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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107361

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107361

jeudi 21 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I - Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Cazenave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2021 par lequel la préfète de la Corrèze a décidé sa remise aux autorités espagnoles et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre à la préfète de la Corrèze de lui accorder une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à payer à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la préfète de la Corrèze n'a pas procédé à un examen sérieux et approfondi de sa situation personnelle ;

- la décision de remise aux autorités espagnoles méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant au regard des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision portant interdiction de circulation sur le territoire français est dépourvue de base légale ; elle est entachée d'erreur de fait ; elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant au regard des stipulations du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de l'article 24 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ; elle est entachée d'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, la préfète de la Corrèze conclut au rejet de la requête. Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. C ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 19 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mai 2023 à 12:00.

II - Par une requête enregistrée le 20 décembre 2021, M. A C, représenté par Me Cazenave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence sur le fondement des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à payer à son conseil, au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est dépourvue de base légale ;

- elle est insuffisamment motivée en faits ;

- elle est entachée d'erreur de droit.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête. Il fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête dès lors que M. C est retourné volontairement en Espagne le 28 février 2022.

Par ordonnance du 19 avril 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 10 mai 2023 à 12:00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cherrier,

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant centrafricain, a été admis au bénéfice de la protection subsidiaire en Espagne, ce qui lui a permis d'obtenir un titre de séjour dans ce pays valable jusqu'en juin 2022. Il déclare être entré en France le 4 janvier 2016, où sa demande d'asile a été définitivement rejetée le 9 juin 2017. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié le 29 avril 2019. Le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande et décidé sa remise aux autorités espagnoles par un arrêté du 12 mars 2020, que l'intéressé a contesté vainement devant le tribunal administratif de Toulouse. M. C a été interpellé par les services de gendarmerie le 17 décembre 2021, à l'occasion d'un contrôle routier. Après son audition et son placement en retenue, la préfète de la Corrèze a, par un arrêté du 18 décembre 2020, décidé sa remise aux autorités espagnoles et l'a interdit de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Haute-Garonne l'a en outre assigné à résidence pour une durée de six mois. M. C aute Halek demande au tribunal d'annuler ces deux arrêtés.

2. Les requêtes 2107361 et 2107362 concernent le même requérant et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnel provisoire :

3. L'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 dispose : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente () ". Si M. C a sollicité dans sa requête, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle, il n'a pas déposé de dossier de demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle. En conséquence, il n'y a pas lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté de la préfète de la Corrèze :

4. En premier lieu, M. C soutient qu'il n'a pas été procédé à un examen particulier de sa situation personnelle dès lors que la préfète due la Corrèze a considéré à tort qu'il ne disposait d'aucune ressource légale et qu'il ne justifiait pas qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur résidant en France. Néanmoins, à supposer qu'il perçoive, comme il le soutient, une rémunération mensuelle brute d'un montant de 1 583,44 euros, il demeure que n'étant pas titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à travailler en France, une telle ressource ne peut être regardée comme légale. Par ailleurs, la préfète de la Corrèze soutient en défense, sans être contredite, qu'au cours de son audition il n'a communiqué aucun justificatif permettant d'établir sa contribution à l'entretien et à l'éducation de son enfant mineur résidant en France, alors même qu'il a été mis en mesure de contacter un membre de sa famille et la personne de son choix. Par conséquent, M. C n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Corrèze n'aurait pas procédé à un examen particulier et sérieux de sa situation personnelle.

