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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107386

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107386

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107386
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCANADAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 décembre 2021 et un mémoire en production de pièces enregistré le 9 octobre 2022, Mme C A, représentée par Me Canadas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 novembre 2021 par lequel le préfet de la Haute-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Garonne de lui délivrer dès notification du jugement à intervenir une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas et d'y procéder dans un délai d'un mois sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le cas échéant, au seul visa de cet article.

Elle soutient que :

s'agissant du refus de titre de séjour :

- cette décision est dépourvue de base légale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est contraire aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est signée d'une autorité incompétente ;

s'agissant de l'obligation de quitter le territoire :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle peut bénéficier de plein droit d'un titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est signée d'une autorité incompétente ;

s'agissant de la fixation du pays de renvoi :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- elle est signée d'une autorité incompétente.

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 janvier 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 mai 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1992 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Dans cette affaire, la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa demande, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, de nationalité ivoirienne, est entrée en France le 10 avril 2019 munie d'un visa de court séjour, valable jusqu'au 22 juillet 2019. Elle en a demandé la prolongation afin de poursuivre ses études, par courrier du 19 juillet 2019, demande rejetée par le préfet de la Haute-Garonne par courrier du 6 août 2019. Le 17 mars 2021, Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour afin de mener à bien un master de management en ressources humaines. Par arrêté du 18 mars 2021, le préfet de la Haute-Garonne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de ces décisions et la délivrance d'une carte de séjour temporaire.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale par décision du 24 mai 2022. Par suite, les conclusions tendant à son admission à ce dispositif à titre provisoire sont désormais sans objet. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun :

3. En premier lieu, la directrice des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Haute-Garonne, signataire de l'arrêté contesté, a reçu délégation pour prendre les décisions relatives au séjour et à la police des étrangers, par arrêté du 20 septembre 2021 publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n° 31-2021-325. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit être écarté.

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité son admission exceptionnelle au séjour afin d'y poursuivre ses études et que le préfet a instruit sa demande sur le fondement de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne ainsi que dans le cadre de son pouvoir général d'appréciation de la possibilité d'une régularisation. Si Mme A fait valoir qu'elle a sollicité avant l'expiration de son visa, la prolongation de celui-ci, il ressort des pièces du dossier que sa demande a été rejetée le 6 août 2019. La décision contestée n'est ainsi pas dépourvue de base légale et le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que Mme A ne dispose pas du visa long séjour requis par les articles 4 et 9 de la convention franco-ivoirienne pour bénéficier d'un titre de séjour en tant qu'étudiante. A l'appui de sa demande de dérogation à ces règles, Mme A fait valoir qu'elle a été admise en Master Manager Ressources Humaines, qu'elle a validé la première année de cette formation qui se déroule sur deux ans et qu'elle recherche un stage en prévision de la soutenance de son diplôme prévue début 2023. Toutefois, la requérante, qui a poursuivi son cursus depuis 2019 en se maintenant de manière irrégulière sur le territoire français, n'établit pas qu'il lui serait impossible de retourner dans son pays pour y solliciter un visa de long séjour pour études. Si elle soutient entretenir une relation sentimentale avec un compatriote en situation régulière, elle n'établit ni la durée, ni la stabilité ni l'intensité de cette relation. Enfin, la circonstance que Mme A, qui maîtrise le français, est bien intégrée dans la société française où elle exerce des activités bénévoles, ne justifie pas, à elle seule, que sa situation administrative soit régularisée. Dans ces conditions, c'est sans erreur manifeste d'appréciation de la situation de Mme A que le préfet de la Haute-Garonne a refusé de l'admettre à titre exceptionnel au séjour.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

8. Si Mme A soutient que l'ensemble de ses attaches personnelles se trouvent sur le territoire français, elle ne l'établit par aucune pièce versée au dossier, l'ancienneté et la stabilité de sa relation sentimentale avec un compatriote n'étant ni précisée ni démontrée. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, célibataire sans charge de famille, est entrée relativement récemment en France, deux ans et demi à la date de la décision attaquée, et qu'elle n'est pas isolée en Côte d'Ivoire où résident ses parents et où elle a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans. Le refus de titre de séjour qui lui a été opposé ne porte donc pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit ainsi être écarté.

9. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, qui est dépourvu de précision permettant au juge d'en apprécier la portée, doit être écarté, en tout état de cause.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

10. En premier lieu, aucun des moyens invoqués à l'encontre du refus de titre de séjour n'étant retenu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen tiré de ce que Mme A devrait se voir délivrer un titre de séjour doit être également écarté.

11. En second lieu, pour les mêmes raisons qu'exposé aux points 6 et 8, les moyens tirés de ce que la décision contestée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et qu'elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

12. Aucun des moyens invoqués à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire n'étant retenu, le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur les autres conclusions :

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de l'arrêté du 18 novembre 2021 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction comme celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être également rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions relatives à l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à MmeCe A, à Me Canadas et au préfet de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 15 juin 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Carthé Mazères, présidente,

Mme B, magistrate honoraire,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juin 2023.

La rapporteure,

C. B

La présidente,

I. CARTHE MAZERES

Le greffier,

B. ROETS

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

la greffière en chef,

ou par délégation, le greffier,

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