mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107383 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | CHMANI |
Vu la procédure suivante :
D une requête enregistrée le 21 décembre 2021, M. A C, représenté D Me Chmani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté D lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer un certificat de résident algérien portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de quinze jours sous astreinte de 100 euros D jour de retard ;
3°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en cas d'admission à l'aide juridictionnelle totale, en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à défaut au seul visa de cet article.
Il soutient que :
S'agissant de la légalité externe :
- le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire, la décision fixant le pays de renvoi et la décision fixant le délai de départ volontaire sont insuffisamment motivés en fait ;
- la fixation du délai de départ volontaire n'a pas été précédée d'un recueil de ses observations ;
S'agissant de la légalité interne :
- le refus de titre de séjour est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la circulaire du 28 novembre 2012, de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 (5°) de l'accord franco-algérien ;
- cette décision est contraire à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire est privée de base légale D suite de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences d'une mesure d'éloignement pour sa situation personnelle et familiale ;
- la décision fixant le délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise sans examen particulier de sa situation ;
-cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- le préfet s'est à tort cru en situation de compétence lié ;
-cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
D un mémoire en défense enregistré le 27 janvier 2022 le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés D le requérant ne sont pas fondés.
M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale D décision du 14 février 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
-l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Dans cette affaire, le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, de nationalité algérienne, est entré en France le 29 décembre 2016, sous couvert d'un visa de court séjour. Il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour au titre de la vie privée et familiale et au titre du travail. D un arrêté daté, selon les écritures en défense, du 21 juin 2021, aucune copie datée ne figurant au dossier, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. M. C demande l'annulation de ces décisions et la délivrance du titre de séjour sollicité.
Sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. M. C a été admis à l'aide juridictionnelle totale D décision du 14 février 2022. D suite, les conclusions tendant à son admission à ce dispositif sont devenues sans objet. Il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; / () ".
4. Il ressort des termes de l'arrêté en litige que le préfet de la Haute-Garonne a visé les stipulations de l'accord franco-algérien et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a fait application ainsi que l'article 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il a également retracé les principaux éléments de la situation familiale et professionnelle de M. C, en indiquant les raisons pour lesquelles il a considéré qu'il ne remplissait pas les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour et devait être éloigné du territoire. Ainsi, la décision de refus de titre de séjour opposée au requérant, qui n'avait pas à reprendre de manière exhaustive tous les détails de sa situation familiale, comporte l'énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent son fondement. Le moyen tiré du défaut de motivation doit D suite être écarté.
5. En deuxième lieu, si l'accord franco-algérien ne prévoit pas de modalités d'admission exceptionnelle au séjour, ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un certificat de résidence à un ressortissant algérien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice de son pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, compte tenu de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré en France à l'âge de 29 ans, sous couvert d'un visa court séjour, en décembre 2016, et que depuis avril 2018, soit plus de trois ans à la date de la décision attaquée, il partage la vie d'une compatriote titulaire d'un certificat de résidence de dix ans avec laquelle il s'est marié le 17 octobre 2020. Le requérant produit des témoignages attestant de la bonne intégration du couple et des relations tissées entre lui-même et les deux enfants mineurs de son épouse, âgés de 6 et 8 ans. D ailleurs M. C, qui maîtrise le français, dispose d'une promesse d'embauche comme préparateur de plats cuisinés dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée. Toutefois, il ne ressort pas de ces circonstances qu'un retour en Algérie de M. C pour y effectuer les démarches nécessaires à l'obtention d'un titre de séjour aurait des conséquences graves sur sa vie familiale, compte tenu à la fois du caractère relativement récent de la vie commune avec son épouse et les enfants de celle-ci, et du fait qu'il n'est pas isolé dans son pays où résident ses parents et ses trois filles mineures, issues d'un premier mariage. Dans ces conditions, le préfet de la Haute-Garonne, qui n'était pas tenu D les dispositions de la circulaire du 28 novembre 2012 qui ne sont pas invocables, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de la situation de M. C en refusant son admission exceptionnelle au séjour.
7. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5°) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
8. Eu égard à la situation familiale de M. C telle que décrite au point 6, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision contestée porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une violation des dispositions et stipulations précitées doit D suite être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que le préfet de la Haute-Garonne aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de ces dispositions et stipulations doit être également écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L.613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. / Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".
10. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée en droit et en fait. D suite, l'obligation de quitter le territoire, qui en l'espèce, n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour, est également suffisamment motivée.
11. En deuxième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de titre de séjour n'étant retenu, le moyen tiré, D la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision doit être écarté.
12. En troisième lieu, pour les mêmes raisons qu'exposées au point 6, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la mesure d'éloignement contestée sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, l'arrêté contesté après avoir rappelé que l'article L.612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit un délai de départ volontaire de trente jours pouvant être augmenté pour tenir compte de situations particulières, indique que le requérant ne fait état d'aucune circonstance justifiant un délai supérieur à trente jours. La décision contestée énonce ainsi avec suffisamment de précision les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit D suite être écarté.
14. En deuxième lieu, dans le cas du rejet d'une demande de titre de séjour, les décisions accessoires à la décision de refus de séjour font suite au constat de ce que la délivrance d'un titre de séjour a été refusée à l'étranger. Le droit d'être entendu préalablement à une décision administrative défavorable n'implique alors pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur ces décisions accessoires dès lors qu'il a été entendu dans le cadre du dépôt de sa demande de titre de séjour et qu'il pouvait faire valoir toute observation complémentaire au cours de l'instruction de sa demande, notamment en ce qui concerne la fixation du délai de départ volontaire. Le moyen tiré de vice de procédure doit ainsi, et en tout état de cause, être écarté.
15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Haute-Garonne aurait omis de procéder à un examen particulier de la situation de M. C, ni qu'il se serait cru en situation de compétence liée.
16. En quatrième lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire n'étant retenu, le moyen tiré, D la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.
17. Enfin, en l'absence de précision sur les circonstances particulières justifiant l'octroi d'un délai de départ volontaire supérieur à trente jours, qui constitue le délai de droit commun, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi
18. La décision fixant le pays de renvoi, qui rappelle la nationalité du requérant et précise qu'il n'établit pas être exposé à des risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée. Le moyen tiré du défaut de motivation doit D suite être écarté.
Sur les autres conclusions :
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté opposé à M. C D le préfet de la Haute-Garonne doivent être rejetées. D voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative doivent être également rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute-Garonne.
Délibéré après l'audience du 21 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Sorin, président,
Mme B, magistrate honoraire,
M. Farges, conseiller.
Rendu public D mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
La rapporteure,
C. B
Le président,
T. SORIN
Le greffier,
B. ROETS
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
la greffière en chef,
ou D délégation, la greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026