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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107335

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107335

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107335
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantESCUDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021, Mme B C, représentée par Me Escudier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé en fait ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par les stipulations de l'accord franco-algérien et a omis d'user de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article R. 5221-15 du code du travail qui lui imposait de statuer sur sa demande d'autorisation de travail ;

- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à l'adéquation du poste à ses qualifications et expérience professionnelles ;

- cette décision est contraire au 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ;

- cette décision et l'obligation de quitter le territoire sont contraires à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit ;

- cette décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, le préfet s'étant cru à tort en situation de compétence liée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 14 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, de nationalité algérienne, est entrée en France le 17 septembre 2014, munie d'un visa touristique. Elle a sollicité, le 25 février 2021, son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et au titre du travail. Par arrêté du 2 août 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".

3. L'arrêté contesté vise les stipulations de l'accord franco-algérien et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il est fait application ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle également les principaux éléments de la situation familiale et professionnelle de Mme C, en indiquant les raisons pour lesquelles le préfet de la Haute-Garonne a considéré qu'elle ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloignée du territoire. Alors même que l'arrêté contesté ne précise pas en quoi les documents fournis par la requérante sont insuffisants pour établir sa présence, il énonce avec suffisamment de précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il est ainsi suffisamment motivé.

4. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment pas des termes de l'arrêté contesté que le préfet de la Haute-Garonne aurait omis de procéder à un examen complet et sérieux de la situation de Mme C.

5. En troisième lieu, il ressort des termes même de l'arrêté du 2 août 2021 que le préfet de la Haute-Garonne a instruit la demande de Mme C sur le fondement du 5° de l'article 6, puis du b de l'article 7 de l'accord franco-algérien, en examinant dans chacune de ces hypothèses la possibilité de régulariser sa situation de manière exceptionnelle, au titre du travail ou de la vie privée et familiale. Le moyen tiré de ce que le préfet se serait cru lié par les stipulations de l'accord franco-algérien doit ainsi être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié : " () b) Les ressortissants algériens désireux d'exercer une activité professionnelle salariée reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les services du ministre chargé de l'emploi, un certificat de résidence valable un an pour toutes les professions et toutes les régions, renouvelable et portant la mention "salarié" ; cette mention constitue l'autorisation de travail exigée par la législation française () ". Aux termes de l'article 9 du même accord : " Pour être admis à entrer et séjourner plus de trois mois sur le territoire français au titre des articles 4, 5,7,7bis al. 4 (lettre c et d) et du titre III du protocole, les ressortissants algériens doivent présenter un passeport en cours de validité muni d'un visa de long séjour délivré par les autorités françaises. () ".

8. Aux termes de l'article R. 5221-14 du code du travail : " Peut faire l'objet de la demande prévue à l'article R. 5221-11 () l'étranger résidant en France sous couvert d'une carte de séjour, d'un récépissé de demande ou de renouvellement de carte de séjour ou d'une autorisation provisoire de séjour ". Par ailleurs, aux termes de l'article R. 5221-3 du même code : " L'autorisation de travail peut être constituée par l'un des documents suivants : () 14° Le contrat de travail ou la demande d'autorisation de travail visés par le préfet, dans l'attente de la délivrance des cartes de séjour mentionnées aux 5°, 6°, 7°, 8° et 9°. Pour l'application de l'article R. 5221-17, les modèles de contrat de travail mentionnés au présent article sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'immigration ". Aux termes de l'article R. 5221-11 du même code : " La demande d'autorisation de travail relevant des 5°, 6°,7°, 8°, 9°,9° bis, 12° et 13° de l'article R. 5221-3 est faite par l'employeur. () ". Et selon l'article R. 5221-15 de ce code : " Lorsque l'étranger est déjà présent sur le territoire national, la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est adressée au préfet de son département de résidence. " Enfin, aux termes de l'article R. 5221-17 dudit code : " La décision relative à la demande d'autorisation de travail mentionnée à l'article R. 5221-11 est prise par le préfet. Elle est notifiée à l'employeur ou au mandataire qui a présenté la demande, ainsi qu'à l'étranger. " Les dispositions précitées du code du travail prévoient que la demande d'autorisation de travail présentée par un étranger déjà présent sur le territoire national doit être adressée au préfet par l'employeur. Le préfet saisi d'une telle demande est tenu de la faire instruire et ne peut refuser l'admission au séjour de l'intéressée au motif que ce dernier ne produit pas d'autorisation de travail ou de contrat de travail visé par l'autorité compétente. Toutefois, aucune stipulation de l'accord franco-algérien ni aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au préfet, saisi par un étranger déjà présent sur le territoire national et qui ne dispose pas d'un visa de long séjour, d'examiner la demande d'autorisation de travail ou de la faire instruire par les services compétents du ministère du travail, préalablement à ce qu'il soit statué sur la délivrance du certificat de résidence.

