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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107315

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107315

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107315
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNAKACHE-HAARFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique enregistrés respectivement le 18 décembre 2021 et le 16 mars 2023, ce dernier n'ayant pas été communiqué, M. A B, représenté par Me Nakache-Haarfi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2021 par laquelle le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte attaqué ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'erreur de droit et d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 avril 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée au 22 mai 2023 par une ordonnance du 4 mai précédent.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

Après avoir entendu, au cours de l'audience publique le rapport de Mme Jorda.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 12 août 1980 à Fès, a déclaré être entré irrégulièrement en France le 25 mai 2012. Le 21 janvier 2021, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour temporaire d'une durée d'un an portant la mention " vie privée et familiale " ainsi qu'une carte de résident d'une durée de dix ans. Par décision du 7 septembre 2021, remise en mains propres à l'intéressé le 19 novembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a renouvelé son titre de séjour temporaire pour une durée d'un an et refusé de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans. Par la présente requête, M. A B doit être regardé comme demandant au tribunal d'annuler cette décision en tant qu'elle porte refus de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 6 septembre 2019, régulièrement publié au Recueil des actes administratifs de la préfecture n° 31-2019-227 le même jour, le préfet de la Haute-Garonne a donné à M. Denis Olagnon, secrétaire général de la préfecture, délégation à l'effet de signer tous actes, arrêtés, décisions et circulaires relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception des arrêtés de conflit. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé pour refuser de délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans à M. A B. En outre, il ressort de cette motivation que le préfet a procédé à un examen particulier, réel et sérieux de sa situation personnelle. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français résidant en France et titulaire depuis au moins trois années de la carte de séjour temporaire prévue à l'article L. 423-7 ou d'une carte de séjour pluriannuelle délivrée aux étrangers mentionnés aux articles L. 423-1, L. 423-7 et L. 423-23, sous réserve qu'il continue de remplir les conditions prévues pour l'obtention de cette carte de séjour, se voit délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans ". Toutefois, aux termes de l'article L. 432-1 de ce code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans, le préfet de la Haute-Garonne s'est fondé sur la circonstance que le requérant a été condamné, le 15 avril 2014, pour des faits de violence sur conjoint, à 1 000 euros d'amende avec sursis, le 4 septembre 2015, pour des faits similaires en état de récidive légale, à une peine de 4 mois d'emprisonnement avec sursis, et, le 18 mars 2021, pour des faits de violence sur ex-conjoint aggravés par deux circonstances, à une peine de six mois d'emprisonnement dont trois mois avec sursis. Si M. A B se prévaut de l'arrêt du 13 décembre 2021 de la chambre des appels correctionnels de la cour d'appel de Toulouse qui a prononcé un sursis total de la dernière peine d'emprisonnement prononcée à son encontre, cette décision n'a ni pour objet ni pour effet de remettre en cause le principe même de sa culpabilité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de fait ne peut être accueilli.

6. En quatrième lieu, eu égard à la gravité des faits exposés au point précédent, à leur répétition et à leur caractère récent pour les derniers, le préfet a pu légalement retenir que le comportement de M. A B était constitutif d'une menace à l'ordre public et faisait obstacle à la délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans telle que prévue à l'article L. 423-10 précité. En outre, il résulte des termes de la décision en litige, que compte tenu de la situation familiale de l'intéressé, qui est père d'enfants de nationalité française, le préfet de la Haute-Garonne a maintenu son droit au séjour et lui a accordé le bénéfice d'un certificat de résidence d'une durée d'un an. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige aurait méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou serait entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".

8. Le requérant se prévaut notamment de la présence en France de ses enfants français nés de deux unions différentes avec des ressortissantes françaises. Toutefois, il est constant que le préfet de la Haute-Garonne a renouvelé son certificat de résidence d'une durée d'un an portant la mention " vie et privée et familiale " en tant que parent d'enfant français. Par suite, l'intéressé ne peut utilement soutenir que le refus de délivrance d'une carte de résident d'une durée de dix ans, qui n'a pas pour effet de le séparer de ses enfants ou de mettre fin à son séjour en France, aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen doit dès lors être écarté.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 7 septembre 2021 en tant qu'elle refuse de lui délivrer une carte de résident d'une durée de dix ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête dirigées contre la décision du 7 septembre 2021 en tant qu'elle refuse de délivrer au requérant une carte de résident d'une durée de dix ans, n'appelle aucune mesure d'exécution.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il en soit fait application à l'encontre de l'Etat, qui n'est pas partie perdante.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

M. Rives, conseiller,

Mme Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

La rapporteure,

V. JORDALa présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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