de réadmission des autorités espagnoles du 3 décembre 2021, mentionne avec suffisamment de précisions les circonstances de fait et de droit sur lesquelles il se fonde, permettant ainsi utilement à M. A d'en discuter les motifs et au juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. En outre, il ne ressort pas des termes de cet arrêté que la préfète de l'Ariège n'aurait pas procédé à un examen approfondi de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de sa situation doivent être écartés.

5. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment du procès-verbal d'audition en retenue, que le requérant a été entendu individuellement sur sa situation administrative, familiale et personnelle par les services de police le 3 décembre 2021 et qu'il a ainsi eu la possibilité, au cours de cet entretien, de faire état d'observations utiles et pertinentes de nature à influer sur les décisions prises à son encontre. Il a notamment été expressément invité à présenter toute observation sur sa situation. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant disposait d'autres informations tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soient prises à son encontre les mesures qu'il conteste. Dès lors, le moyen tiré du défaut de procédure contradictoire préalable doit être écarté.

En ce qui concerne la décision de remise aux autorités espagnoles :

6. Les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation ne sont pas assortis de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ils ne peuvent être qu'écartés.

En ce qui concerne la décision d'interdiction de circulation :

7. En premier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit n'est pas assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé. Par suite, ce moyen doit être écarté.

8. En deuxième lieu, M. A ne peut pas invoquer les dispositions de l'article L. 622-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile devenu l'article L. 823-4 qui sont inapplicables en l'espèce.

9. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 622-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'édiction et la durée de l'interdiction de circulation prévue à l'article L. 622-1 sont décidées par l'autorité administrative en tenant compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

10. Pour assortir la décision de remise aux autorités espagnoles d'une interdiction de circulation sur le territoire français, la préfète de l'Ariège a relevé que M. A réside en France sans être en possession d'un titre de séjour délivré par les autorités françaises, qu'il ne justifie d'aucune démarche récente en ce sens, qu'il ne prouve pas la date de son entrée en France et qu'il ne démontre pas être en situation régulière. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé, qui déclare être célibataire et avoir neuf enfants résidant en Mauritanie, dispose d'un titre de séjour délivré par les autorités espagnoles valable jusqu'au 1er décembre 2025 et qu'il n'établit pas être dans l'impossibilité de poursuivre sa vie en Espagne, pays qui a donné son accord à sa réadmission le 3 décembre 2021. Enfin, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet d'un refus de séjour et d'une obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de police le 4 septembre 2020 et notifiés le 23 septembre 2020. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que l'interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée d'un an prise à son encontre serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et, en tout état de cause, sur l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. A n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Labro et à la préfète de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne à la préfète de l'Ariège en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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