mardi 19 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107217 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | MIAILLE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés les 14 décembre 2021, 17 avril et 7 juillet 2023, Mme B D, représentée par Me Miaille, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, d'ordonner avant-dire droit une expertise confiée à un médecin spécialiste en orthopédie afin de fixer la date de consolidation et de déterminer les séquelles en résultant après prise en compte de l'état antérieur ;
2°) à titre subsidiaire, d'une part d'annuler la décision du 20 octobre 2021 en tant que la commission de recours de l'invalidité a retenu le taux d'invalidité à 10% au titre de l'infirmité " séquelles de sub-luxation de l'épaule droite sur antécédents chez une droitière. Antépulsion et abduction à 100°. Douleurs occasionnelles " et de fixer le taux imputable au service à 20% à compter de la date de sa demande et d'autre part, d'ordonner une expertise afin de fixer la date de consolidation ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et le condamner aux entiers dépens.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que, d'une part, l'expert retenait un taux de 20% de son infirmité et, d'autre part, que l'accident intervenu lors d'une séance d'aïkido n'a pas laissé de séquelles et ne peut pas être regardé comme révélant l'existence d'un état antérieur ; la fiche d'aptitude initiale lors de son incorporation ne relève aucune séquelle de la subluxation de l'épaule droite d'avril 2018 ; une nouvelle affection a été constatée postérieurement à l'expertise médicale ;
- une nouvelle expertise doit être ordonnée dès lors qu'elle présente un caractère utile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 décembre 2022, 7 juin et 12 juillet 2023, le ministre des armées conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 8 juin 2023, la clôture d'instruction a été reportée du 8 juin au 12 juillet 2023 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Biscarel,
- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D a été incorporée le 12 novembre 2018 et rayée des contrôles par décision portant dénonciation de son contrat le 8 mai 2019. Le 3 décembre 2018, elle a chuté lors d'un grimper à la corde à l'école nationale des sous-officiers d'active. Le 27 mai 2019, elle a présenté une demande d'octroi d'une pension militaire d'invalidité. Par une décision du 24 mars 2021, la ministre des armées a rejeté sa demande. Le 6 août 2021, Mme D a présenté un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision auprès de la commission de recours de l'invalidité qui l'a partiellement agréé en retenant, sur la période du 27 mai 2019 au 26 mai 2022, un taux de 10% imputable au service pour l'infirmité " Séquelles de sub-luxation de l'épaule droite sur antécédents chez une droitière. Raideurs Antépulsion et abduction à 100° contre 180° à gauche. Douleurs occasionnelles. Réduction de la force musculaire (4.5 à droite contre 5 à gauche). Gêne lors de port de charges lourdes et à la conduite. Plus de pratique sportive ". Par sa requête, Mme D demande, à titre principal, à ce que le tribunal ordonne une expertise avant-dire droit et, à titre subsidiaire, à ce qu'il annule la décision de la commission de recours de l'invalidité en tant qu'elle a fixé à 10% le taux d'invalidité de son infirmité.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 151-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " La pension militaire d'invalidité prévue par le présent code est attribuée sur demande de l'intéressé après examen, à son initiative, par une commission de réforme selon des modalités fixées par décret en Conseil d'Etat. L'entrée en jouissance est fixée à la date du dépôt de la demande. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit se placer à la date de la demande de l'intéressée pour évaluer ses droits à sa pension militaire d'invalidité, et notamment le taux d'invalidité résultant des infirmités au titre desquelles cette demande est réalisée, soit en l'espèce le 27 mai 2019.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Ouvrent droit à pension : 1° Les infirmités résultant de blessures reçues par suite d'événements de guerre ou d'accidents éprouvés par le fait ou à l'occasion du service ; (). ".
4. Aux termes de l'article L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, dans sa version applicable à la date de la demande du 27 mai 2019 : " Est présumée imputable au service :/ 1° Toute blessure constatée par suite d'un accident, quelle qu'en soit la cause, dans le temps et le lieu du service, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, en l'absence de faute personnelle ou de toute autre circonstance particulière détachant l'accident du service ; () ".
5. Il résulte des dispositions combinées des articles L. 121-1 et L. 121-2 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de la guerre que lorsque la présomption légale d'imputabilité n'est pas applicable, le demandeur d'une pension doit rapporter la preuve de l'existence d'une relation de causalité médicale certaine et directe entre l'origine ou l'aggravation de l'infirmité qu'il invoque et un ou des faits précis ou circonstances particulières de service.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-4 du code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre : " Les pensions sont établies d'après le taux d'invalidité résultant de l'application des guides barèmes mentionnés à l'article L. 125-3. () ". Aux termes de l'article L. 121-5 du même code : " La pension est concédée : 1° Au titre des infirmités résultant de blessures, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse 10 % ; 2° Au titre d'infirmités résultant de maladies associées à des infirmités résultant de blessures, si le taux global d'invalidité atteint ou dépasse 30 % ; 3° Au titre d'infirmités résultant exclusivement de maladie, si le taux d'invalidité qu'elles entraînent atteint ou dépasse : a) 30 % en cas d'infirmité unique ; b) 40 % en cas d'infirmités multiples. ". Aux termes de l'article L. 125-3 du même code : " Le taux de la pension définitive ou temporaire est fixé, dans chaque grade, jusqu'au taux de 100 %, par référence au taux d'invalidité apprécié de 5 en 5. / () / L'indemnisation des infirmités est fondée sur le taux d'invalidité reconnu à celles-ci en application des dispositions d'un guide-barème portant classification des infirmités d'après leur gravité. () ".
7. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pensions militaires d'invalidité, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu de moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
8. Il résulte de l'instruction et n'est pas contesté que Mme D souffre de " séquelles de sub-luxation de l'épaule droite sur antécédents chez une droitière. Antépulsion et abduction à 100°. Douleurs occasionnelles " imputable à son accident de service du 3 décembre 2018. Plus particulièrement, il résulte de l'expertise médicale réalisée le 7 février 2021 que Mme D souffre d'un traumatisme de l'épaule droite ayant entrainé une capsulite rétractile qui entraine une limitation de l'élévation antérieure et de l'abduction à 100° au niveau de l'épaule dominante. Au regard de ces éléments et du guide-barème annexé au code des pensions militaires d'invalidité et des victimes de guerre, l'expert a proposé de retenir un taux d'invalidité de 20%.
9. La commission de recours de l'invalidité retient un taux d'invalidité de l'infirmité de Mme D de 15% dont 10% imputable à l'accident de service du 3 décembre 2018, au motif que " les médecins ont relevé à l'épaule droite une raideur importante, un déficit en antépulsion et en abduction de 80° et une réduction de la force musculaire chez un sujet droitier ", " ont reconnu l'imputabilité de l'infirmité à l'accident de service en date du 3 décembre 2018 " et " que, dès lors, il y a lieu en application des dispositions du guide barème des invalidités de fixer le taux d'invalidité de l'infirmité de Mme D au taux global de 15%, dont 10% en lien avec l'accident survenu ". Toutefois, il résulte d'abord de l'instruction et notamment du courrier médical daté du 24 avril 2019 du Dr A, chirurgien orthopédique et traumatologique, que Mme D présente " des douleurs inflammatoires intenses irradiant dans la main avec des sensations de brûlure et de coup de poignard ", " inflammation importante " nécessitant la prise de Tramadol au long cours. Il ressort également du compte-rendu de son hospitalisation, du 1er au 12 juillet 2019, à l'hôpital d'instruction des armées Robert Picqué établi le 12 juillet 2019 d'une part, que Mme D " décrit des pics douloureux survenant de manière fluctuante " évalués à " 8-9/10 ", à type de " coups de poignard " et d'autre part, que la requérante a connu, lors de la deuxième semaine d'hospitalisation, " une recrudescence des douleurs (..) ne cédant pas malgré les prises antalgiques " conduisant à " des réveils nocturnes ". Ainsi, eu égard à ces éléments, un taux d'invalidité de 20% de l'infirmité de Mme D peut être retenu. Ensuite, il résulte de l'instruction que ces mêmes pièces médicales mentionnent un état antérieur à l'accident du 3 décembre 2018 en relevant un " historique au niveau de son épaule droite (qui) a débuté il y a un an où elle décrit sur un traumatisme sportif une subluxation de l'épaule " et une luxation de l'épaule droite lors d'une séance d'aïkido avec le port d'une attelle durant trois semaines en avril 2018 et qu'à cet égard, " elle gardait une petite gêne lors du port de sac à dos ". Enfin, le guide barème des invalidités propose un taux compris entre 10 et 30 % pour des raideurs articulaires de l'épaule droite chez un droitier portant principalement sur la propulsion et l'abduction et de 10 à 30% pour des luxations récidivantes de l'épaule droite. Ainsi, en retenant un taux d'invalidité global de 15% dont 5% non imputable à l'accident de service du 3 décembre 2018 des " séquelles de sub-luxation de l'épaule droite sur antécédents d'une droitière. Raideurs antépulsion et abduction à 100° contre 180° à gauche. Douleurs occasionnelles. Réduction de la force musculaire (4,5 à droite contre 5 à gauche). Gêne lors de port des charges lourdes et à la conduite. Plus de pratique sportive ", la commission de recours de l'invalidité a entaché sa décision d'une d'erreur d'appréciation.
10. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'ordonner la mesure d'expertise sollicitée, alors qu'au demeurant la date de consolidation est sans effet sur l'ouverture des droits à pension, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 20 octobre 2021 en tant qu'elle fixe le taux d'invalidité de l'infirmité " " séquelles de sub-luxation de l'épaule droite " à un taux global de 15% dont 10% imputable au service. Par suite, elle est fondée à demander à ce que le taux d'invalidité de son infirmité soit fixée à 20% dont 15% imputable au service, à titre temporaire du 27 mai 2019 au 26 mai 2022.
Sur les frais liés au litige et sur les dépens :
11. Il y a lieu dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme D et non compris dans les dépens.
12. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions de la requérante présentées sur le fondement de l'article R. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 20 octobre 2021 de la commission de recours de l'invalidité est annulée en tant qu'elle fixe le taux global d'invalidité à 15% et le taux imputable au service à 10%.
Article 2 : Il est reconnu un taux global d'invalidité de l'infirmité " séquelles de subluxation de l'épaule droite " à 20 %, dont 15 % imputable au service et 5 % imputable à un état antérieur, à titre temporaire du 27 mai 2019 au 26 mai 2022.
Article 3 : L'État versera à Mme D la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme D est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B D et au ministre des armées.
Délibéré après l'audience du 5 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Molina-Andréo, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.
La rapporteure,
B. BISCAREL
La présidente,
B. MOLINA-ANDRÉO La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au ministre des armées en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026