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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107407

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107407

jeudi 23 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107407
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantMERCIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2021, M. A B, représenté par Me Mercier, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 27 octobre 2021 du directeur de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) portant cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, et, s'agissant de l'allocation pour demandeur d'asile, de procéder à son paiement rétroactif à compter de sa suspension effective, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des dispositions combinées de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, ou en cas de refus du bénéfice de l'aide juridictionnelle, sur le fondement du seul article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ; elle n'a pas été précédée d'un entretien d'évaluation de sa vulnérabilité ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 avril 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022.

Vu la décision attaquée et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

La présidente de la formation de jugement ayant dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Péan a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1995, a déposé une demande d'asile le 2 juin 2021, enregistrée en procédure dite " Dublin ". Le même jour, il a accepté l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Par un arrêté du 1er juillet 2021, le préfet de la Haute-Garonne a ordonné le transfert de M. B aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile. Par un arrêté du même jour, il a assigné M. B à résidence jusqu'à la date de son départ. La légalité de ces arrêtés a été confirmée par un arrêt de la cour administrative d'appel de Bordeaux du 18 janvier 2022. Par une décision du 27 octobre 2021, l'OFFI lui a notifié la cessation des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cette décision.

Sur la demande d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. B ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 mai 2022, ses conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. () ".

4. La décision attaquée vise les textes dont elle fait application. Elle précise, en outre, que M. B a accepté les conditions matérielles d'accueil le 2 juin 2021, qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se présenter à ces autorités, qu'il a disposé d'un délai de quinze jours pour présenter des observations et qu'ont été examinés ses besoins et sa situation personnelle et familiale. La décision attaquée comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Dans ces conditions, et alors que l'OFII n'était pas tenu d'indiquer l'ensemble des éléments se rapportant à la situation personnelle du requérant, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision du 27 octobre 2021, ni des pièces du dossier, que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " À la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ".

7. Lorsqu'il prend une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'est pas tenu de procéder préalablement à un nouvel entretien personnel d'évaluation de vulnérabilité, au sens des dispositions législatives précitées, avec le demandeur d'asile. Par suite, et alors, au surplus, que M. B n'allègue pas qu'il n'a pas pu bénéficier d'un entretien personnel de vulnérabilité lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, le moyen tiré de l'irrégularité de la décision attaquée faute de la tenue d'un nouvel entretien ne peut qu'être écartée.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : () 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; () La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. "

9. Il ressort des termes de la décision en litige qu'elle a été prise au motif que le requérant s'est abstenu de se présenter aux autorités chargées de l'asile les 6, 13 et 14 septembre 2021. M. B n'établit ni même n'allègue avoir déféré à ses obligations. S'il fait valoir qu'il n'était pas en fuite et qu'il était facilement localisable puisque, malgré la demande de quitter les lieux qui lui a été adressée par l'OFII, il n'a pas libéré la chambre qu'il occupe dans le cadre du dispositif d'accueil " Prahda ", ces circonstances sont sans incidences sur la légalité de la décision attaquée. En outre, il ne fait état, ni à ces dates, ni dans le cadre du présent recours, d'aucun motif légitime permettant de justifier ses absences. M. B soutient par ailleurs que l'OFII n'a pas tenu compte de sa situation de vulnérabilité, notamment des troubles psychiques dont il souffre, de sa situation de précarité et de son isolement en France. Toutefois, il n'apporte aucun élément ni aucune précision de nature à justifier de la gravité de sa situation et attestant d'une vulnérabilité particulière. Ainsi, les pièces du dossier ne permettent pas d'établir que l'état de santé du requérant, âgé de 26 ans à la date de la décision attaquée, célibataire et sans charge de famille, nécessiterait le maintien des conditions matérielles d'accueil. Par suite, cette décision n'est entachée ni d'une erreur de droit, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire présentée par M. B.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mercier et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 29 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cherrier, présidente,

Mme Jorda, conseillère,

Mme Péan, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 mai 2024.

La rapporteure,

C.PEAN

La présidente,

S. CHERRIERLa greffière,

F. DEGLOS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

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