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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107230

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107230

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107230
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTOUBOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 15 décembre 2021, M. E C, représenté par Me Touboul, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Hérault l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée de 6 mois et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

3°) mettre à la charge de l'Etat la somme de 2000 euros à verser à son conseil, Me Touboul, sous réserve qu'il renonce à percevoir l'aide juridictionnelle, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- les faits retenus par le préfet pour prendre l'acte attaqué sont insuffisants pour caractériser une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société française ; en l'absence de toute condamnation pénale relevée à son encontre le préfet n'établit pas qu'il relève des dispositions de l'article L.251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; la décision d'éloignement est ainsi illégale ;

- le préfet ne caractérise nullement une quelconque urgence à l'éloigner, de telle sorte que la décision de refus de délai de départ volontaire est illégale ;

- privée de base légale, la décision d'interdiction de retour sur le territoire français est illégale.

Par un mémoire et des pièces complémentaires enregistrés le 25 janvier 2022 et le 16 décembre 2021, le préfet de l'Hérault conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 juillet 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 26 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Touboul, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant roumain née le 5 janvier 1992 a été interpelé par les services de gendarmerie le 12 décembre 2021 et placé en garde à vue pour des faits de vol en réunion. Il a ensuite été placé en rétention administrative et a fait l'objet d'un arrêté du préfet de l'Hérault portant obligation de quitter le territoire sans délai et portant interdiction de circuler sur le territoire pour une durée de six mois. Par sa requête, M. C demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de l'intéressé, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

3. En premier, par arrêté du 23 septembre 2021 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Hérault n°145 du même jour, le préfet de l'Hérault a donné à Mme D B, cheffe de la section éloignement, délégation à l'effet de signer tout arrêté ayant trait à une mesure d'éloignement concernant les étrangers séjournant irrégulièrement sur le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions attaquées auraient été prises par une autorité incompétente doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les [citoyens de l'Union européenne], à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ".

5. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

6. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté par le requérant, que celui-ci a été interpellé par les services de gendarmerie le 12 décembre 2021 en flagrant délit pour des faits de " vols en réunion ". Il n'est pas non plus contesté que le requérant était déjà connu défavorablement des services de police pour des faits " de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance ". Par ailleurs, le requérant ne fait état d'aucune attache familiale ni d'aucun élément relatif à une intégration particulière en France. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et alors même que les faits délictueux non contestés n'ont pas fait l'objet de poursuites pénales, le préfet a pu, sans erreur de droit ni erreur d'appréciation, estimer que le comportement personnel de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre de la sécurité publique, qui constitue un intérêt fondamental de la société au sens des dispositions précitées, et prononcer une obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. C.

7. En troisième lieu, il ressort des motifs de l'arrêté attaqué que le préfet de l'Hérault a estimé qu'il y avait lieu d'éloigner M. C du territoire français sans délai, compte tenu de l'urgence constituée par " la nature des faits commis et du risque de récidive ". En se bornant à soutenir que le préfet " ne caractérise nullement une quelconque urgence à [l'éloigner] ", le requérant ne démontre pas en quoi les motifs énoncés par l'autorité administrative ne justifiaient pas la décision prise qui ne lui a laissé aucun délai pour exécuter volontairement la mesure d'éloignement.

8. En quatrième lieu et enfin, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, le requérant n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la mesure d'éloignement pour demander l'annulation de l'interdiction de circuler sur le territoire français pendant six mois.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : M. C est admis à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E C, à Me Touboul et au préfet de l'Herault.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne,

V. JORDA

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de l'Hérault en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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