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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107118

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107118

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107118
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantMAAMOURI ABDELKARIM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Maamouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 24 novembre 2021 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité (CNAPS) a refusé de lui renouveler sa carte professionnelle en tant qu'agent de sécurité privée ;

2°) d'enjoindre au CNAPS de lui renouveler sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée dans un délai de cinq jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 230-8 du code de procédure pénale, dès lors qu'elle est fondé sur deux mises en cause qui ont été effacées du fichier de traitement des antécédents judiciaires (TAJ) ;

- elle n'a pas été prise à l'issue d'une procédure contradictoire ; M. C n'a pas été mis à même de présenter ses observations quant aux prétendus faits de consommation de stupéfiants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 avril 2022, le Conseil national des activités privées de sécurité conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les conclusions de M. Coutier, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a sollicité, le 11 avril 2019, le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. Par une décision du 4 octobre 2019, la Commission locale d'agrément et de contrôle Sud-ouest a rejeté sa demande. L'intéressé a alors saisi le 7 octobre 2019 la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité d'un recours administratif préalable obligatoire. Par une décision du 27 novembre 2019, la commission nationale précitée a rejeté son recours tout en confirmant le rejet de sa demande tendant au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. Par un jugement n° 1905746 du 23 septembre 2021, le tribunal administratif de Toulouse a prononcé l'annulation de la décision du 27 novembre 2019 et a enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité de réexaminer la demande de M. C tendant au renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée. A l'issue de ce réexamen, la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité a de nouveau refusé d'accorder à l'intéressé le renouvellement de sa carte professionnelle par une décision du 24 novembre 2021. Par la présente requête, M. C sollicite l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 612-20 du code de la sécurité intérieure, dans sa version applicable : " Nul ne peut être employé ou affecté pour participer à une activité mentionnée à l'article L. 611-1 : () / 2° S'il résulte de l'enquête administrative, ayant le cas échéant donné lieu à consultation, par des agents du Conseil national des activités privées de sécurité spécialement habilités par le représentant de l'Etat territorialement compétent et individuellement désignés, des traitements de données à caractère personnel gérés par les services de police et de gendarmerie nationales relevant des dispositions de l'article 31 de la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978 relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, à l'exception des fichiers d'identification, que son comportement ou ses agissements sont contraires à l'honneur, à la probité, aux bonnes mœurs ou sont de nature à porter atteinte à la sécurité des personnes ou des biens, à la sécurité publique ou à la sûreté de l'Etat et sont incompatibles avec l'exercice des fonctions susmentionnées ; / () ".

3. Pour refuser de renouveler la carte professionnelle d'agent de sécurité de M. C, à la suite de l'annulation contentieuse de sa première décision du 27 novembre 2019, la Commission nationale d'agrément et de contrôle s'est à nouveau fondée sur la circonstance que l'intéressé avait été mis en cause, d'une part, le 7 décembre 2017, pour des faits de violence sans incapacité sur un mineur de quinze ans par un ascendant commis du 1er janvier 2015 au 1er décembre 2016 et, d'autre part, le 12 octobre 2016, pour des faits de violences habituelles suivies d'incapacité n'excédant pas huit jours sur conjoint commis le 27 septembre 2016. Cette commission a en outre relevé que l'intéressé s'était vu imposer par l'autorité judiciaire le suivi d'un stage de sensibilisation aux stupéfiants. Toutefois, ainsi qu'il a été jugé par le tribunal de céans, dans son jugement précité du 23 septembre 2021, il ressort des pièces du dossier que sur la base des déclarations de son enfant mineur, placé en institut thérapeutique, éducatif et pédagogique, M. C a reconnu qu'il avait lors de la période 2015/2016 donné quelques fessées à son fils pour le punir et qu'il a pu avoir envers celui-ci un langage inadapté en lui proférant des insultes et en le rabaissant au sujet de ses résultats scolaires. Ainsi que l'a relevé le tribunal de céans dans le jugement précité, il ressort également de l'enquête complémentaire des services de police que la mise en cause pour les faits de violences habituelles sur conjoint s'explique par le fait que M. C a donné une gifle à sa concubine à l'occasion d'une dispute de couple intervenue en 2016 dans le cadre d'un différend familial. Ces faits, dont les mentions ont été au demeurant effacées du fichier TAJ sur décision du procureur de la République du 14 octobre 2019, présentent un caractère ancien en tant qu'ils dataient de plus de cinq ans à la date de la décision attaquée. Aussi regrettables soient-ils, ces faits sont de plus isolés et n'ont pas été réitérés depuis qu'ils ont respectivement donné lieu à un rappel à la loi et à une composition pénale. Depuis lors, aucun autre fait répréhensible n'a été reproché à l'intéressé, tant à titre privé que dans l'exercice de sa profession. Par ailleurs, la Commission nationale d'agrément et de contrôle fait nouvellement grief à M. C d'avoir consommé de manière régulière des produits stupéfiants au motif qu'il aurait suivi un stage de sensibilisation aux effets de ces produits dans le cadre de la composition pénale dont il a fait l'objet, le 19 janvier 2017, à la suite de sa mise en cause pour les faits précités de violences habituelles sur conjoint. Toutefois, le stage de sensibilisation mentionné dans l'enquête complémentaire des services de police, tout comme, à la supposer établie, la consommation de produits stupéfiants qui y est associée, sont antérieurs de plusieurs années à la décision litigieuse. De plus, il ne ressort des pièces du dossier ni que l'intéressé aurait été mis en cause pour des faits de consommation illégale de stupéfiants, ni qu'il serait confronté à une addiction à ces produits. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la Commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a entaché sa décision du 24 novembre 2021 d'une erreur d'appréciation en considérant que le comportement de l'intéressé était incompatible avec la poursuite de ses fonctions d'agent de sécurité privée.

4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 novembre 2021 par laquelle la Commission nationale d'agrément et de contrôle du CNAPS a de nouveau refusé de lui accorder le renouvellement de sa carte professionnelle d'agent de sécurité privée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique nécessairement que le CNAPS, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, renouvelle la carte professionnelle d'agent de sécurité privée du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CNAPS une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 24 novembre 2021 de la Commission nationale d'agrément et de contrôle du Conseil national des activités privées de sécurité est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au Conseil national des activités privées de sécurité, sous réserve d'un changement de circonstances de droit ou de fait, de renouveler la carte professionnelle d'agent de sécurité privée de M. C, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le Conseil national des activités privées de sécurité versera à M. C une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au Conseil national des activités privées de sécurité.

Délibéré après l'audience du 29 juin 2022, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

Mme Jordan-Selva, première conseillère,

M. Leymarie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

Le rapporteur,

A. B

Le président,

T. SORIN

La greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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