mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2107423 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | JOUBIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 22 décembre 2021 et le 19 août 2022, M. F B, représenté par Me Joubin, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Allier de lui délivrer un récépissé de sa demande de titre de séjour déposée le 7 octobre 2021, sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter du premier jour suivant la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou dans l'hypothèse où il ne serait pas admis à l'aide juridictionnelle totale, de mettre cette somme à la charge de l'Etat sur le seul fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué est signé par une autorité incompétente ;
S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- le préfet de l'Allier n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- la décision attaquée est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que le préfet n'a pas examiné sa situation au regard des stipulations de l'accord franco-ivoirien ;
- elle est fondée sur une base légale erronée, dès lors que les dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne lui sont pas opposables ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
- elle viole les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet de l'Allier n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;
- elle est entachée d'erreurs de fait ;
- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il n'entre pas dans les cas prévus par le 3° de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
S'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
S'agissant de la décision portant interdiction de retour :
- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'erreur d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 décembre 2021, le préfet de l'Allier conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire relative à la circulation et au séjour des personnes, signée à Abidjan le 21 septembre 1992 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme A a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant ivoirien né le 27 décembre 2001, est entré en France selon ses déclarations en août 2017 et a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance de l'Allier. Il a fait l'objet le 19 septembre 2018 d'un arrêté du préfet de l'Allier portant refus de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, annulé par jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 14 mai 2019 confirmé par arrêt de la cour administrative d'appel de Lyon du 12 mars 2020. Par un nouvel arrêté du 9 juillet 2020, la préfète de l'Allier a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours en fixant le pays de renvoi. Par jugement du 28 avril 2021, le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a rejeté la requête de M. B tendant à l'annulation de cet arrêté. Par sa requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 21 décembre 2021 par lequel le préfet de l'Allier l'a obligé à quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 juin 2022, ses conclusions tendant à être admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Par arrêté réglementaire n° 2157-21 du 13 septembre 2021, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet de l'Allier a donné délégation à Mme E C, directrice de cabinet, à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du secrétaire général de la préfecture, les mesures prises dans le cadre des procédures d'éloignement de ressortissants étrangers en application des livres VI et VII ainsi que des titres V et VI du livre II du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le secrétaire général de la préfecture n'était pas absent ou empêché. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ". L'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".
5. La décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Allier s'est fondé pour obliger M. B à quitter le territoire. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du M. B et notamment pas de la circonstance que ce dernier a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 7 octobre 2021, a ainsi suffisamment motivé cette décision.
6. En deuxième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.
7. En troisième lieu, M. B soutient que le préfet de l'Allier a entaché la décision attaquée de plusieurs erreurs de fait.
8. Tout d'abord, aux termes de l'article L. 811-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies à l'article 47 du code civil. ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. Celle-ci est appréciée au regard de la loi française.". Cet article pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption d'authenticité en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes d'état civil produits par le demandeur.
9. M. B se prévaut de l'authenticité de ses documents d'état civil pour soutenir qu'étant entré en France alors qu'il était mineur, le préfet a commis une erreur de fait en indiquant qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'analyse documentaire des documents d'état civil du requérant, réalisée le 26 octobre 2017 par les services de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Clermont-Ferrand conclut à l'absence d'authenticité de l'extrait du registre des actes d'état civil ayant servi à la délivrance du certificat de nationalité ivoirienne, du fait notamment de son impression au moyen d'une imprimante à jet d'encre alors que les documents authentiques sont imprimés au moyen d'une imprimante Offset, et de la contrefaçon du timbre fiscal apposé sur cet acte, imprimé également au moyen d'une imprimante à jet d'encre et ne présentant pas de dentelure. Ainsi, ce document ne présente pas un caractère d'authenticité, alors même que le certificat de nationalité ivoirienne, établi sur la base de cet acte, a été légalisé antérieurement par les autorités ivoiriennes. Dès lors, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que M. B a été confié à l'aide sociale à l'enfance par le jugement en assistance éducative du 11 janvier 2018 du tribunal de grande instance de Moulins, le préfet de l'Allier n'a pas commis d'erreur de fait en considérant qu'il était entré irrégulièrement sur le territoire français.
10. Ensuite, M. B soutient que le préfet de l'Allier a également commis une erreur de fait en considérant qu'il s'était maintenu en situation irrégulière pendant plus de quatre ans, alors que le tribunal administratif de Clermont-Ferrand a annulé par jugement du 14 mai 2019 l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 19 septembre 2018, cette décision n'étant au demeurant pas mentionnée dans la décision attaquée. Il ressort toutefois des pièces du dossier que par arrêté du 9 juillet 2020, le préfet de l'Allier a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours. Ainsi, dès lors que le requérant était effectivement en situation irrégulière sur le territoire français depuis plus d'un an à la date de la décision attaquée, il ne résulte pas de l'instruction que l'erreur de fait ainsi commise par le préfet aurait eu une incidence sur le sens de la décision attaquée.
11. Enfin, la circonstance que M. B a demandé le 7 octobre 2021 au préfet de l'Allier la délivrance d'un titre de séjour ne faisait pas obstacle à ce que le préfet décide de l'obliger à quitter le territoire français.
12. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.
13. En troisième lieu, en application de l'article 14 de la convention entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République de Côte d'Ivoire signée à Abidjan le 21 septembre 1992, les points non traités par cette convention sont régis par les législations respectives des deux Etats. Dès lors que cette convention ne traite pas de l'éloignement des ressortissants ivoiriens, M. B ne peut utilement soutenir que le préfet, qui ne statuait pas sur une demande de titre de séjour, aurait commis une erreur de droit en n'examinant pas sa situation au regard des stipulations de ladite convention.
14. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ ()3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ".
15. M. B a fait l'objet le 9 juillet 2020 d'un arrêté du préfet de l'Allier portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français. Il se trouvait ainsi, sans qu'y fasse obstacle la circonstance qu'il a sollicité en octobre 2021 la délivrance d'un titre de séjour, dans la situation prévue par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui permettent à l'autorité administrative d'obliger un étranger s'étant vu refuser la délivrance d'un titre de séjour à quitter le territoire français. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision attaquée repose sur une base légale erronée doit être écarté.
16. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
17. Il ressort des pièces du dossier que M. B, entré en France selon ses déclarations en août 2017, a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à partir du 11 janvier 2018, puis en qualité de jeune majeur jusqu'au 30 novembre 2021. S'il se prévaut de son sérieux et de ses possibilités d'insertion, il est célibataire et sans charge de famille et ne justifie pas, par les éléments qu'il produit, d'attaches personnelles intenses et stables en France à la date de la décision attaquée. Ainsi, et alors que ses deux parents vivent en Côte d'Ivoire, la décision attaquée n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. B. Dès lors, le moyen tiré de la violation des stipulations précitées de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
18. En sixième et dernier lieu, pour l'ensemble des motifs énoncés précédemment, le moyen tiré de ce que le préfet de l'Allier aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision obligeant M. B à quitter le territoire français doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :
20. En premier lieu, les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
21. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet de l'Allier s'est fondé pour décider de ne pas accorder de délai de départ volontaire à M. B. Le préfet, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la situation du requérant, a ainsi suffisamment motivé cette décision.
22. En troisième lieu, il ne ressort ni de la motivation de la décision attaquée ni des pièces du dossier que le préfet de l'Allier n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. B.
23. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". L'article L. 612-2 du même code dispose : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :/ 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ;/ 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ;/ 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants :/ () 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ;/ 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ;/ 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ;/ () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
24. Il ressort des pièces du dossier que M. B a fait l'objet le 9 juillet 2020 d'un arrêté du préfet de l'Allier portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, à laquelle il n'a pas déféré et dont la légalité a été confirmée par jugement du tribunal administratif de Clermont-Ferrand du 28 avril 2021 puis par ordonnance de la cour administrative d'appel de Lyon du 26 novembre 2021. Le requérant a en outre déclaré lors de son audition par les services de police le 20 décembre 2021 refuser de quitter la France. S'il soutient avoir un domicile stable, sans au demeurant en justifier, et détenir un passeport, ces circonstances ne faisaient pas obstacle à ce que le préfet considère qu'il existait un risque de fuite, en application des dispositions précitées du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit dès lors être écarté.
25. En cinquième et dernier lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, M. B ne justifie pas, par les éléments qu'il produit, qu'il disposait d'un domicile stable à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, dès lors que la décision de ne pas lui accorder de délai de départ volontaire n'est pas fondée sur la circonstance qu'il ne détiendrait pas de passeport, il ne peut utilement soutenir que le préfet aurait commis une erreur de fait en mentionnant qu'il ne détenait pas un tel document.
26. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
27. Les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen soulevé à l'encontre de la décision attaquée et tiré de son défaut de base légale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté. Il en résulte que les conclusions tendant à l'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
28. En premier lieu, les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français étant rejetées, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée, en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
29. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
30. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il ressort de la lecture de la décision attaquée que l'examen de l'ensemble de la situation M. B a été effectué selon ces critères. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.
31. En troisième et dernier lieu, si M. B se prévaut de la durée de sa présence en France, de l'absence de menace à l'ordre public et de ses perspectives d'insertion, il ressort des pièces du dossier qu'il a fait l'objet le 9 juillet 2020 d'un arrêté du préfet de l'Allier portant refus de délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français, à laquelle il n'a pas déféré. Le requérant ne justifie pas, par ailleurs, à la date de la décision attaquée, de l'existence de liens familiaux en France. Enfin, les circonstances dont il se prévaut ainsi que l'absence de trouble à l'ordre public ne constituent pas des circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé d'une interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation de M. B doit être écarté.
32. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision d'interdiction de retour doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
33. Les conclusions à fin d'annulation de M. B étant rejetées, ses conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.
Sur les frais liés au litige :
34. Les conclusions de M. B tendant à l'application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F B, à Me Joubin et à la préfète de l'Allier.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Héry, présidente,
Mme Soddu, première conseillère,
Mme Biscarel, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
La présidente-rapporteure,
F. A
L'assesseure la plus ancienne,
N. SODDU La greffière,
M. D
La République mande et ordonne à la préfète de l'Allier en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026