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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2107437

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2107437

mardi 26 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2107437
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantGUILHEMSANG - DULOUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2106665 du 23 décembre 2021, le président de la 3ème chambre du tribunal administratif de Montpellier a transmis au tribunal administratif de Toulouse la requête de M. C B, enregistrée le 16 décembre 2021.

Par cette requête, et des mémoires enregistrés les 5 juillet et 1er décembre 2022, M. C B, représenté par Me Dulout, demande au tribunal :

1°) à titre principal, d'annuler le titre de perception émis le 19 mars 2021 par la direction générale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne d'un montant de 36 868 euros, au titre d'un trop perçu de pension et de le décharger du paiement de cette somme ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 36 868 euros en réparation du préjudice lié à la perte de chance qu'il a subi, de compenser la somme qu'il doit avec la somme à laquelle l'administration est condamnée, et d'annuler la dette antérieure au 19 mars 2019 ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le titre de perception attaqué est entaché d'un défaut de motivation et d'information, dès lors qu'il ne mentionne pas les éléments essentiels de la liquidation, les éléments de preuve du bien-fondé de la créance, les bases de la liquidation et n'est pas accompagné d'une annexe lui permettant de vérifier utilement l'existence de cette créance ;

- la charge de la preuve incombe à l'administration ;

- l'action en répétition de l'indu pour la période du 1er février 2018 au 19 mars 2019 est prescrite au regard de l'article 37-1 de la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ; le décompte communiqué ne permet pas de calculer le montant concerné par cette prescription avec précision ; l'administration doit communiquer les informations nécessaires à ce calcul ;

- il est entaché d'erreur de droit ;

- il est entaché d'erreur de fait ;

- le Centre de gestion des retraites doit être mis en cause sur le fond du litige ;

- il n'a pas été informé qu'il ne pouvait cumuler sa pension avec une activité rémunérée ;

- il n'a pas omis de déclarer sa situation actualisée ; l'administration était au courant de sa situation personnelle et professionnelle ;

- il a subi un préjudice matériel, perte de chance de ne pas honorer le contrat d'engagement signé avec le ministère des armées, de signer un contrat dans le civil et de ne pas être endetté ;

- son préjudice s'élève à 36 868 euros ;

- l'indemnisation de son préjudice viendra compenser la somme réclamée par le titre de perception en litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 1er avril et 4 novembre 2022, le directeur régional des finances publiques d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les conclusions indemnitaires sont irrecevables faute de liaison du contentieux ;

- les conclusions tendant à la compensation entre le trop-perçu de pension et l'indemnisation d'une perte de chance sont irrecevables, dès lors que ce mode d'apurement est subordonné à l'existence d'une connexité entre les dettes et les créances réciproques ;

- et les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2022, la directrice départementale des finances publiques de l'Hérault conclut à son incompétence et au rejet des conclusions tendant à condamner l'Etat au paiement d'une somme de 3 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle n'est pas compétente pour répondre à la requête ;

- elle doit être mise hors de cause ;

- le Centre de gestion des retraites est seul compétent en sa qualité d'ordonnateur.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- la loi n° 2000-321 du 12 avril 2000 ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Soddu ;

- et les conclusions de Mme Nègre-Le-Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B a été militaire de carrière, en qualité de sous-officier de l'armée de terre. Il est titulaire d'une pension militaire de retraite depuis le 1er avril 2010, concédée par un arrêté du 22 mars 2010. Le 1er février 2018, il a contracté un engagement dans l'armée de terre d'une durée de cinq ans pour servir en situation d'activité. Le 3 février 2021, le Service des retraites de l'Etat a suspendu le paiement de la pension du requérant du 1er février 2018 au 31 janvier 2023 inclus. La direction générale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne a émis à son encontre le 19 mars 2021 un titre de perception d'un montant de 36 868 euros, correspondant au trop-perçu de pension pour la période du 1er février 2018 au 31 janvier 2021. Par un courrier du 19 avril 2021, M. B a contesté ce titre de perception. Par sa requête, M. B demande au tribunal, à titre principal, d'annuler le titre de perception émis le 19 mars 2021, à titre subsidiaire, de condamner l'Etat à lui verser une somme de 36 868 euros en réparation du préjudice lié à la perte de chance qu'il a subi, de compenser la somme qu'il doit avec la somme à laquelle l'administration est condamnée, et d'annuler la dette antérieure au 19 mars 2019.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et de décharge :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, visé ci-dessus, applicable aussi bien aux créances de l'Etat qu'à celles des autres personnes publiques : " () les recettes sont liquidées avant d'être recouvrées. La liquidation a pour objet de déterminer le montant de la dette des redevables. Les recettes sont liquidées pour leur montant intégral () / Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation ".

