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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107354

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107354

jeudi 17 novembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107354
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCARRILLO CRUZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 20 décembre 2021 et le 23 septembre 2022, Mme D F C B, représentée par Me Carrillo Cruz, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 6 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet du lieu de domicile de Mme C B de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du lieu de domicile de Mme C B de lui délivrer un titre de séjour étudiant étranger en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

L'ensemble des décisions attaquées :

- est insuffisamment motivé en fait et en droit, et révèle un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle ;

La décision portant refus de titre de séjour :

- méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en ce qu'elle justifie suivre un enseignement supérieur en France et disposer de moyens d'existence suffisants ;

- méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale ;

La décision portant obligation de quitter le territoire :

- est illégale en ce qu'elle se fonde sur la décision du même jour portant refus de titre de séjour ;

- méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme en ce qu'elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, compte tenu notamment de ce qu'elle est marié à un compatriote titulaire en France d'un titre de séjour.

Par un mémoire enregistré le 10 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C B ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 21 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 6 octobre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- et les observations de Me Peperty Loubens, représentant M. C B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D F C B, ressortissante colombienne est entrée en France le 21 avril 2021 selon ses déclarations. Le 10 juin 2021, elle sollicité un titre de séjour en portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code. Par un arrêté du 6 décembre 2021, le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer le titre de séjour demandé, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination. Par sa requête, Mme C B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la légalité externe de l'arrêté attaqué :

2. L'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qu'il contient. L'arrêté attaqué apparaît ainsi comme suffisamment motivé. En outre, la circonstance que la requérante ne partage pas les appréciations de l'administration contenues dans cette motivation ne saurait, à elle seule, démontrer une absence d'examen réel et sérieux de la situation de l'intéressée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen suffisant de la situation personnelle de la requérante doivent être écartés.

Sur la légalité interne de la décision portant refus de titre de séjour :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ". Aux termes de l'article L. 412-1 du même code : " Sous réserve des engagements internationaux de la France et des exceptions prévues aux articles L. 412-2 et L. 412-3, la première délivrance d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle est subordonnée à la production par l'étranger du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1 ".

4. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à la requérante en qualité d'étudiant, le préfet s'est fondé sur la circonstance qu'elle ne disposait pas d'un visa long séjour. Si l'intéressée produit au soutien de sa requête pour l'année universitaire 2021/2022 un certificat de scolarité en première année de psychologie à l'Université Toulouse 1 Jean-Jaurès, il est constant qu'elle ne détient pas de visa long séjour requis pour la délivrance du titre de séjour " étudiant " par l'article précité. Ce seul motif était de nature à justifier le refus de titre de séjour en qualité d'étudiant. Par suite, Mme C B n'est pas fondée à soutenir que le préfet de l'Hérault a entaché sa décision d'un défaut d'examen suffisant de sa situation personnelle, ni commis une erreur de droit au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En second lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 423-23 du même code : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. D'une part, Mme C B est mariée à un ressortissant étranger résidant régulièrement en France et entre, de fait, dans une catégorie ouvrant droit au regroupement familial. Par conséquent, elle ne peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. D'autre part, s'il ressort des pièces du dossier que Mme C B est entrée en France le 21 avril 2021 selon ses déclarations et qu'elle est mariée avec M. E depuis le 10 décembre 2019, lequel bénéficie d'un titre de séjour en qualité de salarié et qu'elle est inscrite en première année de psychologie à l'Université Toulouse 1 Jean-Jaurès, elle ne présente toutefois aucune considération humanitaire ni motif exceptionnel lui permettant de bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le refus de titre attaqué n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni porté une atteinte excessive au droit de la requérante au respect à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

8. En premier lieu, si la requérante a entendu contester l'obligation de quitter le territoire français en excipant de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour, ce moyen doit être écarté dès lors que cette dernière décision n'est pas illégale.

9. En second lieu, compte tenu de l'entrée très récente en France de la requérante, l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre n'a pas porté une atteinte excessive à son droit au respect à la vie privée et familiale tel que protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme, alors même qu'elle est mariée avec M. E qui dispose d'un titre temporaire de séjour lui permettant de travailler.

10. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme C B doit être rejetée, y compris les conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D F C B, à Me Carrillo Cruz et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 27 octobre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 novembre 2022.

L'assesseure la plus ancienne

V. JORDA

Le président-rapporteur,

D. ALa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

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