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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107211

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107211

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107211
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantAMARI DE BEAUFORT-TERCERO-YEPONDE ATY AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 décembre 2021 et un mémoire enregistré le 6 octobre 2022, Mme B C, représentée par Me Amari de Beaufort, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 avril 2021 par lequel le préfet de l'Ariège a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Ariège de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois et sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification de la décision à intervenir et de lui remettre dans l'attente, et dès notification de la décision à intervenir, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet de l'Ariège de réexaminer sa situation dès notification de la décision à intervenir, de rendre une décision dans un délai de deux mois sous astreinte de 100 euros par jour de retard, et de lui remettre dans l'attente dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1700 euros à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est entachée d'un vice de procédure en méconnaissance des articles L. 313-11-11 et R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 ; l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) n'est pas valablement signé dès lors que l'OFII n'a pas mis en œuvre un dispositif de signature électronique conforme aux dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et il n'est pas établi que l'avis des médecins de l'OFII ait été rendu à l'issue d'un débat collégial, ce qui la prive d'une garantie ;

- est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 313-11-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle se fonde sur l'avis du collège des médecins de l'OFII, lequel a estimé que l'absence de prise en charge médicale ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision du même jour portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à la vie privée et familiale ;

La décision portant fixation du pays de renvoi :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation qui révèle un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation qui révèle un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;

- méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

Par un mémoire enregistré le 29 juillet 2022, le préfet de l'Ariège conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 novembre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, ressortissante béninoise née le 20 juillet 1992, est entrée régulièrement en France le 17 septembre 2018 munie d'un passeport revêtu d'un visa long séjour étudiant. Le 3 novembre 2020, elle a sollicité un titre de séjour en qualité " d'étranger malade " sur le fondement de l'article L. 313-11-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a rendu un avis le 22 janvier 2021, aux termes duquel l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et lui permet toute de même de voyager sans risque vers son pays d'origine, le Bénin. Par un arrêté du 20 avril 2021, le préfet de l'Ariège a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée d'un an. Par sa requête, Mme C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 313-11-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : 11° A l'étranger résidant habituellement en France, si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigée. La décision de délivrer la carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée () ".

3. Par ailleurs, aux termes des dispositions de l'article R. 313-22 du code précité : " Pour l'application du 11° de l'article L. 313-11, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ".

4. L'avis du collège médical de l'OFII du 22 janvier 2021 concernant l'état de santé de Mme C porte la mention " Après en avoir délibéré, le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant ledit collège. Pour contester la régularité de cet avis, Mme C soutient qu'aucun élément ne permet d'affirmer de manière certaine que le collège des médecins de l'OFII a effectivement délibéré collégialement sur son cas, eu égard, notamment, à la distance séparant les lieux d'exercice des trois médecins composant le collège. Toutefois, le caractère collégial de l'avis est attesté par la mention qui y est portée et la preuve de l'absence d'une délibération collégiale ne saurait être apportée par la seule circonstance que les médecins signataires de l'avis exercent en des lieux distants. Par ailleurs, si la requérante soutient que l'avis qui lui a été communiqué par l'OFII porte une date différente de celui qui a été communiqué au préfet de l'Ariège, mais ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations.

5. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 " () Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".

6. Mme C soutient que l'avis rendu par les membres du collège de médecins de l'OFII n'est pas régulièrement signé et qu'il n'est pas démontré par le préfet que les signatures auraient été apposées en respectant plusieurs textes, notamment ceux relatifs à l'authentification des signatures électroniques. Il ressort toutefois de l'avis du collège de médecins de l'OFII versé au dossier que celui-ci porte la signature manuscrite des trois médecins composant le collège. La requérante n'établit pas l'absence d'authenticité de ces signatures et ne peut utilement invoquer des textes relatifs aux signatures électroniques et à leur procédés d'authentification.

7. En troisième et dernier lieu, par l'avis du 22 janvier 2021, le collège des médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de Mme C nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entrainer des conséquences d'une exceptionnelle gravité, et lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine, le Bénin.

8. Il ressort des certificats médicaux versés au dossier par la requérante, datés du 13 octobre 2020 et du 3 novembre 2020, que Mme C souffre d'une hépatite B diagnostiquée en 2019, et requiert une prise en charge médicale ainsi qu'un suivi régulier. Si l'intéressée conteste l'avis du collège des médecins de l'OFII en ce qu'il a estimé que le défaut de prise en charge de sa maladie ne devrait pas entrainer de conséquences d'une exceptionnelle gravité pour sa santé, ni le certificat précité, ni aucune autre pièce du dossier, notamment pas les considérations générales portées à la connaissance du tribunal par la requérante, ne permettent de remettre sérieusement en cause l'avis du collègue des médecins de l'OFII. Par suite, c'est sans erreur de droit, ni erreur manifeste d'appréciation, que le préfet de l'Ariège, dont rien ne permet d'établir qu'il se serait estimé lié par l'avis précité, a rejeté la demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-11-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester l'obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 8 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à invoquer les dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En troisième et dernier lieu, Mme C, entrée régulièrement en France le 17 septembre 2018 muni d'un visa long séjour étudiant, est célibataire et sans charge de famille. Elle ne démontre pas être isolée dans son pays d'origine, le Bénin, où réside ses parents et où elle a vécu la majeure partie de sa vie. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales soulevé à l'encontre de la mesure d'éloignement doit être écarté.

Sur la décision portant fixation du pays de destination :

12. En premier et dernier lieu, Mme C ne démontre pas être exposée à un risque de mauvais traitement et de violence psychologique en cas de retour dans son pays d'origine, le Bénin. Par suite, le préfet de l'Ariège a pu fixer le pays de destination sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation ni méconnaitre les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 12 du présent jugement, la décision du préfet de l'Ariège, dont il n'est pas démontré qu'elle n'a pas été prise après un examen sérieux de la situation de la requérante, a pu interdire la requérante de retour sur le territoire français sans erreur manifeste d'appréciation ni méconnaissance les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, à Me Amari de Beaufort et au préfet de l'Ariège.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

V. JORDA

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Ariège en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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