5. En deuxième lieu, M. C fait valoir qu'il réside en France depuis plus de six ans, qu'il est bien intégré aux plans social et professionnel et qu'il contribue à l'entretien et à l'éducation de sa fille, B, alors âgée de 5 ans, avec laquelle il entretiendrait une relation stable et profonde et dont la mère réside régulièrement en France sous couvert de l'asile. Toutefois, outre que la seule production de contrats de travail ne permet pas d'établir, en l'absence de tout autre élément tel que des bulletins de salaire ou la perception effective d'une rémunération mensuelle, qu'il exercerait une activité professionnelle, il ne justifie pas de son intégration sociale en France. Par ailleurs, les quelques tickets de caisse produits, ainsi qu'un unique virement de 150 euros, sous l'intitulé " pension alimentaire ", et la facture d'une école de danse, ne suffisent pas à établir que l'intéressé entretiendrait une relation suivie avec sa fille B, ni qu'il contribuerait effectivement à son entretien et à son éducation. Enfin, M. C a lui-même le déclaré qu'il ne disposait d'aucune autre relation familiale en France. Dans ces conditions, ni la décision de remise aux autorités espagnoles, ni celle l'interdisant de circuler en France n'ont porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises. Pour les mêmes motifs, ces deux décisions ne méconnaissent pas les stipulations de l'article 3-1 de la convention de la convention de New-York sur les droits de l'enfants ni ne sont entachées d'erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, il résulte de ce qui précède que la décision de remise aux autorités espagnoles n'est pas entachée d'illégalité et que, par conséquent, la décision portant interdiction de circulation n'est pas dépourvue de base légale.

7. En quatrième lieu, il résulte de ce qui a été exposé au point 4 que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions en annulation dirigées contre l'arrêté de la préfète de la Corrèze doivent être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre l'arrêté du préfet de la Haute-Garonne :

9. En premier lieu, si le préfet de la Haute-Garonne soutient dans son mémoire en défense que l'assignation à résidence prise à l'encontre du requérant a cessé d'être exécutée le 28 février 2022, date du retour volontaire de M. C en Espagne, et qu'il n'y a donc plus lieu de statuer sur la demande, il ne soutient ni même n'allègue qu'il aurait retiré cette décision. Par suite, il ne résulte pas de l'instruction que les conclusions tendant à l'annulation de la décision assignant M. C à résidence, qui a été partiellement exécutée, auraient perdu leur objet.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 731-3 du même code : " L'autorité administrative peut autoriser l'étranger qui justifie être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pouvoir ni regagner son pays d'origine ni se rendre dans aucun autre pays, à se maintenir provisoirement sur le territoire en l'assignant à résidence jusqu'à ce qu'existe une perspective raisonnable d'exécution de son obligation, dans les cas suivants : () 4° L'étranger doit être remis aux autorités d'un autre Etat en application de l'article L. 621-1 ; (). ".

11. Il est constant qu'à la date de la décision attaquée M. C détenait un passeport en cours de validité ainsi qu'un titre de séjour espagnol original valide, et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'à cette date, l'éloignement de l'intéressé vers l'Espagne ne constituait pas une perspective raisonnable ou que celui-ci justifiait être dans l'impossibilité de quitter le territoire français ou ne pas pouvoir regagner l'Espagne ou son pays d'origine. Dans ces conditions, en faisant application des dispositions de l'article L. 731-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors qu'étaient seules applicables celles de l'article L. 731-1 du même code, le préfet de la Haute-Garonne a entaché sa décision d'une erreur de droit. Par suite, M. C est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne l'a assigné à résidence

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement, par lequel le tribunal a seulement fait droit aux conclusions à fin d'annulation dirigée contre la mesure d'assignation à résidence, n'implique ni la délivrance d'une autorisation provisoire de séjour ni le réexamen de la situation de M. C. Par suite, les conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : M. C n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête n° 2107361 est rejetée.

Article 3 : L'arrêté du préfet de la Haute-Garonne du 18 décembre 2021 assignant M. C à résidence est annulé.

Article 4 : L'Etat versera à M. C la somme de 1500 euros au titre des frais liés à l'instance.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C, à Me Cazanave, à la préfète de la Corrèze et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, président,

Antoine Rives, conseiller,

Valérie Jorda, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 septembre 2023.

L'assesseur le plus ancien

A. RIVES

La présidente-rapporteure,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne à la préfète de la Corrèze et au préfet de la Haute-Garonne en ce qui les concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef,

N°2107361 et 210736

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