3. Il résulte de ces dispositions que tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

4. Il résulte de l'instruction que le titre de perception émis le 19 mars 2021 par la direction générale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne mentionne comme objet " indu sur pension suite à la suspension de la pension n° 31210 10353283Z (certificat n° PRA 16-17 du 03/02/2021 notifié le 16/02/2021 ", indique qu'il a été émis en application de l'article L. 93 du code des pensions civils et militaires de retraite et précise la période concernée. Par ailleurs, il mentionne le montant total de la somme réclamée, ainsi que le détail du calcul, notamment le montant brut du trop-perçu, les déductions appliquées et le montant à recouvrer, arrondi à l'euro le plus proche. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le titre de perception en litige ne lui permettait pas de connaître, de manière suffisamment précise, l'objet de la créance revendiquée par la direction générale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne et les bases sur lesquelles celle-ci s'est fondée pour déterminer le montant dû. La circonstance dont se prévaut le requérant qu'aucune annexe n'était jointe au titre de perception attaqué, est sans incidence sur la légalité de ce titre dès lors que les bases de la liquidation figuraient sur le titre de perception. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et d'information du titre de perception attaqué, doivent être écartés.

5. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient M. B, le délai de prescription dont disposait l'ordonnateur pour émettre un titre exécutoire à raison d'un indu en matière de pension de retraite n'est pas celui prévu par l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000 relative aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations, qui concerne les indus en matière de rémunération, mais celui fixé par les dispositions de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 37-1 de la loi du 12 avril 2000, doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Sauf le cas de fraude, omission, déclaration inexacte ou de mauvaise foi de la part du bénéficiaire, la restitution des sommes payées indûment au titre des pensions, de leurs accessoires ou d'avances provisoires sur pensions, attribués en application des dispositions du présent code, ne peut être exigée que pour celles de ces sommes correspondant aux arrérages afférents à l'année au cours de laquelle le trop-perçu a été constaté et aux trois années antérieures. ".

7. Il résulte de l'instruction que M. B a omis de signaler au Centre de gestion des retraites de l'Etat qu'il exerçait, depuis le 1er février 2018, une activité rémunérée au sein de l'armée de terre, ce qu'il ne conteste pas. M. B soutient qu'il n'a pas été informé des conséquences d'une omission de déclaration spontanée de changement de situation. Toutefois, une telle obligation ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire, et l'administration n'est pas tenue d'informer le fonctionnaire de ses droits, et en tout état de cause, un tel moyen n'a aucune incidence sur l'application de l'article L. 93 du code des pensions civiles et militaires de retraite, précité. Par suite, la créance correspondant à un trop-perçu de pension de retraite sur la période du 1er février 2018 au 19 mars 2019 n'était pas prescrite lors de l'émission du titre de perception du 19 avril 2021.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 79 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " () / Les militaires autorisés à contracter un engagement voient suspendre pendant la durée de ce dernier la pension dont ils pourraient être titulaires. () ".

9. M. B soutient qu'il n'a pas été informé de l'impossibilité de cumuler sa pension de retraite avec une activité rémunérée. Toutefois, une telle obligation ne résulte d'aucune disposition législative ou règlementaire, et l'administration n'est pas tenue, au demeurant, d'informer le fonctionnaire de ses droits. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que la déclaration pour mise en paiement de la pension de retraite signée par le requérant le 30 mars 2010, mentionne explicitement son engagement à signaler, notamment, toute reprise d'activité rémunérée. Il a également explicitement indiqué en cochant la case " NON " sur cette même déclaration, qu'il n'exercerait pas d'activité rémunérée par un employeur public après sa mise à la retraite. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et de fait, doivent être écartés.

10. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation du titre de perception émis le 19 mars 2021 par la direction générale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne, et par voie de conséquence, la décharge de payer la somme correspondante.

Sur les conclusions à fin d'indemnisation :

11. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. "

12. Il résulte de l'instruction que M. B n'a pas présenté à l'administration une réclamation préalable tendant à l'indemnisation du préjudice de perte de chance dont il demande la réparation. Par suite, le contentieux n'étant pas lié, les conclusions tendant à la condamnation de l'Etat à verser à M. B une indemnité en réparation de ce préjudice d'un montant global de 36 868 euros sont, ainsi que cela est opposé en défense, irrecevables. Ses conclusions présentées à titre subsidiaire, y compris celles à fin de compensation, ne peuvent donc qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les conclusions de M. B présentées sur fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être rejetées, l'Etat n'étant pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la direction générale des finances publiques de la région d'Occitanie et du département de la Haute-Garonne.

Copie en sera adressée à la direction départementale des finances publiques de l'Hérault et au Centre de gestion des retraites.

Délibéré après l'audience du 12 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Carotenuto, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Mérard, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 novembre 2024.

La rapporteure,

N. SODDU

La présidente,

S. CAROTENUTO La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de l'industrie en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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