7. Il ressort des pièces du dossier que Mme C a présenté à l'appui de sa demande de titre de séjour une promesse d'embauche, une demande d'autorisation de travail et un contrat à durée indéterminée à temps plein sur un poste de secrétaire administrative. Toutefois, il est constant qu'elle ne dispose pas du visa de long séjour requis par l'article 9 de l'accord franco-algérien. Dans ces conditions, le préfet pouvait, sans méconnaître les dispositions précitées du code du travail, refuser de délivrer à Mme C un certificat de résidence en qualité de salariée pour ce seul motif et sans avoir statué sur sa demande d'autorisation de travail.

8. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que si Mme C maîtrise le français, elle se borne à faire état d'une expérience professionnelle comme secrétaire administrative limitée à deux mois en 2019 et ne justifie pas de qualification et d'expérience professionnelles significatives en relation avec le poste de secrétaire qu'elle souhaite occuper, alors, en outre, qu'elle soutient être titulaire d'un master 2 de sciences politiques. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de régulariser sa situation au titre du travail doit ainsi être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Les dispositions du présent article ainsi que celles des deux articles suivants, fixent les conditions de délivrance et de renouvellement du certificat de résidence aux ressortissants algériens établis en France ainsi qu'à ceux qui s'y établissent, sous réserve que leur situation matrimoniale soit conforme à la législation française. Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Par ailleurs, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Mme C fait valoir qu'elle réside depuis près de sept ans en France à la date de la décision contestée, et que son frère et sa sœur y vivent également en situation régulière, qu'elle maîtrise le français, est bénévole au secours populaire français et s'est inscrite à l'université en licence. Toutefois, Mme C, qui est célibataire sans enfant, n'établit ni entretenir des liens particuliers avec sa fratrie présente en France, ni avoir noué des relations privées stables et intenses sur le territoire français. A supposer même que Mme C soit regardée comme établissant l'ancienneté de son séjour en France, elle ne justifie pas y avoir fixé le centre de ses intérêts personnels et familiaux. Par suite, il ressort des pièces du dossier que Mme C n'est pas isolée en Algérie ou vivent ses parents. Le préfet de la Haute-Garonne a donc pu, sans méconnaitre les stipulations du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien ni celles de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, refuser de lui délivrer de plein droit ou de manière dérogatoire un certificat de résidence au titre de la vie privée et familiale, et l'obliger à quitter le territoire. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation doit être également écarté.

11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. / L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. () ".

12. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté litigieux ni des autres pièces du dossier que le préfet se serait cru, à tort, en situation de compétence liée pour prendre la décision attaquée, alors que Mme C n'établit pas avoir sollicité un délai de départ volontaire d'une durée supérieure à trente jours.

13. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de l'arrêté contesté ni des pièces du dossier que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation particulière de Mme C avant de fixer le délai de départ volontaire.

14. Enfin, si Mme C soutient que la décision fixant le délai de départ volontaire à trente jours est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, elle ne fait état d'aucune circonstance particulière qui nécessiterait l'octroi d'un délai supplémentaire. Le moyen doit par suite être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 août 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 12 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

Mme A, magistrate honoraire,

Mme Matteacioli, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

C. A

Le président,

P. GRIMAUD

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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