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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107031

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107031

jeudi 10 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107031
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantMOMASSO MOMASSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 décembre 2021, Mme A B, représentée par Me Momasso Momasso, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 avril 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision de refus de titre de séjour :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle a été prise en méconnaissance des dispositions des articles L. 313-14 et L. 313-11, 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 313-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les énonciations de la circulaire du 27 octobre 2005 ;

- elle porte atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale consacré par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale en raison de l'illégalité dont est elle-même entachée la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 9 octobre 1987 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience, en application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante marocaine, est entrée en France le 19 février 2015 munie d'un visa de long séjour au titre du regroupement familial, délivré par les autorités consulaires françaises en poste au Maroc. Elle a ensuite bénéficié d'une carte de résident d'une durée de dix ans, valable jusqu'au 19 février 2025, qui lui a été retirée par une décision du préfet du Gers en date du 28 septembre 2017, lequel a également prononcé à son encontre, le 13 novembre 2017, une mesure d'éloignement, que Mme B n'a pas exécutée. Le 20 août 2020, elle a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de sa vie privée et familiale ainsi qu'en qualité de salariée. Par un arrêté du 27 avril 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par Mme D C, directrice des migrations et de l'intégration, qui disposait d'une délégation de signature accordée par le préfet de la Haute-Garonne par un arrêté du 15 décembre 2020, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment les refus d'admission au séjour et mesures d'éloignement ainsi que les décisions les assortissant. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il ressort des mentions de la décision de refus de titre de séjour contestée que le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de Mme B ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également précisé l'identité, la date et le lieu de naissance de Mme B, ainsi que les conditions de son entrée en France, et exposé les raisons pour lesquelles il a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour obtenir le titre de séjour qu'elle sollicitait. Enfin, il a exposé des éléments suffisants sur sa situation personnelle en relevant notamment qu'elle était divorcée et sans charge de famille et que ses parents ainsi que ses deux frères résidaient au Maroc. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne a suffisamment exposé les considérations de droit et de fait fondant sa décision de refus de titre de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision ne peut qu'être écarté.

4. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de Mme B avant de prendre sa décision. Si celle-ci fait valoir que le préfet n'a pas fait état des violences conjugales qu'elle a subies et qui sont à l'origine de son divorce, alors qu'elle a déposé une main courante, il n'apparait pas qu'elle aurait porté ces éléments de sa situation personnelle à la connaissance du préfet.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article L. 313-11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313-10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. / L'autorité administrative est tenue de soumettre pour avis à la commission mentionnée à l'article L. 312-1 la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par l'étranger qui justifie par tout moyen résider en France habituellement depuis plus de dix ans. / Un décret en Conseil d'Etat définit les modalités d'application du présent article ".

6. L'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France, soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant marocain souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 313-14 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national. Toutefois, les stipulations de cet accord n'interdisent pas au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation de la situation d'un ressortissant marocain qui ne remplirait pas les conditions auxquelles est subordonnée la délivrance de plein droit d'un titre de séjour en qualité de salarié.

7. D'une part, Mme B se prévaut de la durée de son séjour en France, où elle déclare résider depuis 2015, soit depuis 6 ans à la date de l'arrêté attaqué, de ses attaches familiales et personnelles, et de son insertion au sein de la société française. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision contestée, la requérante était célibataire et sans charge de famille. Si elle se prévaut de la présence en France de son oncle et de sa tante, elle n'était pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où vivaient ses parents et ses deux frères. Les attestations qu'elle produit ne permettent pas d'établir l'intensité des liens personnels qu'elle prétend avoir noués depuis son arrivée. De même, elle ne justifie par aucune pièce la réalité des violences que lui aurait infligées son ancien époux, et qui seraient à l'origine de son divorce. Enfin, elle ne démontre pas une intégration particulière en invoquant sa maitrise de la langue française, sa pratique régulière d'une activité sportive depuis deux ans et ses dons à l'Unicef. Ainsi, les éléments exposés de la situation de Mme B ne peuvent être regardés comme constituant des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la durée du séjour ne constituant pas de tels motifs.

8. D'autre part, Mme B, qui ne peut utilement se prévaloir des dispositions de L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour obtenir un titre de séjour en qualité de salariée, fait valoir qu'elle est titulaire d'un contrat à durée indéterminée établi le 8 août 2020 par la société 3 PLUS 1 pour un emploi de préparatrice-vendeuse. Toutefois, l'intéressée, qui est entrée en France au cours du mois de février 2015, ne justifie que d'un peu plus de deux ans d'expérience professionnelle sur le territoire national à la date de l'arrêté litigieux et d'aucune qualification particulière. Elle n'exerce plus d'activité durable depuis le 3 avril 2019. Ainsi, ces circonstances, si elles révèlent une volonté d'intégration professionnelle de la part de Mme B, ne sont pas à elles seules, de nature à justifier l'existence de motifs justifiant une régularisation au titre du travail. Dès lors, le préfet de la Haute-Garonne n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas usage de son pouvoir de régularisation exceptionnelle, en raison de la situation professionnelle de Mme B.

9. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7 du présent jugement, les moyens tirés de la méconnaissance d'une part, des dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et d'autre part, de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet de la Haute-Garonne doivent être écartés comme non fondés.

10. En dernier lieu, Mme B ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 313-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni, en tout état de cause, des énonciations de la circulaire du 27 octobre 2005 qu'elle cite dans ses écritures, dès lors que son ancien conjoint, qui serait à l'origine de violences conjugales, n'est pas un ressortissant français et qu'elle n'entre pas ainsi dans les prévisions de ces dispositions.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas que la décision de refus de titre de séjour est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

12. Il résulte de ce qui précède que la requérante n'établit pas que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui de ses conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi n'est pas fondée et doit ainsi être écartée.

13. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne en date du 27 avril 2021. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, à Me Momasso Momasso et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 21 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Leymarie, conseiller,

Mme Rousseau, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 novembre 2022.

La présidente-rapporteure,

V. E

L'assesseur le plus ancien,

A. LEYMARIELa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, la greffière,

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